crezan
F190
Présentation
Présentation
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F.197 n° 3, n/c 7201, AIR 2-1727

F-AJRY

¤ 1930


                Après la perte de son F.192 F-AJJB, Marcel Goulette qui a acquis une notoriété certaine acquiert un nouveau Farman 190, cette fois à moteur Lorraine. La cellule F.190 N°49 pourrait être la cellule qui aurait servi de base à la production du F.197 n°3, de numéro constructeur 7201. On note en effet la présence sur le flanc gauche du fuselage de la tôle de protection propre à l'échappement du GR 5 Ba, montrant que la cellule d'origine était probablement prévue pour la production d'un F.190.

                Il semblerait que la construction de ce F.197 ait en fait amené Farman à considérer que chaque version, ici le F.197, pourrait être construite à partir d'une cellule présentant des spécificités propres à la version considérée.

Le F.197 n°3 à Saigon - Bien Hoa en décembre 1930.

La numérotation de série (n°1) est bien visible à la base du gouvernail ; on ne voit malheureusement pas sur cette photo l'identité de la version.

[Les Ailes]

                Une photographie parue dans Les Ailes met en évidence la dérive du F.197 n°3, F-AJRY, portant clairement l'inscription "n°1". Dans la série F.197, ce numéro est en fait celui du F.197 F-AJJK, détruit au retour de son voyage à Madagascar en janvier 1930.

                Une erreur ou l'utilisation d'une rechange peut être à l'origine de cette inscription, mais, compte tenu de l'évolution de la conception chez Farman à l'été 1930, une autre explication est possible.


                La cellule du F.197 F-AJRY est en effet la première à être conçue comme répondant à des spécifications différentes de celles de la cellule F.190 de base avec la volonté de créer sous la signature de Lorraine un petit transport colonial à autonomie accrue.


                Le capot du F.197 est adapté pour accueillir le moteur Lorraine : sa face avant est circulaire et il reçoit une protection métallique plus enveloppante destinée à protéger le fuselage de la chaleur du collecteur d'échappement situé à l'arrière du Mizar.      Le F.197 standard possède d'origine des réservoirs de bord d'attaque et un circuit de carburant adéquat ; les câbles de commande des robinets de réservoirs d'ailes passent à l'extérieur du fuselage. Cependant, ces modifications ne sont pas nécessairement appliquées aux F.190 convertis.

¤ 1930


                Recevant les CdN/CdI 2551 établis le 18 septembre 1930, le F.197 n°3 est enregistré au nom de Marcel Goulette qui bénéficie, pour son achat, des primes d'État sur les avions de tourisme. L'appareil est équipé d'un Mizar prêté par la société Lorraine, grâce au baron de Turckheim. Il est peint en rouge et argent, livrée qu'il conservera pendant toute sa carrière.

                Pour les raids qu'il envisage, Goulette sera accompagné par Marcel Lallouette, pilote réceptionnaire chez Farman. Pour prendre en main l'appareil, tous deux font le samedi 6 et dimanche 7 septembre un aller-retour à Biarritz. Puis, afin de démontrer la robustesse de ce moteur, Goulette décide de réaliser un raid Le Bourget – Téhéran dès la certification de l'avion.


                Partis du Bourget le 19 septembre à 6h24, sous la supervision de Mr Gaubert, commissaire de l’Aéroclub de France, Goulette et Lallouette se posent à Bucarest à 17h30 (18h30 heure locale). Après ravitaillement de l'appareil et de l'équipage, le Farman redécolle à 22h45. Lallouette descend plein Sud, traverse la mer Noire, puis la Turquie avant de bifurquer vers l'est en direction de la Syrie. Il pose le F-AJRY sur le terrain d'Alep le 20 à 8h00, reprenant l'air à 9h15 après un rapide ravitaillement. A la tombée de la nuit, les deux hommes décident de se poser en rase campagne à 100 km de Téhéran plutôt que de traverser de nuit la montagne dont certains sommets culminent à 3 500 m. Le 21, le Farman rejoint Téhéran en 35 mn, s'y posant à 5h45. Le voyage de 5200 km a été effectué en moins de 2 jours et en 29h45 de vol effectif, à la moyenne commerciale de 175 km/h. En signe de victoire, le lion de Perse est peint sur le capot de l'avion.

