Crezan
F190
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F.190 n°(46)&(47) /(7180) & (7181)


            A l'été 1930, Farman termine le montage, assure la réception, puis le démontage et l'emballage avant expédition d'une série de F.190 destinés au Venezuela. Ces appareils, qui seront désignés comme "F.195" dans la nomenclature Farman, seront dénommés F.190 au Venezuela. Il s'agit de cellules standard de F.190 équipés d'une tourelle dorsale et de 2 lance-bombes; leur moteur est le Salmson 9 Ab des F.192.


            Nous manquons d'informations sur les conditions dans lesquelles ce contrat de 6 exemplaires fut passé. Produits en 1930 sur la base de cellules non affectées de F.190 (n°1 et 2) ou F.192 (n°3 à 6), ces F.195 vénézuéliens sont livrés en deux lots.


            Les F.195 n°1 et 2 apparaissent construits sur la base de cellules F.190, les n°46 et 47 (n/c (7180) et (7181). Leur montage se termine au début du mois de juin 1930. Ces deux appareils sont livrés dévoilés dans une grande manifestation où sont présentés au Général Juan Vicente Gomez tous les appareils de la force aérienne vénézuélienne (Bréguet 19, Latécoère 28, MS 145 et Farman 195). Nous ignorons la date de cette manifestation suivant la loi sur l'aviation de juillet 1930.


            Fin juillet, 3 autres appareils sont réceptionnés devant Veritas, le dernier étant encore au montage. Ces 4 derniers appareils correspondant aux c/n 7188 à 7191 et sont considérés comme des F.192 d'aprés le carnet de vol de Lucien Coupet sont mis en caisse à Toussus-le-Noble en août 1930 et probablement livrés en septembre.

F.195 n°1 à 6 / (7180, 7181, 7188 à 7191)



            Au Venezuela, les F195 sont utilisés par l'Escuela de Aviaciòn Militar (EAM). Ils portent un camouflage vert d'origine française et un numéro de 1 à 6. La vie des F.195 dans l'aéronautique militaire vénézuélienne sera émaillée d'accidents, trois d'entre eux provoquant la destruction de l'appareil et le décès de membres d'équipage.


            A la mi-1930, les F.195 n°1 et 2 participent à une présentation de la force aérienne nouvellement mise en place par le Général Juan Vicente Gomez. Les appareils ne sont pas armés. Le F.195 n°1 fait à cette occasion une présentation en vol, piloté par le Tenente Vicente Landaeta Gil, héros de l'air vénézuélien.


            En fin d'année, un F.195 est accidenté sans gravité au décollage du Camp d'aviation de Bolivar, le stabilisateur ayant heurté un tronc. Le pilote, seul à bord, est le Capitaine Manuel Simon Rios.


            En 1930 toujours, un appareil subit un accident heureusement sans gravité (gouvernail de direction bloqué par la courroie de mitrailleuse) à Macaraïbo en 1930. Le pilote, Sub Tenente Jesus Zafrane, est ce jour-là accompagné de Robert Guérin, officier français, conseiller technique de l'Armée de l'Air vénézuélienne.

  

Représentés ici avec leur armement, les F.195 n°1 et 2 de la Force Aérienne vénézuélienne.

(©  Michel Barriere)


            Le 2 février 1931, le F.195 n°1 devient pour les Vénézuéliens le plus tristement célèbre des F.195. Il est détruit à l'atterrissage lors d'un vol de Maracay à Barquisimeto Le pilote ce jour-là est le héros de l'air vénézuélien, le Tenente Vicente Landaeta Gil, qui ne survit pas à l'accident. Les 3 passagers de l'appareil, les Tte Julio Fortoul, Sub Tte Alfredo Garcia, Mécanicien Angel Stopello, sont tous blessés.

            C'est le premier accident aérien avec mort d'homme au Venezuela et le premier à faire l'objet d'une enquête officielle. Elle est menée par Robert Guérin, et son rapport conclut à un accident dû au mauvais temps. En souvenir, le nom du pilote est donné à la base aérienne de Barquisimeto.


