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F.60 n°5, n/c 68..

F-GEAB

Le F.60 n°5 à sa sortie de montage chez Farman devant le grand hangar de Mérantais [Coll. Michel Barrière]

Le F.60 n°5 F-GEAB le 29 mars 1920, jour de l'inauguration de l'aéroport de Croydon, prêt au départ pour Le Bourget. [Flight]


            Les débuts de Paris - Londres


                Le F.60 N°5 sort de production fin 1919. Il s'agit probablement du Goliath bleu horizon présenté au Salon de 1919.


            Premier appareil livré à la Compagnie des Grands Express Aériens, il est immatriculé F-GEAB avec le CdI 33 le 4 février 1920. Basé au Bourget, il est destiné à la première ligne de la compagnie : Paris-Londres, inaugurée le 5 mars 1920 par le F.60 n°3 F-HMFU.


            Le premier terrain utilisé pour desservir Londres est celui de Hounslow Heath, une base de la cavalerie britannique sur laquelle un hangar avait été installé dès 1910 pour abriter les appareils d'officiers pilotes de l'armée.

            Ce terrain, repris par le RFC en 1914, a été utilisé pendant toute la durée de la guerre. En 1918, la nouvelle RAF y posséde 4 hangars en dur et plusieurs hangars mobiles Bessonneau en toile.


            Le 1° juin 1919, la RAF abandonne le terrain. Il est aussitôt occupé par l'aviation commerciale qui reprend son activité le 1° mai. Le terrain d'Hounslow est officiellement ouvert le 14 juilllet avec l'arrivée d'un Caudron piloté par Poulet. L'activité régulière ne commence cependant que le 25 août. Les premières sont Aircraft Transport & Travel (AT&T) et la Compagnie des Messageries Aériennes (CMA). En octobre s'installent la British Aerial Transport Company (BAT), puis Instone Air Line. Hounslow est alors le seul terrain londonien possédant une infrastructure permettant d'effectuer les formalités douanières pour les vols continentaux.


            En 1920, le terrain est rendu à la cavalerie. Le dernier vol commercial y est effectué le 27 mars. Il ne sera pas utilisé par les Grands Express Aériens.

  

            1920 - 1922 : Cie des Grands Express Aériens


            29 mars 1920 : la Compagnie des Grands Express Aériens inaugure avec le F-GEAB son propre service et, en même temps, l'utilisation par les lignes aériennes commerciales du nouvel aéroport de Croydon.


                A l'été 1920, la livrée des appareils de la CGEA, peints en bleu clair avec toit blanc et ailes revêtues d'émaillite brillante blanc crème, est modifiée pour se conformer à la nouvelle règlementation sur les marques d'identification qui impose que l'immatriculation soit apposée sur une surface blanche. Le drapeau de dérive est réduit au rôle de support de la lettre de nationalité, façon de contourner l'interdiction faite désormais aux appareils civils de porter des cocardes.


            Les marques de la compagnie sont simplifiées, devenant "Grands Express Aériens" sur les appareils et "Grands Express Air Lines" sur le fronton du bâtiment de la compagnie à Croydon / Plough Lane.


            On trouve trace d'une utilisation régulière de l'avion sur la ligne Paris - Londres d'avril à septembre en 1920, 1921 et 1922. Les vols cessent pratiquement pendant les mois d'hiver. Si l'activité de transport croit en 1920 et 1921, elle est décevante en 1922.


            24 mai 1921 : Le F-GEAB effectue une liaison Croydon - Le Bourget, avec Favreau aux commandes, son mécanicien et 12 passagers en cabine. Alors qu'il traverse la Manche à 2000 m d'altitude, le vilebrequin d'un moteur se brise. Tandis que le pilote entreprend de se poser au Crotoy, le mécanicien prévient Le Bourget qui envoie un avion de dépannage. Changeant d'avion, les passagers n'arriveront au Bourget qu'avec 3 heures de retard sur l'horaire prévu.

