crezan
F190
Présentation
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F-AJRY

F. 199 n° 4, n/c 7203, AIR 2-1727


¤ 1931


                Ne voulant pas rester sur le demi-échec de son vol sur le Farman F.304, Goulette décide de refaire un raid Paris - Madagascar. L'avion utilisé sera son F.197, converti en F.199. Outre le remplacement du moteur Lorraine Mizar de 230 cv par un Algol de 300 cv, les modifications essentielles pour mettre l'appareil au standard du type sont faites : modification des circuits de carburant avec déplacement vers l'extérieur du fuselage des commandes des robinets de réservoirs, adjonction de raidisseurs entre le capot et la mâture. Le fuselage lui-même n'est pas modifié : les hublots sont conservés, et l'avion présente toujours la bande métallique protégaent le fuselage des F. 190 de la chaleur du tyau d'échappement..

                Le 15 septembre, Lucien Coupet essaie le F-AJRY ainsi converti. En novembre, André Salel remplace Marcel Lallouette, décédé en Espagne lors d'une tentative de record sur avion léger le 30 mai 1931, et effectue plusieurs essais sur le "F.197 300 cv ". Le changement de type du F.197 n°3 est enregistré, l'avion devenant le F.199 n° 4. Goulette le baptise "Marcel Lallouette" en souvenir de son partenaire et ami.


¤ 1931


                Le 27 septembre à minuit, le F-AJRY quitte le Bourget, se posant à 9h20 à Tunis  El Aouina dont il repart à 9h50 pour se poser à Syrte six heures plus tard. Après un dîner rapide et un petit repos, l'équipage s’envole, survole Benghazi où les Italiens, prévenus, ont allumé les feux, puis se dirige vers Le Caire quand une fuite d'huile l'oblige à se poser d'urgence dans le désert, près de Burgh-El-Arab, à 40 km au sud-ouest d’Alexandrie. Ravitaillé en huile dans la soirée du 28, il peut le lendemain rejoindre Le Caire où les mécaniciens de la RAF confirment que le moteur n'a pas souffert.

                Devant le retard accumulé, Goulette décide néanmoins de rentrer en France. Faisant escale à Alexandrie, Apollonia, Benghazi, Tunis et Rome, le Farman se pose au Bourget le 10 octobre vers 14h00.


                Goulette et Salel espèrent repartir en profitant de la lune d'octobre, mais la météo ne leur permet de reprendre le raid que pour la lune de novembre. C'est donc le 20 novembre que Goulette et Salel quittent Toussus-le-Noble à 13h50 et se posent à 16h40 sur la base de Lyon-Bron, où ils sont reçus par les officiers du 35e régiment d’aviation. Ils ne repartent que le lendemain à 14h05 pour se poser à 15h30 à Istres, point de départ du raid. Ils passent la journée du 22 à préparer l’avion.


                Les prévisions météorologiques étant bonnes, le "Marcel Lallouette" décolle le 23 à 4h00 pour sa seconde tentative. Après la Corse et la Sardaigne, il survole Tunis à 9h30 et se pose à 15h15 sur le terrain de Syrte. Tandis que l’équipage est reçu par les officiers italiens, l’avion est reconditionné par les mécaniciens de la Regia Aeronautica. Le 24 à minuit, les deux hommes repartent, survolant Benghazi à 3h10 puis montent à plus de 3000 m pour éviter un orage et, pendant plus de deux heures, dans l'obscurité, Salel pilote en PSV. Au lever du jour, le temps s'est éclairci et le F-AJRY survole Le Caire avant de se poser vers 15h00 à Assouan.

                Reparti le 25 à 2h00 du matin pour Djibouti, le F.199 survole Port Soudan à 6h20, puis passe sur la mer pour éviter les vents de sable. Malgré le vent contraire qui se lève après Massaoua, ils se posent à Djibouti à 14h00, avec un petit quart d'heure d'écart sur leur tableau de marche. Reçus par le Gouverneur général Chapon-Baissac, les deux hommes venus en trois jours de Paris, sont fêtés par la population. Trois heures de sommeil puis Goulette et Salel décollent à 23h15 avec un sac de courrier à destination de Madagascar.

                Après une escale de ravitaillement à 6h00 à Mogadiscio, l'équipage atterrit à 14h05 à Dar Es Salam, où il est invité à dîner par le consul de France, également consul de Belgique, et par l'explorateur M. de Ramecourt. Le départ est difficile : avant de trouver un point de décollage satisfaisant, le Farman s'enlise deux fois, perdant un temps précieux. Prévoyant une étape de 2100 km sans possibilité de ravitaillement, l'équipage décharge l'appareil de toutes les rechanges et décolle à minuit, avec une heure de retard sur son tableau de marche. Il survole Mozambique à 6h00, puis, volant à 200m d'altitude sous les nuages, l’îlot Chesterfield à 8h00 et, 25 mn plus tard, aborde Madagascar au cap Saint-André. À l’approche des hauts plateaux, Salel monte à 2000 m et se pose à Ivato à 11h27, après avoir prolongé son vol pour échapper à l'orage installé au-dessus de Tananarive.

