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F.60 n°4, n/c 68..

CUBA

La Compañía Aérea Cubana


1919


                A peine ouverte la ligne Paris - Londres, la société Farman reçoit la visite d'un riche cubain, Hannibal J. de Mesa.

                Ayant fait fortune dans le sucre pendant la guerre, cet entrepreneur a décidé de créer une ligne de transport aérien. Il veut non seulement couvrir l'île, mais également la relier aux Etats-Unis vers New York par Miami, Palm Beach et Jacksonville.

                La négociation avec Farman se termine probablement en août 1919.

                Aux termes du contrat, de Mesa achète pour 120.000 $ 6 appareils : 2 F.40 à moteur 130 cv, deux F.40 à moteur 80 cv et deux F.60 Goliath, probablement les n° 4 et 6. Farman s'engage de son côté à fournir le personnel nécessaire à la mise en place de l'infrastructure et à l'exploitation.


                Lucien Coupet est chargé de constituer l'équipe qui asssurera la mise en place de la compagnie.

                Il choisit comme second pilote Guy de Roig et comme mécaniciens son frère Léon, Camille Jousse, Maurice Chauvin et Louis Guerchais. Hormis Guerchais, tous sont comme lui des anciens de la MF 25.


                Henri de Kérillis participe à la mise en place de la compagnie comme directeur technique et commercial. Il passera 6 mois à Cuba, en profitant pour réaliser une tournée de prospection en Amérique du Sud.

Cette photographie du FF.60 n°1 lourdement retouchée sera publiée en février 1920 lors du meeting pan-américain de La Havane pour illustrer les ambitions de la compagnie.

[La Vie aérienne illustrée]

Devant un Goliath, les animateurs de la Compañía Aérea Cubana à sa création:

Lucien Coupet, Agustín Parlá et Guy de Roig. [L'Aéronautique]

            Le 6 septembre, Hannibal de Mesa rentre aux Etats-Unis sur le paquebot France.

                Début octobre, les appareils mis en caisses rejoignent Le Havre où ils sont embarqués sur le paquebot Lorraine de la Compagnie Générale Transatlantique.

                Le 14 octobre, Mesa informe l'Aero Club of America de l'ouverture prochaine de la ligne La Havane - New York sous le contrôle de Kérillis.


                Le Lorraine appareille le 18 octobre pour Cuba, Henri de Kerillis convoyant le chargement et assurant les opérations de transit.

                Lucien Coupet, de Roig et les mécaniciens, accompagnés du fils de Kerillis, Alex, partent pour New York le 8 novembre sur le Lafayette. Ils rejoignent ensuite par le train Key West , où ils embarquent pour Cuba.


                A son arrivée, l'équipe Farman loge à La Havane, à l'hôtel Plaza.

                Les dirigeants de la compagnie leur créent quelques difficultés en voulant réduire leur salaire de moitié, mais ce problème est rapidement résolu dans la mesure où eux-seuls peuvent effectuer le montage des avions.

                L'équipe assure elle-même le débarquement des caisses qui ont été cambriolées pendant le voyage : tous les équipements de bord ont été dérobés.

                

                La Compañía Aérea Cubana est rapidement créée par de Mesa avec un capital de 1.200.000 $.

                Tout est à faire, mais le gouvernement cubain est favorable au projet. Il autorise l'utilisation du terrain d'aviation militaire de Columbia et signe la concession de 10.000 m² permettant à la Compagnie de développer le Centre d'Aviation de La Havane.

                La compagnie y regroupe ses installations, à commencer par des bureaux et ateliers (mécanique et menuiserie) et les grands hangars nécessaires pour abriter les 28m d'envergure des Goliath. Tous les avions y sont montés et essayés.

Aeromarine 75 "Columbus" des Aeromarine West Indies Airways. Mis en service en décembre 1920, il disparaitra en janvier 1923 entre Miami et La Havane. [Smithsonian]

La flotte de la Compañía Aérea Cubana devant les grands hangars de la compagnie à La Havane en 1920 [L'Aéronautique]


            Hannibal J. de Mesa enrôle comme directeur général de la compagnie une célébrité locale, Agustín Parlá Orduña, premier pilote cubain, breveté le 20 avril 1912 à l'école Curtiss de Miami.

                Depuis le 19 mai 1913, jour où il a effectué en 2h55mn un vol de Key West à La Havane sur l'hydravion Curtiss "Sunshine" sans accompagnement maritime, Agustín Parlá Orduña est considéré comme "Padre de la Aviación de Cuba". Pour une raison indéterminée, il démissionnera de la Compagnie quelques semaines plus tard.


                Dès leur arrivée, Coupet et de Roig parcourent le pays pour trouver les terrains nécessaires à la ligne projetée.

                Progressivement, des installations voient le jour à proximité des grandes villes : Cienfuegos, Santa Clara, de Avilla, Camaguey, Santiago de Cuba.




                A cette époque, la concurrence américaine se développe rapidement : la compagnie Aeromarine West Indies Airways prépare à grand renfort de publicité la mise en service de 6 hydravions Aeromarine Model 75 (Curtiss F5L) luxueusement aménagés pour établir un service régulier de passagers et de courrier entre Key West et La Havane.

