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F.60 n° 7, n/c ?

1919


            En février, les premiers vols commerciaux réalisés en Europe sur Paris - Londres et Paris - Bruxelles rencontrent un écho international. Un jeune entrepreneur colombien de 31 ans, Guillermo Echavarria Misas, y est particulièrement sensible et arrive à convaincre son père, Aleandro. Le 16 septembre 1919, tous deux réunissent à Medellin un groupe d'entrepreneurs de la province d'Antioquia, intéressés à l'amélioration des transports du pays.

            Convaincus par Misas, ces hommes d'affaires décident la création de la Compañía Colombiana de Navegación Aérea" (CCNA). La société a pour but premier d'établir un service de transport de passagers et de fret sur deux lignes : Medellin - Bogotá, correspondant à une liaison d'une heure et demie, et  Medellin - Cartagena - Baranquilla qui seraient reliées en 5 heures. Medellin servirait d'escale intermédiaire. Il est prévu de développer ultérieurement l'activité non seulement en Colombie, mais également dans les pays voisins. La société construira l'infrastructure nécessaire en aménageant des aérodromes équipés de hangars dans les principales villes; des terrains de ravitaillement seront établis tous les 100 km environ. Les billets seront vendus le moins cher possible pour favoriser l'emploi de l'avion. Des appareils seront acquis pour l'entrainement des pilotes; un atelier sera construit pour l'entretien des avions et la fabrication de pièces.

            Le type d'avion retenu pour les lignes est le Farman "Goliath", transportant 14 passagers; un appareil est immédiatement commandé par câble à Farman pour effectuer les premiers essais. Cepndant, le 14 octobre, suite à sa négociation avec Farman pour l'envoi d'appareils et d'une équipe de pilotes et de mécaniciens, Guillermo Echavarria modifie sa commande pour recevoir d'abord "un avion différent du modèle adopté, mais propre aux reconnaissances et explorations", en l'occurence des F.40, immédiatement disponibles, plutôt que des Goliath dont la production n'en est qu'aux premiers exemplaires. La négociation s'est conclue par un contrat provisoire couvrant l'acquisition de Farman F.40 triplaces et d'un F.60 Goliath, qui sera envoyé en temps utile.

1920


            Le 5 janvier, l'équipe Farman débarque à Puerto Colombia, à l'embouchure de la Magdalena et à 15 km de Barranquilla. Le chef-pilote, Jourdanet, se rend immédiatement à Medellin pour discuter du contrat de travail définitif des pilotes et mécaniciens. Pendant ce temps, son second, René Bazin, fait aménager les terrains de Cartagena et Baranquilla.

            Le premier F.40 arrive en caisse début février. Il est aussitôt monté et baptisé Cartagena. Après avoir ouvert la liaison Cartagena - Barranquilla, il effectue d'abord des baptêmes de l'air et des survols des villes avant de débuter début mars l'exploitation commerciale de la ligne Cartagena – Barranquilla, puis fin mars celle de la ligne Baranquilla – Santa Marta.

            Le 16 avril, Jourdanet rejoint l'exploitation et effectue son premier vol commercial sur la ligne Cartagena – Barranquilla et des vols de loisir. Le 28 avril, Jourdanet arrive à Baranquilla pour reconnaitre les emplacements adéquats pour permettre l'atterrissage et établir les hangars destinés aux F.40 qui doivent prochainement être équipés en hydravions. L'après-midi, pilotant le Cartagena pour un baptême de l'air, il décroche dans une rafale de vent et s'écrase. Il est tué sur le coup, ses passagers étant gravement blessés.

            Le 24 juin 1920, Félix Fratoni, pilote envoyé par Farman pour remplacer Jourdanet débarque du paquebot Pérou de la CGT. Peut-être par ce même paquebot, est arrivé à Puerto Colombia l'un des premiers Goliath de série (probablement le n°7), retardé par la difficulté de trouver un navire capable de transporter ses immenses caisses de transport. Pour amener à Baranquilla la caisse contenant le fuselage, la compagnie a dû entre autres choses acquérir un tracteur adéquat.

            Début juillet, Bazin effectue une nouvelle étude des routes aériennes pour préparer la mise en service du Goliath, mais le 20 Juillet, Fratoni qui évolue à Cartagena avec F.40 Santa Marta s'écrase sur arrêt moteur. Il est tué sur le coup, ainsi que l'un de ses passagers, le second étant gravement blessé.

Le Goliath baptisé "Baranquilla" fin septembre 1920

            Ce second accident est une catastrophe pour la compagnie, car sa concurrente germano-colombienne, la SCADTA, a beaucoup progressé.


            Le 7 août, le Goliath fait un vol d'essai après avoir été monté sur ordre de la compagnie qui semble avoir cependant envisagé un temps de le renvoyer en France.

