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F60
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F.60 n°22 > F.61 n°1, n/c 68..

F-ADFN


            Le Goliath F. 60 n°22, de numéro constructeur inconnu, sort probablement de production à la fin de 1920 ou au début de 1921. Il sert de prototype pour l'adaptation de la cellule au moteur Renault de 300 cv, plus puissant que les Salmson de 260 cv utilisés jusqu'ici. Dans cette version dénommée F.61, il prend le numéro de série 1.

Images de la notice technique illustrant le montage du moteur Renault sur les fuseaux moteurs du Goliath [Coll. Michel Barrière]

            Le F.61 n°1 effectue vraisemblablement des essais poussés à Villacoublay et à Toussus. Ses démonstrations intéressent tant les compagnies aériennes - les Messageries Aériennes passeront commande de 10 ex - que les militaires.

            Il ne reçoive le CdI n°738 qu'en décembre 1921 avec l'immatriculation F-ADFN. Il est enregistré à la maison Farman et basé à Toussus-le-Noble.

            Sa carrière chez Farman est discrète jusqu'en 1926 où il est retenu pour tenter une traversée de l'Atlantique Sud.


                L'Atlantique Sud a déjà été franchi deux fois en vols par étapes.

            En 1922, deux Portugais, Gago Coutinho et Sacadura Cabral ont traversé en utilisant successivement trois appareils. Partis de Lisbonne le 30 mars à bord d'un hydravion Fairey 400, ils ont fait escale à Las Palmas, aux Canaries. Ils en sont repartis le 4 avril pour Saint-Vincent (Cap-Vert) et sont arrivés le 17 à Santiago (Cap Vert) avant de reprendre leur traversée le 18. Une panne de carburant les a obligé à amerrir près des îlots de Saint Pierre et Saint Paul, d'où un navire les a conduit à Fernando de Noronha à 550 km de la côte brésilienne. Ils ont alors poursuivi leur voyage avec un nouvel hydravion venu du Portugal sur un paquebot. Après de nouveaux incidents mécaniques, ils changent une fois de plus d'hydravion pour achever la traversée le 5 juin à Recife. 

            Le 22 janvier 1926, l'espagnol Ramón Franco, frère du général, a décollé de Palos avec un Dornier Wal. Après une escale à Las Palmas, il a rejoint le 26 janvier Porto Praia (Cap Vert), puis le 31 Fernando de Noronha avant de rejoindre le continent américain.

L'immatriculation est peu visible, mais il semble bien que ce Goliath Renault, probablement photographié lors d'un meeting, soit le F-ADFN [Coll. Michel Barrière]

            A la fin de l'année 1926, le capitaine Pierre de Serre, vicomte de Saint-Roman, envisage le projet d'une tournée en avion en Amérique du Sud avec des escales dans 52 grandes villes : Rio de Janeiro, São Paulo, Porto Alegre, Montevideo, Buenos-Aires, Santiago du Chili, Caracas, Bogota, Quito, etc. Un comité dénommé Paris-Amérique Latine (P. A. L.) est créé à Paris pour soutenir financièrement ce projet.

            Saint Roman envisage d'abord d'effectuer la traversée par mer mais le coût du transport amène l'idée d'une traversée en vol.

            Son but n'est pas d'effectuer un raid, mais de prouver la possibilité d'une liaison régulière entre la France et l'Amérique Latine. Il trouve comme partenaires de son projet l'ingénieur Mathis et le lieutenant de vaisseau Hervé Marcel Mouneyrès de l'escadrille 5-B-2. Ce dernier veut tenter une traversé de l'Atlantique Nord sur un Farman Jabiru F.171 spécialement modifié, mais le rejoint dans l'attente de l'appareil qui lui est promis.

            Le F.61 F-ADFN se trouve alors immobilisé à Guyancourt, moteurs retirés pour révision. Mouneyrès ayant pu obtenir le prêt de cette cellule, Saint-Roman obtient de son côté le prêt par Lorraine-Dietrich de deux moteurs de 450 ch. L'appareil est modifié de façon à pouvoir emporter 4300 litres d'essence. Le voyage vers Buenos Ayres doit commencer à Berre avec des escales successives à Casablanca, Port Etienne, Porto Praïa, Pernambouc, Rio de Janeiro et Montevideo.


            Saint Roman souhaite effectuer la traversée avec un appareil terrestre, mais la Direction Générale de l'Aéronautique s'y oppose, exigeant que l'appareil soit équipé de flotteurs. Le 2 mars 1927, le projet est officiellement annoncé lors d'un dîner organisé par le Comité Paris-Amérique Latine.