                Le 1° novembre 1920, deux d'entre eux, baptisés "Santa Maria" et "Pinta", effectueront leurs premières liaisons commerciales.


                Pour financer les investissements nécessaires à l''installation de la compagnie autrement que par un apport de capital, il est nécessaire de commencer une activité rémunératrice en attendant la préparation des Goliath.


                En utilisant les F.40, Coupet et de Roig créent d'abord une école d'aviation dont deux élèves deviendront en 1921 des pilotes de la compagnie.

                Ils organisent aussi de multiples activités commerciales : baptêmes de l'air, vols de tourisme au-dessus et dans les environs de La Havane.


                Toujours sur F.40, accompagné de Jousse, Coupet fait également une tournée aérienne de promotion à travers le pays. Il visite d'abord les principales villes, puis voyage un peu partout, en profitant pour repérer des terrains auxiliaires, non sans difficultés et improvisations car il n'existe pas de carte utilisable.


                De Roig, observateur pendant la guerre, a amené un équipement complet de photographie aérienne et cherche de son côté à en faire connaître les multiples applications dans un pays où carte et plans modernes sont inexistants.           

1920


                Du 21 février au 1° mars, de Mesa organise à La Havane sous les auspices de plusieurs organisations, dont la Ligue Aérienne de Cuba, l'Aéro-Club d'Amérique et la Fédération aéronautique pan-américaine, un grand meeting aéronautique. Les Farman sont évidemment au coeur de l'opération, bien qu'aucun représentant de l'Office Général Aéronautique n'y soit envoyé.


                Le 14 juillet, Coupet décolle l'un des Goliath en présence du Général de Menocal, Président de la République et de son épouse, Marianita de Menocal, marraine de l'appareil baptisé en son honneur "Mariana".

                Pour le premier vol, il emmène avec lui les dix mécaniciens de la compagnie.

                Le Général de Menocal décline l'honneur du vol suivant, laissé à son frère. Le second Goliath et tous les F.40 sont également baptisés lors de cette grande journée.


                Quelle était alors la livrée des Goliath?

                A leur arrivée, à l'instar du n°7 colombien, ils étaient sans doute dans la livrée d'usine Farman : fuselage bleu et toit blanc, voilure vernie. La présence du drapeau français sur la dérive est possible si l'on en juge par la photo des appareils devant les hangars de la compagnie. Nous ignorons les modifications reçues ensuite sur le terrain par les Goliath.



                Pendant ce temps, la concurrence se renforce : le 1° novembre, les vols d'Aeromarine entre Key West et La Havane sont devenus quotidiens, utilisant des hydravions Curtiss F5-L capables de 11 passagers. La société est en outre habilitée par l'US Postal Office au transport de courrier.


                Le 4 novembre, Coupet inaugure la première ligne de la Compañía Aérea Cubana sur le parcours La Havane - Cienfuegos; elle est étendue rapidement à Santa Clara. Cette ligne comporte deux vols aller-retour hebdomadaires. Il en coûte 55$ pour aller de La Havane à Cienfuegos, 25$ pour aller de Cienfuegos à Santa Clara et 70$ pour aller de La Havane à Santa Clara.


                De février à décembre, les appareils auront éffectué pour la Compagnie plus de 60.000 km et transporté plus de 2000 passagers en près de 900 voyages sans perte d'appareil. Mais, Cuba est oublié par les constructeurs français : pour maintenir les avions en état de vol, les mécaniciens doivent fabriquer les rechanges et assurer la totalité de l'entretien.


1921


                Le 18 janvier, Coupet décolle un Goliath de La Havane pour un premier vol postal vers Santiago de Cuba. Le mauvais temps l'oblige à se poser à Recreo et à Santa Clara où il passe la nuit, ne rejoignant Santiago de Cuba que le lendemain à 15H25 après une escale à Camaguey. L'amélioration du temps lui permet un retour à La Havane, soit 800 km, en un peu moins de 7h00 de vol.

                

                Malgré tout, pour l'équipe de Coupet, cette ouverture de ligne est la fin du contrat. Lucien Coupet et les mécaniciens rentrent à Toussus au début de 1921, tandis que de Roig effectue un périple de prospection dans les Caraïbes.


                Pour les remplacer, des pilotes français sont attendus mais la relève sera finalement assurée par des pilotes américains et des mécaniciens cubains. Le 15 août 1921, Aerial Age Weekly publie un court article indiquant qu'un pilote américain, Monte Rolfe, devient chef-pilote de la Cuban-American Aerial Transportation Co. , nouveau nom de la Compagnie qui exploite alors deux Goliath et un Farman triplace. La formation des pilotes est assurée exclusivement par des Curtiss JN et des Canadian Curtiss JN4.

                Ironie du sort, le jour même où parait cet article, dans des circonstances indéterminées, Monte Rolfe se tue dans un accident d'avion à La Havane [Aerial Age Weekly, 5 septembre 1921]


                Si la guerre avait provoqué une intense spéculation à la hausse sur le sucre, la chute des cours qui suit l'armistice réduit les disponibilités financières. A court de ressources, la compagnie cesse ses activités au bout de quelques mois.

F.60 n°3    F-HMFU

F.60 n°5    F-GEAB

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