            Né le 6 mai 1892 à Montmartrin-sur-Mer (Manche), Robert Octave Guérin est breveté pilote terrestre (n°6319) à Étampes le 12 juillet 1917, breveté ACF n°8412 le 4 février 1918, breveté marine n°254 le 28 avril 1917 à Fréjus-Saint-Raphaël. Il sert aux CAM de Bône (Algérie) en 17-18 et de Platéali (Grèce) en 1918, puis rejoint la mission militaire française au Venezuela (1920 – 1922) sous les ordres de Jean-Toussaint Fieschi. Il quitte ensuite la marine pour s'établir à Caracas et devient citoyen vénézuélien. Décèdé le 7 novembre 1953 à Caracas, il aura été l'un des fondateurs de l'aviation civile vénézuélienne.


            Le 24 avril, un second F.195 (numéro non identifié) s'écrase dans le Lac de Tacaruiga. Le pilote, Manuel Simon Rios, autre figure de l'aéronautique nationale. gravement blessé, ne survit pas à l'accident. Les équipes de sauvetage mettent 32 heures pour parvenir à l'avion. Le passager, le SubTte José A. Montalve, blessé, est aux côtés du Capitaine Rios sur l'aile de l'avion qui flotte sur le lac. Le corps du mécanicien Arturo Betancourt n'est retrouvé que 2 jours plus tard. L'accident est imputé au mauvais temps et à une panne de moteur.

Le F.195 n°1 lors de leur présentation au Général Gomez en 1930.

[image extraite d'un film d'actualité]

            

            En 1932, l'Ecole d'Aviation Militaire crée une section commerciale, chargée d'acheminer la correspondance par voie aérienne entre les principales villes du pays et d'assurer les missions humanitaires dans les localités éloignées. Cette activité permet aux pilotes et navigateurs de se familiariser avec les différentes routes aériennes et d'acquérir plus de formation en vol. Les 4 F.195 restants affectés à l'EAM sont alors utilisés dans ce cadre. Au cours de leurs quatre premiers mois d'activité, ils parcourent 44 884 km et transportent 8310 kg de correspondance en 134 voyages. Les accidents ne sont cependant pas terminés.


            Le 12 décembre 1932, un troisième F.195, qui pourrait être le n°5, s'écrase près de Choroni. L'équipage constitué du pilote, Tte Antonio Maria Villegas, des mécaniciens Charles Guivy (instructeur), Juan Hurtado et Tulio Valencia, et du radio Cesar Murraciole est porté disparu au retour d'une liaison Maracay - Tucaca - Maracay destinée à réparer un autre appareil accidenté à Tucaca le 9 décembre. Le dernier message du radio fait état du mauvais temps. A 15h30, des pêcheurs voient l'avion tomber près de Choroni. Ce n'est que le 24 décembre qu'une équipe de secours retrouve ce qui subsiste de l'avion et de l'équipage : une partie du train, la chaîne de montre du radio et quelques restes.


            Compte tenu néanmoins du succès de l'aviation militaire dans cette activité, le général Juan Vicente Gómez, président de la République, ordonne une étude pour la création d'une poste aérienne de portée nationale, avec la participation de pilotes et de techniciens militaires, sans diminuer leur activité pour l'accomplissement de leurs missions spécifiques.

            Cette étude recommande au gouvernement l'achat des actifs et équipements de la Compagnie Générale Aéropostale, qui fournissait jusque là les services de transport de passagers et de fret par autorisation accordée en 1929.


          Le Général Juan Vicente Gomez décède en décembre 1935. En 1936, le point sur l'équipement de l'Armée de l'Air Vénézuelienne effectué consécutivement à ce décés comptabilise encore un "Farman 190" opérationnel.

Les Avions Farman

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F.19O n°48 F-AJRX