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F60
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F.60 n°27 à 31, n/c 68..

(JAPON)


            Les cinq F.60 n° 27 à 31, qui apparaissent avoir été produits en 1921-22 ne correspondent à aucun Goliath civil inscrit au registre F entre le F.60 n°26 F-FARI et le F.60 n°32 F-GEAO. A l'époque, d'après la liste publiée dans "Les avions Farman" de Jean Liron, aucun marché d'état n'a en outre été passé pour des Goliath militaires : le premier pour 32 exemplaires n'interviendra que le 20 novembre 1922.

            Compte tenu du nombre et de la date de production, l'hypothèse de prototypes ou d'appareils inconnus nous semble douteuse. En fait, ils correspondent à une exportation à fins militaires.


            Le 17 mars 1920, la presse diffuse l'information que 300 appareils, principalement des Spad et des Farman, auraient été commandés lors de la visite du Général Nagaoka, président de la société impériale d'aviation du Japon qui a effectué en début d'année un tour d'Europe pour permettre au Japon de connaître l'état de l'art et de s'équiper d'appareils modernes.

            Aucune activité industrielle ne semblant alors découler de ces commandes, l'opinion générale est qu'il s'agit d'une vente de surplus de guerre, complétant le matériel d'origine allemande remis en conclusion des dommages de guerre. Le Japon est en outre une cible commerciale "tenue" par le Royaume-Uni qui, sous la surveillance des Etats-Unis, déploie surtout ses activités sur la Marine Impériale Japonaise. Cependant, à partir de 1920, la France est très active dans le domaine aérien et y maintient une active mission militaire.


            Selon "l'Encyclopédie des avions japonais", l'Armée Impériale Japonaise aurait décidé en avril 1920 l'achat de 5 Farman F.50. Le premier arrivé s'avéra être un appareil de seconde main réhabilité : il resta le seul livré. Sous la désignation Tei-1 (Tei, caractère Kanji affecté à Farman), il fut utilisé d'abord pour des études sur le bombardement, puis affecté en 1922 à l'Ecole d'Aviation de Tokorosawa. Ce contrat n'aura pas de suite et l'armée japonaise tourne alors son attention vers le F.60.


            L'un des promoteurs de cet achat serait le capitaine Mugita Hirao (transcription incertaine), membre du Comité Exécutif du traité de Paris, qui étudie les développements des stratégies militaires en Europe, notamment pour ce qui est du bombardement. Connaissant les possibilités du Goliath, il défend alors l'idée de convertir l'appareil civil en bombardier de nuit.

            Une fois le projet approuvé, le conseiller d'ambassade Matsuda aurait pris contact avec Farman pour négocier et lancer les modifications correspondantes à une cellule de Goliath commercial. La cabine passagers était modifiée pour y installer deux casiers de bombes de 50 kg. Des bombes de 100 kg pouvaient également être accrochées sous le fuselage et des tourelles de mitrailleuses étaient montées à l'avant et sur le dos du fuselage. La structure générale du fuselage était conservée et, de ce fait, une partie des fenêtres du transport civil subsistait. De source japonaise, il fallut 5 mois à Farman pour modifier l'appareil. Les appareils seront livrés démontés et en caisse pour pouvoir être transportés par voie ferrée à l'arrivée.


            Si la presse française reste muette, la presse anglo-australienne est plus sensible au développement de l'Armée Impériale Japonaise : le 4 mars 1921, et les jours qui suivent, elle diffuse largement une courte dépêche indiquant que le Japon a acheté à la France 5 Goliath équipés pour des missions militaires. Jean Liron mentionne la livraison à la mi-1921 par Farman de deux Goliath civils convertis en bombardiers de nuit.

            En fait, l'exécution de ce contrat conduit à la livraison en novembre 1921 de 5 F.60, correspondant vraisemblablement à la série des F.60 n°27 à 31.

            Au total, ce seront 16 appareils qui seront commandés par le Japon. Ce premier lot sera en effet suivi d'un second lot de 3 appareils en 1922, de 2 appareils en 1923, 4 en 1924 et 2 en 1925.

            La totalité des F.60 mis en service au Japon sous la désignation Tei-2 seront des appareils importés (Japanese aircraft: 1910-1941, Robert C. Mikesh & Shorzoe Abe). Il fut bien envisagé un temps d'en confier la fabrication à Nakijama, mais ce projet n'eut aucune suite du fait du caractère obsolète de la technologie.

            En fait, d'après la source japonaise précédemment citée,

            Les F.60 initiaux équipés de moteurs Salmson 9Zm (Tei-2/1), sous-motorisés, ne donnent pas satisfaction à leurs utilisateurs. En 1924, quatre F.60 décollent de Tokorozawa pour Séoul : ils abandonnent à l'exception d'un seul qui arrive à destination. C'est la mousson, et la vitesse moyenne des Goliath n'est que de 70 km, ce qui implique 4 heures de vol pour traverser le détroit de Corée.

            Les derniers appareils seront des F.62 Bn4 équipés de Lorraine 400 cv et F.62 Bn4, équipé de Lorraine 450 cv, livrés respectivement en 1924 et 1925, sous l'appellation Tei-2/2.

            Dès le début 1924, l'Armée Impérial Japonaise a passé un contrat à Kawasaki pour remplacer les Farman F.50 et F.60 par un monoplan tout métal, conçu et produit avec l'aide de Dornier.

  

            

            L'utilisation opérationnelle des F.60 comme bombardier lourd de nuit est officiellement décidée le 10 novembre 1921. Ces appareils sont déployés à partir de décembre sur le terrain de Tachikawa. La première unité de bombardement japonaise, le 7° Hiko Rentai, est constituée le 1°mai 1922 avec 6 appareils.


            Les 16 Goliath équipant l'Armée Impériale Japonaise seront utilisés en tant que bombardiers de nuit, avant d'être réformés en juin 1928.         

            

F.60 japonais.

Celui de gauche, avec ailerons compensés, est sans doute l'un des premiers livrés. Il est peint en gris clair (Source : blogs.yahoo.co.jp/mukasinokoukuushasin/47519031.html)

A dr, le fuselage de ce bombardier de nuit en vol est entièrement peint en vert foncé.

F.60 n°26

F.60 n°32

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