                A leur arrivée, Goulette et Salel n’accusent qu’un retard de 30 minutes sur la feuille de route qu’ils s’étaient fixée. Ils battent le récent record de Mœnch et Burtin, ayant néanmoins emprunté pour ce faire la route est-africaine, plus courte de 1200 km que la ligne franco-belge. Leur temps de vol effectif est de 63h50.

Le F.199 n°4 en novembre 1931. Il porte sur le flanc gauche la liste des raids déjà réalisés par Goulette :


PARIS - MADAGASCAR - ILE BOURBON

PARIS - TEHERAN - ATHENES - KOVNO - PARIS

PARIS - SAIGON - HANOI - SAIGON - PARIS

PARIS - LE CAIRE - ROME - PARIS

LE BOURGET - DJIBOUTI - TANANARIVE

Le F.199 n°4 en mars 1932, après le record Paris - Le Cap. La tête de zébu sur la portière a été peinte à Tananarive lors du passage de l'avion en 1931.

La liste des raids a été revue et complétée :


PARIS - MADAGASCAR - ILE BOURBON

PARIS - TEHERAN - ATHENES - KOVNO - PARIS

PARIS - SAIGON - HANOI - SAIGON - MARSEILLE

PARIS - LE CAIRE - ROME - PARIS

LE BOURGET - DJIBOUTI - TANANARIVE - PARIS

LE BOURGET - LIBREVILLE - CAPETOWN


Les carénages de roues étaient démontés pour le raid Paris - Le Cap. [© Michel Barrière]

 Goulette et Salel accueillis au Bourget par Henry Farman après leur record sur Paris -Madagascar [www.gallica.bnf.fr]


                Le premier geste de Goulette est de remettre le sac de courrier au représentant des Postes. Puis, accompagnés du capitaine Dire et du Gouverneur général Cayla, les deux hommes assistent à une réception donnée en leur honneur dans les hangars du camp d’aviation. Goulette, souffrant, se voit obligé de garder la chambre la plus grande partie du temps jusqu’au 1er décembre. Sa santé s'étant améliorée, Goulette décide le départ pour le lendemain.

                Leur voyage de retour débute le 2 décembre à 4h30 (heure de Greenwich), l'avion emportant 1500 lettres. Le cap Saint-André est franchi à 7h00, et Mozambique survolé à 9h20. Remontant la côte, l’avion se pose à 15h00 sur le terrain de Dar Es Salam, où l'équipage retrouve le consul de Belgique et M. de Ramecourt. Le soir même, à 23h30, le Farman révisé décolle. Malgré le temps qui se dégrade sur Mombasa, il atteint Mogadiscio le lendemain matin à 6h50. Aidés par les Italiens, l’équipage ravitaille rapidement et décolle à 7h30. Ralenti par un vent contraire, il ne se pose qu'à 15h20 (heure de Greenwich, 18h30 heure locale) à Djibouti.


                Une réception, un bref repos. Reparti 4 décembre à 3h10, le Farman survole Massaoua à 6h35, Port Soudan à 9h30, pour se poser à Assouan à 14h05 où un officiel égyptien leur présente des félicitations officielles. L’avion ravitaillé, l’équipage prend un bref repos et redécolle à 23h30. À 4h35, ralenti par un fort vent de face, l'avion survole les pyramides, ayant couvert la distance en 5h25 contre 3h40 à l'aller. Ne pouvant atteindre Benghazi par manque d'essence, il se pose à Apollonia à 11h45.

                Après un ravitaillement rapide et un repas pris à la hâte, l’équipage repart. Pour ne pas risquer un atterrissage nocturne à Syrte, l'équipage fait halte à Benghazi à 14h00. Il y trouve René Lefèvre et son Mauboussin en route pour Madagascar. Le départ est prévu à minuit, mais la forte pluie incite l'équipage à se recoucher. Le 6 décembre à 6h30, Salel décolle, volant au ras des flots sous la pluie. Le temps s'améliore sur Syrte, passée à 8h30, Tripoli est survolé à 10h30, puis l'avion se pose à Tunis à 14h00. Goulette, qui a pris froid, doit s'aliter. Remis sur pied par une abondante série de ventouses, il repart le lendemain, 7 décembre, à 5h45. Traversant la Méditerranée, le Farman survole Cagliari vers 7h15, Ajaccio à 8h50. Le temps se dégradant, Salel passe la côte française au ras des flots entre Toulon et Marseille, survole Marignane, puis remonte le Rhône se posant à Lyon-Bron à 13h00 pour permettre à Goulette d'aller chercher la météo et redécolle à 13h05 avec une prévision favorable.