            Le 8 avril 1927, à 8h40, le F.61 peint en blanc et baptisé Paris-Amérique Latine quitte Le Bourget pour la base de Saint-Raphaël où les flotteurs doivent être installés. Piloté par Drouhin, il transporte Saint Roman, Mouneyrès, Mathis, l'opérateur de TSF Jaouen et le mécanicien de Lorraine, Dronne. Le départ est prévu vers le 15 avril.

Le F-ADFN modifié pour sa traversée de l'Atlantique Sud. [Coll. Michel Barrière]


            Le 10 avril, le F-ADFN quitte Saint Raphael à 9h50, et se pose sur l'étang de Berre à 10h40. Le 13, Drouhin y conduit des essais à la charge de 7500 kg puis, estimant les essais terminés, rentre à Paris. Le 14, une dépression signalée sur les côtes du Maroc amène Saint Roman à retarder son départ.


            Le F 61 décolle finalement le 16 avril à 5h40. Saint-Roman et Mouneyrès sont accompagnés du mécanicien Ernest Mathis et du journaliste argentin Carlos del Carril. A l'amerrissage à Casablanca à 16h20, Mouneyrès amerrit en pleine mer pour éviter le port trop encombré. Le 17, au cours d'une tentative d'envol par une houle importante, le réservoir est crevé par un câble, une hélice est avariée et l'un des flotteurs est brisé, ce qui impose de placer l'appareil en cale sèche pour une réparation de 4 à 5 jours, retardant d'autant le moment du départ. Pour alléger son appareil, Saint Roman décide alors de revenir à son projet initial et d'abandonner les flotteurs au profit d'un train traditionnel. Le matériel nécessaire, soit 4 roues 800 x 160 pour le train et 5 rechanges, leur est remis par l'enseigne de vaisseau Poggi du 32° régiment d'aviation. L'appareil étant jugé au point, le départ est prévu pour le 27 avril.

            C'est finalement le 1° mai à 18h25 que, parti d'une plage proche de Casablanca et après une étape d'une journée à Agadir, le F.61 se pose à Saint-Louis du Sénégal. Peu après, un message du commandant Fortant, directeur de l'aéronautique au Ministère du Commerce, les y informe que le Service de Navigation Aérienne leur retire tout patronage officiel si l'appareil est monté sur roues. Cet avis n'étant pas censé constituer une interdiction formelle, Saint-Roman et Mouneyrès confirment leur projet. Mathis renonce, la position officielle ne lui permettant plus d'être couvert par une assurance; il est remplacé au pied levé par le jeune quartier-maître mécanicien Jules Petit qui vient d'être démobilisé. Le journaliste Carlos del Carril, sur les instructions de son ambassade parisienne, annule également sa participation.


            Les aviateurs sont désormais prêts. L'appareil est gardé la nuit pour éviter toute mauvaise surprise.

            Le mardi 3 mai, le colonel Renault organise en leur honneur une réception au Cercle militaire.

            Le 5 mai à 6 h 30, Mouneyrès décolle le F.61 chargé des 300 litres d'huile et 4 500 litres de carburant qui lui donnent une autonomie de 28 heures pour un vol estimé à 22 heures. Le contact avec le sol se fait par un poste de radio émettant sur la bande des 42 mètres. Depuis Saint-Louis, on capte leurs signaux par deux fois, et une troisième fois depuis Dakar à 10 h 38, puis plus rien.

            Des recherches sont entreprises au large dès le lendemain par les Brésiliens autour des îles Rocas, de Fernando de Norohna et des rochers de São Pedro et São Paulo sur leur trajet présumé. Plusieurs bâtiments participent aux recherches : le vapeur Mucury, l'aviso brésilien Bahia et le vapeur Linois des Chargeurs-Réunis. Malheureusement aucune patrouille n'explore la côte au nord-ouest de Natal. 


            Le 18 juin, soit 48 jours plus tard, des pêcheurs de l'État de Bahia découvrent, au large du cap Maguarinho, un radeau constitué par une partie de voilure, sur laquelel se trouvent deux roues. Leur appartenance au F-ADFN est confirmée après examen à Buenos-Ayres par l'ingénieur Galleyrand. Le fait qu'un tel assemblage n'ait pu être effectué qu'à terre amène à conclure que le F 61 a effectivement touché une plage de la côte brésilienne. On supposeque, se trouvant dans une zone où des falaises infranchissables surplombent la plage, l'équipage aurait construit ce radeau pour tenter de gagner par mer un lieu habité.

            

            Le Goliath F-ADFN est rayé du registre en octobre 1927.

F.60 n°21

F.60 n°23

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