crezan
F190
Présentation
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F-ALGK

F.199 n° 5, n/c 7269, AIR 2-2063


¤ 1933


                Le 8 juillet 1933, la conversion du F.197 n°6 Paris en F.199 est enregistrée. Outre le Lorraine 9 Na Algol remplaçant son Mizar, son fuselage est complètement refait avec les grandes fenêtres rectangulaires et une roulette de queue, tandis que les circuits d'essence sont modifiés. Il est alors enregistré comme F.199 n°5.


                Philippe d'Estailleur-Chanteraine et Freton utilisent toujours très régulièrement le Farman. En juillet 1933, il effectue un trajet Toussus-le-Noble – Bordeaux – Chambéry – Toussus-le-Noble, suivi d'une liaison Toussus – Poitiers et retour pour participation au meeting de Poitiers. C'est ensuite un voyage Toussus – Chambéry – Toussus, puis Genève –Toussus-le-Noble – Chambéry en août. Le 25 août, il participe au meeting de Challes-les-Eaux célébrant l’ouverture des travaux du nouveau terrain d’Aix-les-Bains Chambéry en présence de Pierre Cot. Ce jour-là, Thoret qui effectue une démonstration de vol à voile, est gêné par la présentation d’une patrouille militaire; se posant au plus près du parking avions, il arrache dérive et gouvernail du F-ALGK. Ce n’est que le mois suivant que l’avion réparé rentre à Toussus-le-Noble pour repartir vers Marignane, Dijon, puis Bordeaux.

                En novembre 1933, Estailleur-Chanteraine devenu administrateur délégué de la S.G.A. rejoint Tanger et Rabat avec le F-ALGK pour accompagner le départ de la Croisière Vuillemin, et assurer la promotion des moteurs Lorraine. Accompagné par Freton, il quitte Le Bourget pour Istres le 8 novembre et ne revient que le 22 de Rabat. Ce régime de voyages entrecoupés de promenades se poursuit en 1934 et 1935. En juillet 1935, d'Estailleur-Chanteraine fait un voyage à Lisbonne, pays avec il entretient des liens particuliers.

                Mais, en 1935, Freton abandonne sa carrière de pilote et, en août, c'est Abel Guidez qui pilote d'Estailleur-Chanteraine pour un voyage Toussus – Genève.


                En 1936, Philippe d'Estailleur-Chanteraine projette un nouveau raid. Son choix se porte sur les Comptoirs des Indes, dont Franchet d'Espèrey dira en 1938 : "De l'empire français jadis fondé aux indes orientales, de bien faibles traces subsistent aujourd'hui [..]. À l'écart des routes maritimes qui joignent Marseille à l'Extrême-Orient, [..] cinq vieilles villes françaises refusent de mourir.. leur existence, leur progrès même est pour la Métropole une question non seulement de sentiment, mais d'intérêt national." Une mission diplomatique au Moyen-Orient vient étoffer ses objectifs.

                Son équipage est constitué du pilote Paul de Forges à peine remis de l'accident au cours duquel Finat a perdu la vie, du mécanicien Vernaz et du docteur Max Richou. Après quelques recherches infructueuses, rejetant les Caudron trop fragiles et trop chers ou une solution britannique, Estailleur décide de reprendre son F.199.

                

                Le 7 avril 1936, le "Paris", complètement révisé par Farman et Lorraine, débute son voyage dans le mauvais temps. Après une escale à Auxerre, de Forges tente de rejoindre Lyon-Bron dans la pluie et la brume, mais finit par se poser dans un champ, heureusement sans dommage. Burlaton de l'Aéro-Club du Rhône, qui connait évidemment la région, pilote à Bron l'appareil déchargé.

                Le lendemain, le Farman repart pour Marignane. Le 9, parti à 10h00, il traverse la Méditerranée vers Tunis El Aouina où il est accueilli par le colonel Davet, commandant de l’Air en Tunisie, et Pierre Weiss. Le 10, il rejoint Tripoli où l’équipage est reçu par Italo Balbo. Ils repartent le 11 pour Syrte, un fort vent de sable faisant chuter la vitesse à 80 km/h avant de tourner et de propulser l'avion à 220 km/h. L'atterrissage est difficile à Benghazi et les italiens doivent les aider pour amener l'avion à l'abri.

                Repartis le 12, ils effectuent les formalités douanières égyptiennes à Soloum, survolent Alexandrie où mouille la "Home Fleet" avant d’atterrir au Caire. Le 14, le Farman décolle à 8h50, survole Ismaïlia, le canal de Suez, Jérusalem. Alors qu'il se dirige vers Damas, Vernaz constate une baisse rapide du carburant. De Forges parvient à se poser sur un petit champ pour constater qu'il s'agit d'un tuyau d’essence bouché. La réparation est rapide, mais l'équipage doit décharger l'avion et dégager une piste pour permettre à de Forges de rejoindre Damas par les airs, tandis que ses compagnons le rejoignent par la route avec les bagages.