                Après un vol tranquille, le Farman se pose au Bourget à 15h30 au terme d'un voyage de 5 jours et 11 heures et un temps de vol effectif de 62h10.         

¤ 1932


                En janvier, Goulette et Salel se rendent à Nancy avec le F-AJRY. Dès le début de l'année, Goulette et Salel ont pris la décision de tenter le record détenu par l’Écossais Mollison sur la route du Cap. Le 16 avril à 17h00, l'avion est mis en place au Bourget. Le dimanche 17 avril à 5h25, ils s’envolent avec la provision d’essence nécessaire pour couvrir 2 300 km, survolent Oran à 14h00 et, malgré un fort vent de sable, atteignent Colomb-Béchar (2300 km) à 17h10. Le survol du désert étant interdit de nuit, et le vent de sable persistant, l’équipage y passe la nuit.

                Le lundi 18 à 6h10, le Farman s’envole à destination de Niamey. A Bidon 5, le vent de sable oblige Salel à monter à 2 000 m tandis que Goulette navigue au compas. A Gao, suivant le Niger, Salel poursuit sur Niamey où il se pose à 18h30 (2100 km). Il décolle à 23h00 et se pose le 19 à 11h50 à Libreville pour un ravitaillement rapide. Reparti à 13h30, il se pose à Pointe Noire à 17h40. L'équipage prend un court repos avant sa prochaine étape de 3300 km. Reparti dans la soirée, il se pose le 20 à 13h50 à Walfish Bay, ravitaille et reparte à 15h40 pour Le Cap où il se pose à 23h40 sur le terrain de Wingfield, éclairé par des phares de voiture, après un voyage de 3 jours, 19 heures et 15 minutes. 2000 personnes les y attendent : le record de James Mollison (4 jours, 17 heures et 19 minutes) est battu de près d'une journée.

                Le dimanche 24 à 7h55, le "Marcel Lallouette" repart et se pose à 15h40 à Walfish Bay. Reparti le 25 à 5h00, il se pose à Pointe Noire à 16h45, puis, le 27, parcourt 300 km, se posant à 10h30 à Brazzaville, accueillis par le Gouverneur général Alfassa, passager l’année précédente du Farman F.304 F-ALCA de Goulette. Pendant leur séjour, l'équipage remonte le Congo pour repérer l’endroit le plus propice à l’édification d’un pont entre les territoires français et belge. Le 30 avril à 14h00, le F.291 F-ALUI qui ramène Maryse Hilsz et Dronne de Madagascar se pose à Brazzaville. Les deux équipages décident de voyager de concert pour pouvoir se retrouver et dîner ensemble chaque soir.


                Le 1° mai, Goulette et Salel décollent à 8h10 et se posent à 11h00 à Pointe Noire, transportant le Gouverneur général Alfassa et Lombard, Directeur du service des Mines. Le 2 à 6h40, le Farman décolle de Pointe Noire pour se poser trois heures plus tard à Libreville où Alfassa se rend à une commission médicale avant de revenir en congé de convalescence dans la métropole. Maryse Hilsz et Dronne les y attendent. Le 3, décollant à 7h00, les deux Farman rejoignent Ilorin, au Nigéria Britannique, à 13h45. Repartant le 4 à 6h40, ils sont à Gao à 12h30. Puis le lendemain, ils décollent à 8h05 pour se poser à Reggan à 15h40. Ils en repartent le 5 à 6h20, atteignant Oran la Senia à 12h40. Le 7 mai enfin, ils quittent Oran à 4h55 et font un arrêt-éclair au Bourget à 15h20 avant de repartir pour Bruxelles où ils atterrissent à 16h50 pour remettre un sac de courrier du Congo Belge dont ils étaient chargés, repartent à 17h55 et sont de retour au Bourget à 18h55.


                La liste des voyages portée par l'appareil est alors totalement repeinte et complétée.

Goulette et Salel devant le F.199 n°4 portant maintenant la liste des records complété par Paris- Le Cap. Révélateur de l'origine F.190 de la cellule : le bandeau métallique installé pour protéger le flanc du fuselage de la chaleur de l'échappement du GR5Ba est toujours présent [www.gallica.bnf.fr]


                Dix-huit jours plus tard, le 25 mai, le F-AJRY s'écrase sur le mont Ernici, près de Véroli, en Italie, tuant ses deux pilotes, Marcel Goulette et Lucien Moreau et le couple Lang – Willar, survivant de la catastrophe du paquebot "Georges Phillipar", qu'ils étaient allé chercher à Brindisi.

                Les corps ne sont retrouvés que le 27 dans les débris éparpillés de l’avion. Rapatriés en France dans la nuit du 5 au 6 juin, ils reçoivent un hommage national dans le grand hall de la gare de Lyon à Paris.

F199 n°3

F199 n°5

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