                Le 23 septembre, l'équipage fait un aller-retour à Ispahan où il est reçu par le consul de France. Le 25, Goulette et Lallouette repartent vers la métropole, transportant la valise diplomatique. A Rayak, ils sont reçus par le colonel Antoinat, commandant le 39e régiment d'aviation du Levant. Goulette profite de l'occasion pour rendre visite à un beau-frère en poste à Beyrouth.

                Reparti le 26 au matin, le F-AJRY parvient à Athènes vers 11h00, première escale d'un voyage de propagande en Europe orientale. L'équipage, reçu par le colonel Masseau, présente le Farman à l'aviation locale. Le 30, il survole la Bulgarie et se pose à Bucarest où il est reçu par le colonel Palasse, attaché militaire de l'ambassade de France, et par des personnalités de l'aéronautique roumaine. Le 2 octobre, Goulette et Lallouette repartent vers le nord vers la Lituanie, survolant Varsovie. À 15h45, Lallouette pose le Farman sur le terrain de Kovno pour une présentation du Farman.


                Repartis le 3 octobre, Goulette et Lallouette trouvent le mauvais temps à Berlin et décident de se poser sans attendre. Lallouette pose impeccablement le F-AJRY dans un champ près de Nieder Ohmen, à 30 km de Giesen (Hesse). Sous des trombes d'eau, ils effectuent les formalités de douanes, assistés par le comte de Solms Laubach. Le lendemain matin, Lallouette ne peut décoller l'avion qui, embourbé, est déchargé avec l'aide de la population. Il peut ensuite rejoindre le terrain de Giesen où Goulette le retrouve avec les bagages.

                Le 6, profitant d'une éclaircie, l'équipage décolle, transportant le comte de Solms Laubach qui se rend à Paris. L'étape sera difficile mais, après une halte à Francfort pour vérifier la météo, ils repartent à 12h45, arrivant sans problème au Bourget vers 16h00.

Le F.197 n°3 en novembre 1930 au départ du Bourget pour Saigon. L'avion porte le Lion de Perse en souvenir de son raid vers Téhéran...

  

... A l'arrivée à Saigon, un petit insigne au tigre de la 1° escadrille d'Indochine sera peint sur le capot...

  

... Le F.197 n°3 en décembre 1930 à son retour au Bourget. Le tigre de la 1° escadrille a été repeint et agrandi. Le gouvernail et la moitié gauche du plan fixe ont été repeints et toutes les inscriptions effacées : nous ignorons pourquoi et à quel moment du voyage ces derniers éléments ont été modifiés. [© Michel Barrière]


                Dés leur retour, l'avion est vérifié. Le moteur ne montre aucune trace d'usure. Un réservoir supplémentaire est installé en cabine, portant la capacité totale à 1000 litres et le rayon d'action à 2500 km. Le 6 novembre, le Sous-secrétaire d'État Alcide Delmont et le député Outrey leur confient le courrier officiel et des lettres personnelles pour le Gouverneur Général Pasquier et M. Kranteimer, Gouverneur de la Cochinchine,

                

                Partis du Bourget pour Athènes le 8 novembre à 1h15 en présence de M. Gaubert, Goulette et Lallouette rencontrent le mauvais temps sur le canal d'Otrante et font demi-tour pour atterrir à Brindisi à 12h15. Cependant, les Italiens s'opposant à tout départ nocturne par suite de l'absence de balisage, ils repartent dès 15h30, sautent l'étape d'Athènes dont le terrain n'est pas éclairé et atteignent Alep avant le lever du jour. Le personnel du 39e RA, réveillé par le moteur, allume le terrain et le Farman peut se poser à 3h25. Après un bref repos, il repart à 6h20, survole Bagdad avant de se poser à Bassorah. Reparti à 22h15, et bien qu'ayant une autonomie suffisante pour atteindre Karachi, l'équipage se pose à Djask de 6h15 à 7h10 pour compléter les pleins. À 12h30, il se pose à Karachi et se repose un peu avant de repartir à 21h50.

                Le 11 novembre à 6h25, il s'envole pour Calcutta que le F-AJRY, aidé par un vent favorable, atteint à 10h55 avec un ravitaillement de 25 mn à Allahabad. Reparti à 18h35, après une nuit sans histoire, l'équipage aperçoit Rangoon au lever du jour, au travers d'une trouée nuageuse, puis survole Moulmein où il doit revenir se poser, ayant trouvé le mauvais temps 200 km plus loin. Il en repart à 6h30 après ravitaillement, survole la côte jusqu'à Tavoy, et rallie Bangkok à 10h50, ayant perdu près de six heures sur leur programme.