Profils du F.60 n°5 montrant l'évolution de la livrée des Goliath de la CGEA en 1920. La CGEA conserve le drapeau tricolore comme fond de la lettre de nationalité. Les lettres de la seconde livrée ne sont cependant pas règlementaires : la largeur des traits devrait être 1/5° de la hauteur des lettres. (© Michel Barrière)


            1923 - 1932 : le F.60 "SAVOIE" d'Air Union


                En janvier 1923, la Compagnie des Messageries Aériennes et la Compagnie des Grands Express Aériens, constatant la faible croissance du trafic, fusionnent pour créer Air Union. Le F-GEAB rejoint la nouvelle compagnie à sa formation et y reçoit une nouvelle livrée, le bleu peu discret de la CGEA n'ayant pas l'heur de plaire à la direction du nouveau groupe, largement issu de la Compagnie des Messageries Aériennes. Ce n'est cependant qu'en février 1924 qu'il est enregistré à Air Union. Basé au Bourget, il est baptisé “Savoie”. Sa carrière dans la compagnie sera émaillée d'accidents.


            14 avril 1923 : Le F-GEAB se pose en campagne suite à une rupture d'hélice (?).

Le Goliath n°5 dans la première livrée d'Air Union. Certains détails comme la couleur des lettres du nom ou les filets autour des fenêtres semblent varier selon l'appareil.

(© Michel Barrière)

            8 février 1925 : le F-GEAB piloté par Delisle, est pris dans la tempête alors qu'il approche des côtes anglaises. Ce jour-là, l'appareil transporte près de 1200kg de fret. Delisle décide de se poser à Lympne, mais à l'atterrissage, une violente rafale pousse l'avion contre une haie. Pilote et mécanicien sont indemnes; le fret finira son trajet sur un camion.

            

            8 janvier 1926 : le F-GEAB se pose en campagne, près de Poix. Cet incident pourrait correspondre à celui évoqué dans les souvenirs du mécanicien Louis Agnus [Icare n°103]. Ayant posé l'avion pour la nuit en campagne à Poix, derrière une colline, l'équipage, constitué de Codos et Agnus, amarre l'appareil face au vent. Mais le vent ayant tourné pendant la nuit, le Goliath est déplacé en arrière et, sa béquille s'étant plantée en terre, il est retourné par le vent.


            24 novembre 1927 : le F-GEAB est endommagé dans un atterrissage forcé à Wrotham, près de Maidstone (Surrey). Ce jour-là, l'appareil piloté par Laulhé transporte, outre son mécanicien, deux passagers. Vers 13h00, pris dans la brume, Laulhé décide de se poser. L'avion est endommagé, sans dommages pour ses occupants.


            mars ou avril 1928 : Le F-GEAB piloté par Foucard, accompagné par Le Solliec qui vient d'être engagé pour remplacer Terrade décédé lors de la chute dans la Manche du F-AEFC, transportant 12 passagers, est obligé de se poser à Lympne sur panne moteur. (Icare 104)

 

            31 juillet 1929 : Raymond Defives, assisté du mécanicien André Campion, assure un transport de lingots pour la Banque d'Angleterre. Le chargement d'une valeur de 100.000 £ est transporté dans de lourdes boites cerclées de fer. Il est placé à l'avant de la cabine de pilotage, emplacement utilisé comme soute à bagages. Par suite de problèmes de moteur, le Goliath effectue un atterrissage forcé à Smarden (Kent). L'appareil, train brisé, est stoppé par les broussailles couvrant la rive de la rivière locale, la Bleut, mais l'avant brisé libère plusieurs caisses qui tombent à l'eau, s'enfonçant dans la boue. Le pilote parlant peu anglais se fait néanmoins comprendre des témoins de l'accident qui l'aident à récupérer la totalité de sa cargaison dans 1,20 m d'eau et de boue. Le chargement est ensuite transporté par camion à Lympne où un autre appareil vient le prendre en charge.

            

            Après cet accident, le Goliath n°5 est de nouveau réparé. Cependant, la flotte commence à vieillirL'apapreil, doté de la nouvelle livrée chamois et rouge, parait destiné à ne plus effectuer que des transports de fret et les fenêtres cabine sont, pour la plupart, supprimées.


            Son destin est scellé et son maintien en service ne dure pas. Il est enregistré comme réformé au premier semestre 1932.

  

Le F-GEAB à la fin de sa carrière. L'appareil. a été modifié pour le transport de fret.

(© Michel Barrière)

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