crezan
F190
F190
Présentation

F.197 n° 1, n/c 7160, AIR 2-1514

F-AJJK

¤ 1929


                Nous sommes en pleine guerre commerciale des motoristes: avec le vol de Goulette et Marchesseau, en octobre 1929, Salmson a établi un record, aussitôt battu par le Gnome-Rhône de Bailly et Reginensi. Il s'agit pour Lorraine de ne pas être absent face à la concurrence : la société organise donc "son" raid vers Madagascar. Un débat apparaitra plus tard sur le soutien, apporté ou non, par les services étatiques dont Lorraine est un fournisseur apprécié.


                La cellule F.190 n°[36], équipée d'un moteur Lorraine, devient alors le F.197 n° 1. Son numéro constructeur, inconnu, pourrait être 7160.  Le 11 décembre 1929, il reçoit le CdN / CdI 2323 ainsi que l'immatriculation F-AJJK. Il est totalement peint en argent, porte une petite cocarde sur la dérive et la croix de Lorraine du motoriste sur le capot moteur.

Le F.197 n°1 F-AJJK avant son départ [Coll Michel Barrière]

Roux, Caillol et Dodement [Coll Michel Barrière]

Roux, Caillol et Dodement devant leur F.197 lors de leur longue escale à Coquilhatville en décembre 1929. [Coll Michel Barrière]


¤ 1929


                C'est dans ce contexte que le F.197 n°1 est acquis par la Société Générale Aéronautique.       Hormis le mécanicien Gaston Dodement, employé du motoriste, l'équipage militaire est sans aucun doute expérimenté, mais n'est apparemment pas familier des vols coloniaux : l'adjudant Léopold Roux, pilote, appartient au 34° Régiment d'aviation et l'ingénieur en chef de l'aéronautique Raymond Caillol, navigateur et second pilote, au S.T.I.Aé.

                Le manque d'expérience se perçoit dans l'optimisme inhabituel du tableau de marche initial qui ne prévoit que 7 étapes : Colomb-Béchar, Gao, Fort-Lamy, Coquilhatville, Élisabethville, Quelimane, Tananarive. L'équipage espère même pouvoir réaliser la liaison en 4 étapes seulement : Colomb-Béchar (2100 km), puis Gao (1900 km), Élisabethville ou Tete, puis Tananarive.


                Initialement prévu pour le 9 décembre, leur départ est retardé par une violente tempête qui souffle sur la France. Le 11, Caillol et Roux effectuent un vol d'essai de consommation du F-AJJK au dessus de Toussus-le-Noble. L'avion est ensuite convoyé au Bourget où l'équipage effectue les derniers préparatifs, chargeant l'avion avec des vivres et 35 kg de courrier. Le 13 décembre à 2h25, le F-AJJK piloté par Roux décolle pour se poser, après dix heures de vol, sur l'aérodrome d'Oran - La Senia. Après un ravitaillement rapide, il reprend l'air à 13h20 pour Colomb-Béchar. Mais, à la tombée de la nuit, l'équipage prend la décision d'atterrir sur une bande de sable à Béni Ounis. Le lendemain, le vol est repris de bonne heure et à 14h00, Roux pose le F-AJJK à Reggan.


                Bloqués durant une journée par une tempête de sable, ils ne reprennent leur vol que le 16. Décollant à 6h00, le F-AJJK traverse le désert sans problème pour se poser en fin de journée à Gao. Le 17, l'étape Gao - Niamey est effectuée rapidement. Le 18, le Farman arrive à Zinder vers 13h50. Il en repart le lendemain, fait escale à Fort Lamy pour ravitailler avant d'arriver à Fort Archambault à la tombée de la nuit. Le 20, l'appareil atteint Bangui vers 9h00. Deux heures plus tard, il repart vers Coquilhatville où il reste bloqué une semaine par les violentes tornades qui sévissent dans les régions que le F-AJJK doit traverser. Ce n'est que le 27 décembre que le F-AJJK peut reprendre sa route. L'espoir de battre le record de Bailly, Reginensi et Marsot s'est définitivement envolé. Bloqué quatre jours à Quelimane, ils en repartent le 30, atterrissant sur la grande île à Mahatsinjo, et ne rejoignant Tananarive que le 1° janvier vers 15h00.


                Le 10 janvier, après huit jours de repos dont les trois hommes ont profité pour visiter le lac Itasy, le F.197 F-AJJK repart pour la métropole. Lors de la traversée du canal du Mozambique, l'équipage survole l'îlot de Juan de Nova et jette un message lesté à Bourgeois qui garde le F-AJJB, avant de se poser à Quelimane. Le 13, l'avion disparaît sur le chemin de Port Francqui. Selon toute vraisemblance, après avoir été frappé par la foudre, il se serait écrasé en pleine forêt équatoriale, entre les postes de Mangaï et Lubué le long du Kasaï.


                L'avion disloqué et les corps des trois aviateurs ne sont retrouvés que le 14 mars. D'abord inhumées sur place, leurs dépouilles seront rapatriées en France début juin.

                Le F-AJJK est rayé du registre en octobre 31.

Le F.198 n°1 F-AJJK [© Michel Barrière]

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F197 n°2

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