                À la pointe du jour, le F-AJRY décolle pour Saigon, passe vers le nord-est pour éviter le mauvais temps et, après avoir survolé la ville, se pose à Tan Son Nhut le 1° novembre à 11h50 (5h10 heure de Paris), soit 5 jours 3 h et 55 minutes (78h35 de vol) après son départ du Bourget.

                Le gouverneur général Pasquier étant alors à Hanoï, Goulette et Lallouette décident de s'y rendre. Le 20 novembre, le mauvais temps les oblige à faire demi-tour et ce n'est que le lendemain qu'ils réussissent à rejoindre Hanoï où ils sont superbement reçus, ayant battu au passage le record de vitesse sur la ligne Saigon - Hanoï en 7 h 15 mn de vol, record qu'ils battent à nouveau cinq jours plus tard. Goulette et Lallouette reçoivent à cette occasion une subvention de 10.000 francs du gouvernement d'Indochine.


                Le Gouverneur général Pasquier, voulant démontrer le potentiel d'une liaison aérienne régulière entre la France et l'Indochine, décide alors de rentrer à Paris avec eux. Le départ est fixé au 1° décembre et au jour dit, à 0h16 (7h16), le F-AJRY s'envole de l'aérodrome militaire de Bien Hoa pour Bangkok, accompagné de 2 Po 25 de la 2° escadrille d'Indochine. Arrivés à Bangkok à 4h55, ils en repartent à 6h10 et atteignent Rangoon à 9h45 (16h45), y rencontrant Maryse Hilsz, en panne avec son Morane Moth F-AJOE.


                Leur illustre passager n'ayant pas souffert durant cette première étape, ils repartent à 23h10, font à 6h15 une escale de 40 mn à Calcutta, puis se posent à 11h40 à Allahabad. Décollant à 18h55 après 3 h de repos, volant en PSV, ils atteignent Karachi pour une courte escale à 5h15, puis repartent à 8h00 pour Djask où ils se posent à 13h10.  Après un court repos, l'équipage décolle le 4 à 2h30 et se pose à 10h00 à Bassorah où un changement de pneu les retarde. Dépanné avec un pneu de voiture (Ford), ils décollent à 19h30 pour un vol de nuit qui les amène à Alep le 5 à 3h30; ils en repartent à 8h30 pour se poser à 16h00 à Athènes. Le samedi 6 à 3h00, ils partent pour la France et se posent à Hyères à 15h30. Ils s'y ravitailler en huile avant de rejoindre à 16h30 Marignane, tête de pont des liaisons d'Orient, où ils décident symboliquement d'arrêter le raid après un vol de 5 jours, 16 heures et 15 mn soit 72h15.

                Ce n'est que le lundi 8 décembre qu'ils rejoignent Le Bourget après un traditionnel survol de Toussus-le-Noble.

Lallouette, Goulette et le Gouverneur général Pasquier à leur arrivée au Bourget le 8 décembre 1930. [www.gallica.bnf.fr]

¤ 1931

                

                En 1931, Goulette effectue un nouveau raid africain vers Madagascar avec le F.304 F-ALCA baptisé "Roux - Caillol - Dodement". Il veut démontrer la possibilité d'une liaison rapide avec un appareil de transport, malheureusement divers incidents ne lui permettront pas d'atteindre cet objectif et, pendant leur voyage de retour, un problème moteur les oblige à se poser au Congo Belge, à Coquilhatville.


                Pour leur prêter assistance, Léon Challe quitte Le Bourget le 22 avril, embarquant un moteur de rechange à bord du F-AJRY. Posé le soir à Biarritz, il repart le lendemain pour Madrid et Tanger. Il passe ensuite à Rabat (24/04), Agadir, Port-Etienne (25/04), Dakar (26/04). Le 29/04, il est à Bamako, puis attint Fort-Lamy (03/05), Bangui (06/05), enfin Coquilhatville où il rencontre d'Estailleur-Chanteraine et Giraud dont le F.197 F-ALGK est en réparation à Léopoldville. Il en repart le 16 mai, par Fort-Lamy (17/05), Gao (18/05), Saint-Louis du Sénégal (19/05). Passant à Tanger le 22 mai, il atteint Le Bourget le 23 mai à 14h50.


                Ne voulant pas rester sur le demi-échec de son vol sur le Farman F.304, Goulette décide de refaire un raid Paris - Madagascar. L'avion utilisé sera son F.197, converti en F.199 n°4.

F197 n°2

F197 n°4

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