                Le lendemain matin, ils quittent Damas pour Bagdad. Le 16, Estailleur prend les commandes jusqu’à Bouchir. Les formalités douanières effectuées, l’avion piloté par de Forges repart pour Bender Abbas. Il en redécolle le lendemain à 5h45, faisant escale à Djask vers 8h30 pour ravitailler et rejoint Karachi à 14h35. C'est Estailleur qui pilote le lendemain matin, de Forges assurant la navigation jusqu'à Juhu, près de Bombay. Le lendemain, de Forges décolle du terrain exigu, puis met le cap à l’Est en direction de Pondichéry, faisant escale pour ravitailler à Secunderâbâd d'où l’avion a toutes les peines du monde à repartir dans l’air surchauffé.

                Volant à 220 km/h, il atteint enfin le golfe du Bengale, survole Madras et se pose le 22 avril à Pondichéry. Les voyageurs y sont accueillis par le Gouverneur général Solomiac devant une foule immense. Leur étape ne doit durer que quatre jours, mais l’équipage va rester deux semaines sur place, effectuant une liaison aller-retour avec Karikal le 27 avril, puis, deux jours plus tard, se rendant à Mahé par la route, aucun terrain n'étant possible dans cette petite enclave.

Le "PARIS" converti en F.199 n°5 en 1936 pour son voyage dans les Indes françaises et au Moyen-Orient. [© Michel Barrière]

Le retour de la mission à Paris en juin 1936. De g. à dr., Vernaz, Max Richou, Ph. d'Estailleur-Chanteraine, de Forges et sa mère, la comtesse de Forges. Cette dernière sera particulièrement offusquée, considérant que d'Estailleur-Chanteraine tire la couverture à lui au détriment de son fils comme pilote de l'avion. [Coll Michel Barrière]

                Le 12 mai, le Farman s’envole de Pondichéry et rejoint Madras. Le lendemain, il remonte la côte, survole Yanaon, orbitant au-dessus de la ville pour saluer la population, puis, après un vol de 1 400 km, se pose à Calcutta sous l’orage. L'équipage y est accueilli par le maire de Chandernagor qui, compte tenu de la durée de leur séjour à Pondichéry, insiste pour les garder plusieurs jours.

                Le 19 mai, le Farman commence son voyage de retour, survolant le Bengale, Bénarès et après une courte escale à Allahabad, se pose à Agra dont il ne repart que le 21 pour Jodhpur où, à 10h00, il fait 58°C. Le 22, après un vol éprouvant en raison de la chaleur, l’avion rejoint Karachi. Les Britanniques leur refusent alors le survol de l'Afghanistan, toujours agité, alors que la mission prévoyait de valider la route de Kaboul via Kandahar. Après avoir attendu une semaine les autorisations de survol nécessaires pour passer par l’Iran, il rejoint Djask après un atterrissage impromptu pour cause de bougies encrassées et une escale à Gwadar.

                Le 30, le Farman rejoint Chiraz, à 1 500 m d’altitude. Le lendemain, au lever du jour, il monte difficilement à 3 500 m, ravitaille à Ispahan puis rejoint Téhéran pour un séjour d'une dizaine de jours. La mission repart le 12 à Ispahan ; le 13, l’équipage fait la connaissance sur le terrain de M. Schmidt, directeur de la mission américaine à Persépolis, qui arrive avec son Beechcraft et les invite à visiter les fouilles. Après déjeuner, le Farman franchit de nouveau le Farzistan et se pose à Bouchir pour ravitailler avant de rejoindre Bagdad pour une escale de deux jours.

                Le 16 juin à 5h35, la mission quitte l'Iran, survolant Palmyre avant de se poser à Alep. Le lendemain, une barre de nuages en Cilicie lui impose de faire demi-tour. Le 18, l’équipage décide de tenter d'atteindre Athènes d'un seul vol. Volant à 300 m d'altitude, il survole Alexandrette, met le cap au sud-ouest, évite les nuages qui s'accumulent sur la Turquie en passant sur la mer et, après 7 h 40 de vol, se pose à Athènes. Après une journée de repos, la mission s’envole le 20 pour Belgrade-Zemun et, le 21, atteint Budapest. Le 22, il reprend son vol à 10h30, survole Vienne et Strasbourg avant de se poser au Bourget à 18h50 au terme d'un voyage de 25 000 km.


                Ce sera le dernier grand voyage du "Paris" : en mai 1938, Philippe d'Estailleur-Chanteraine fait don de son Farman F.199 n°5 "Paris" au Musée des Colonies.

                

                Son sort ultérieur est inconnu.

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