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F190
F190
Présentation

F.194 n° 1, n/c 7150, AIR 2-1482

F-AJID


¤ 1929 -1930


                La cellule F.190 n°29, équipée d'un moteur Hispano-Suiza HS 6 Mb avec hélice Ratier, constitue le F.194 n° 1; il est doté d'un train Messier avec roues à freins différentiels. Son numéro constructeur, inconnu, est vraisemblablement 7150. Le F.194 n° 1 arrive au montage en décembre 1929. Il est essayé par Coupet en décembre 1929 et janvier 1930. Il est le premier exemplaire d'une série qui restera courte malgré les importants efforts commerciaux d'Hispano.


¤ 1930


                En janvier, l'avion effectue ses essais au S.T.I.Aé, atteignant une vitesse sur base de 193 km/h. L'appareil est pris en charge par Henri Rabatel, ancien pilote de la Grande Guerre (escadrille des Cigognes), devenu agent commercial d'Hispano-Suiza. Début février, Rabatel envisage un départ à la fin du mois vers l'Éthiopie pour lequel il serait accompagné de Lefèvre et Lotti. A la fin du mois, il commence son instruction au pilotage sans visibilité chez Farman. Simultanément, il effectue les vols de mise au point du F.190.

                Début mars, Lefèvre et Lotti abandonnent le projet de voyage en Éthiopie pour effectuer un tour de la Méditerranée en Potez. Rabatel est alors rejoint par Henry Massot.

Le F.194 F-AJID au départ de son vol vers l'Ethiopie. [© Michel Barrière]


                Le 7 mars, l'avion, acquis par la maison Hispano-Suiza, est enregistré au nom d'Henri Rabatel avec les CdN/CdI 2359. Le 25, il effectue un vol d'essais aux mains de Lucien Coupet.


                Le 28 mars, piloté par Rabatel et Massot, le F.194 n°1 décolle du Bourget pour un voyage de présentation du matériel qui le conduit jusqu'en Éthiopie où la guerre commerciale fait rage entre les motoristes français. Madame Rabatel, qui se rend auprès de sa mère à Athènes, les accompagne dans la première partie du voyage : Marseille (30/03), Rome, Belgrade, Bucarest (02/04), Sofia (04/04), Athènes (06/04). Les deux pilotes continuent ensuite vers Addis-Abeba via Alep (09/04), Le Caire, Atbara, Djibouti (12/04). L'autorisation de survol obtenue, ils rejoignent Addis-Abeba où ils séjournent jusqu'au 27. Ils y sont reçus par le Ras Tafari auquel Rabatel tente sans succès de vendre son propre appareil ; le jeune prince Makonnen vole sur l'appareil, peut-être pour son baptême de l'air. A défaut d'affaires, Rabatel et Massot réalisent de belles chasses. Ils rentrent ensuite par Djibouti (28/04), Port Soudan (29/04), Assouan, Le Caire, Beyrouth (07/05), Athènes, Salonique, Novi Sad, Bucarest (13/05), Varsovie, Berlin, Bruxelles avant leur retour à Paris le 17 mai 1930, ayant parcouru 23.000 km.


                En juillet, M. et Mme Rabatel font un nouveau voyage en Europe Centrale avec l'appareil.

En avril 1930, le F.194 F-AJID sur le terrain de Jan Meda à Addis-Abeba en compagnie d'avions éthiopiens : de gauche à droite, 2 Potez Lorraine, le Fiat As-1 et enfin le DH 60 acheté en mars à Jacques de Sibour. [L'Aéronautique]

                En septembre, le Farman est vendu à Gilbert Lane, homme de théâtre (sous le pseudonyme de Gilbert Leslie) et de cinéma, aviateur français de l'American Expeditionary Corps et membre de l'American Legion. L'enregistrement est effectué le 2 octobre. Le projet de Lane est de rejoindre Addis-Abeba en se contentant d'une seule étape intermédiaire, au Caire, puis d'effectuer avec l'aide de l'opérateur Sammy Brill, déjà sur place, un reportage cinématographique sur l'Éthiopie et le couronnement du Négus. Il prévoit ensuite de continuer vers Le Cap. Pour réaliser ce raid, il fait équiper l'avion de grands réservoirs supplémentaires en cabine.


                Le F.194 n°1 ainsi équipé lui est livré le 16 octobre et Lane part aussitôt à Londres pour préparer son voyage. Son pilote est Pierre Nicolas, dit Silverbaum, jeune sergent du 34° Régiment d'Aviation, qui vient d'être libéré. Le 23 octobre, ils sont de retour de Croydon pour terminer le chargement de l'avion et faire les pleins.


                Le 24 octobre 1930 au matin, les aviateurs tentent à 7 reprises de faire décoller le Farman fortement surchargé. A la demande des autorités de l'aéroport, ils déchargent à regret 600 litres de carburant. A 12H30, l'avion décolle difficilement avec un fort vent de travers et vire vers le sud-ouest. Il décroche à 50m d'altitude et s'écrase au centre de la ville du bourget (au 92 avenue du Pont-de-Flandres) dans une cour d'immeuble. Les deux aviateurs sont tués dans l'explosion des réservoirs qui contiennent encore 800 à 1000 litres de carburant. Les pompiers de l'aéroport qui suivaient avec inquiétude leur tentative arrivent rapidement ; il n'y aura heureusement qu'un blessé léger dans la population.


                Cet accident d'un "avion de grand raid" comme le présentent les journaux aura pour conséquence d'amener les autorités à renforcer la réglementation sur les décollages en charge à partir de l'aéroport du Bourget. Plusieurs raids ou voyages ultérieurs perdront ainsi quelques jours dans l'attente d'autorisations spéciales et, souvent, seront amenés à décoller du Bourget avec des réservoirs de carburant incomplets, modifiant la longueur espérée pour leur première étape qui s'achèvera ainsi souvent à Marseille ou Barcelone.


                L'appareil est enregistré comme détruit et rayé du contrôle le 21 novembre.

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F194 n°2

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