            Le 26 août, c'est un F.13 qui commence ses essais à Baranquilla. Inquiet de ces progrés rapides des concurrents, Bazin suggère aux dirigeants de la compagnie une opération de promotion. Début septembre, il reçoit l'autorisation de monter une campagne de presse fondée sur le succès commercial de l'appareil en Europe et sur le raid Paris-Dakar.

            Le 25 septembre, à 18h00, le Goliath effectue son vol inaugural sur la ville avec pour seul passager le gérant de la compagnie, Guillermo Echavarria Misas. Le lendemain, le Farman est baptisé Barranquilla par le Père Luis Bariara avec comme marraines les demoiselles Beatrix Pumarejo, Antonia Vengoechen et Mme Carolina V. de Vives, et comme parrains MM. Urbano Pumarejo, Guillermo Echavarria et Antonio Olarte. A 18h30, il effectue son premier vol à pleine capacité à 2000 m d'altitude, piloté par René Bazin acccompagné de son mécanicien avec douze passagers (Mlles Sofia et Lucia Toro, Josefina Trespalacios, Mme Georgis, MM. Miguel Vives, Leonardo Farquez, Hector Parias et son fils, Md. Ginson, Luis de la Rosa, Alberto Pumarejo, Abraham Garcia).

            Le 30 septembre, poursuivant sa campagne de promotion, Bazin effectue un vol de longue durée avec un groupe de journalistes, survolant l'extrême nord de la Cordillère des Andes, la Sierra Nevada de Santa Marta, à 3500 m d'altitude; la démonstration dure au total 5h15 sur le trajet Barranquilla – Mompos – Valledupar – Santa Marta – Barranquilla.

            Malgré l'insistance de Bazin qui voudrait précéder la SCADTA, les administrateurs ne l'autorisent toujours pas à ouvrir la ligne Baranquilla - Bogotá avec le Goliath.

            Le 11 octobre, le Goliath effectue un nouveau vol avec 14 passagers. Le 21, Bazin effectue un vol d'une heure avec 15 passagers. Il prépare alors un vol du Goliath vers Medellin et Bogotá, vol auquel participerait un représentant de la presse de Baranquilla.

            Le 26 octobre, René Bazin fait la réception en vol du dernier F.40 baptisé Medellin.

            Il n'a toujours pas reçu l'autorisation de la compagnie d'ouvrir la liaison Baranquilla - Medellin - Bogotá. Le télégramme qui finit par arriver ne répond pas à son attente, puisqu'il interdit tout vol de l'appareil. Le courrier explicatif qui suit quelques jours plus tard le télégramme est accompagné du document qui motive cette décision. Il s'agit d'un article français, signé Jean Labarthe, qui constitue une très violente attaque du motoriste Salmson, indiquant un défaut de fabrication sur les moteurs Salmson numérotés de 10001 à 15000. Or, les moteurs du Goliath appartiennent justement à cette série.

            Le 7 novembre, profitant du passage à Baranquilla d'Aimé Martin, ambassadeur de France en Colombie, René Bazin décide de passer outre à cette interdiction et réalise un vol d'essai de 30 minutes au-dessus de Barranquilla avec l'ambassadeur, son épouse et plusieurs personnaltés dont Leòn Angel, représentant des journaux El Tiempo et El Espectador. La Compagnie réagit sévèrement, menaçant de congédier Bazin, et confirme l'interdiction définitive de vol de l'appareil.


            Finalement, sans autre alternative après l'interdiction de vol du Goliath, la compagnie décide d'organiser un voyage avec le dernier F.40 équipé en hydravion. Parti le 30 novembre, accumulant les incidents, le Medellin met plusieurs jours pour parvenir à sa destination et son demi-échec se termine en catastrophe : amarré  à Puerto Berrio, le F.40 est jeté contre les arbres par une tempête et complètement détruit.


            La perte du dernier F.40 et l'indisponibilité du Goliath sonnent le glas du projet et la compagnie décide immédiatement d'arrêter ses opérations. Les contrats du pilote et des mécaniciens sont suspendus à la date du 31 décembre, accompagnés d'une indemnisation et d'un billet de retour en première classe sur la CGT. En janvier 1921, les mécaniciens rentrent en France. René Bazin restera quelques mois sur place, pilotant un hydravion pour une compagnie américaine.

1921

            

            En 1921, la CCNA décide de faire piloter le Goliath de Barranquilla à Medellin. William Knox Martin est pressenti, mais se désiste, estimant ne pas avoir l'expérience du pilotage d'un tel appareil. La CCNA trouve néanmoins un pilote en la personne de l'italien Ferrucio Guicciardi. Ce dernier, apès avoir décollé le 15 juin 1921 de Barranquilla, est obligé de faire un atterrissage d'urgence à court d'essence avant d'avoir atteint sa destination, endommageant légèrement l'appareil. Trois semaines après, une fois réapprovisionné, il décolle vers Medellin où il serait arrivé le 24 juillet à midi.


            Le Goliath finira sa carrière sur place. Les locaux et installations de la CCNA seront repris par la SCADTA.

  

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