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F190
Présentation
Présentation

F.190 n° 50, n/c 7202, AIR 2-2549

F-AJRV


¤ 1930


                Commandité par un banquier, Charles de Verneilh acquiert en mai 1930 le F.190 n°50. L'appareil reçoit de Veritas son certificat de navigabilité V-1725 à la mi-juillet 1930. Après que Lallouette en ait effectué les essais, il est enregistré au nom de Charles de Verneilh-Puirazeau et reçoit l'immatriculation F-AJRV.

                L'avion est équipé en raid, avec plusieurs réservoirs supplémentaires, emportant 1280 (ou 1220 selon la source) litres d'essence et disposant d'un réservoir d'huile agrandi. Selon Veritas, son poids total en charge autorisé est de 2.067 Kg, avec un pilote et un mécanicien. En fait, son poids en charge pour son premier voyage atteindra une valeur de 2350 kg, supérieure aux spécifications du type, ce qui implique que l'appareil ait fait l'objet d'une autorisation spéciale. Peint en rouge et noir, il est baptisé "In'Cha Allah". Le poste de pilotage est éclairé par une rangée de vitres plafonnières : il semble que ce soit le premier appareil à bénéficier de cette installation. La cabine bénéficie également d'une vitre plafonnière.


                En août 1930, le F-AJRV est modifié avec l'adjonction de réservoirs de bord d'attaque, et un complément d'équipement, une protubérance sur le capot moteur indiquant la présence d'un second compas. L'apparition de la marque Gnome-Rhône mise en valeur sur le capot moteur laisse supposer que le raid est soutenu, voire provoqué par le motoriste irrité du soutien donné par l'État à Salmson pour l'équipement du F.192 offert au Négus pour son couronnement. Le Farman est enregistré après modification le 18 septembre 1930 avec le CdI 2549.


¤ 1930


                Avant tout départ, Verneilh (brevet de navigateur aérien n°100) passe ses épreuves de PSV à Toussus. Le dimanche 20 juillet, ayant pour navigateur le capitaine Max Dévé, professeur à l'école d'application de l'aéronautique et spécialiste en navigation aérienne, et comme mécanicien Maurice Dronne, il s'envole du Bourget pour un voyage au Caire. Il survole Nevers à 6h05, puis Lyon à 7h30, avant de descendre la vallée du Rhône, prenant à Avignon le cap de Saint Raphaël qu'il survole à 9h40, après avoir traversé une zone de fortes turbulences au-dessus du massif des Maures. Il se dirige ensuite vers la Corse, et atteint l'Italie à Civita Vecchia. A 12h50, il se pose à Rome - Centocelli mais doit repartir se poser sur le terrain civil de Littorio. Cette arrivée un dimanche ne facilite ni le ravitaillement, ni les formalités douanières et il leur faut faire appel à l'ambassade. Dronne en profite pour réparer le compte-tours tombé en panne pendant le survol de la Méditerranée.


                Le lendemain, il s'envole à 14h35 en direction du Caire, se posant à Brindisi suite à une nouvelle panne du compte-tours. Les formalités douanières, de nouveau difficiles, ne leur permettent de rejoindre l'hôtel qu'à 23h00. Ils y trouvent un message du ministère de l'Air leur conseillant d'éviter l'Égypte. Après que Dronne ait passé la journée du 22 à réparer le compte-tours, ils repartent le 23 pour Tunis, ayant décidé d'abandonner la destination égyptienne. Une nouvelle panne du compte-tours les déroute vers l'aérodrome de Catane, où Dronne effectue une réparation rapide, mais insuffisante, l'équipement lâchant peu après le décollage. En fin de journée, ils se posent à Tunis - El Aouina, après un vol difficile dû aux turbulences, avec une température de l'air de 37° à 1 500 m.

                Le 24 au matin, Dronne modifie la planche de bord avec l'aide des mécaniciens du groupe d'aviation de Tunis. À midi, un essai valide la réparation mais révèle un problème sur une bougie. Le lendemain, le Farman repart néanmoins, survole Sétif à 11h50, puis Orléansville trois heures plus tard, avant de traverser la Méditerranée entre Ténès et Alicante où il se pose à 16h50, après 8h45 de vol. Parti le 26 à 8h05, l'avion rejoint la France, la visibilité baissant vers Carcassonne, puis vers 13h00, de fortes turbulences sur les Causses; après avoir survolé Bourges à 15h40, passe à la verticale d’Orly moins d’une heure après, et à 16h45, se pose au Bourget.

Le F.190 utilisé par Charles de Verneilh pour son voyage autour de la Méditerranée en juillet 1930. [© Michel Barrière]

Le F.190 du raid Paris - Addis Abeba d'octobre 1930. Sa livrée a alors été légèrement modifiée, l'implication de Gnome-Rhône apparaissant dans l'adjonction du nom du motoriste en bas du capot de l'appareil. [© Michel Barrière]

Le F.190 de Charles de Verneilh à Massaouah le 1° novembre 1930 [Coll Michel Barrière]

Le F-AJRV crashé en bout de piste sur le terrain de Jan Meda à Addis-Abeba

[Coll Jack Meaden]

En Ethiopie, malgré la perte de l'appareil, Weiss et Trafford ne manquent pas de passer le temps en parties de chasse. [Coll Michel Barrière]


                En août 1930, le F-AJRV est modifié avec l'adjonction de réservoirs de bord d'attaque, et un complément d'équipement, une protubérance sur le capot moteur indiquant la présence d'un second compas. L'apparition de la marque Gnome-Rhône mise en valeur sur le capot moteur laisse supposer que le raid est soutenu, voire provoqué par le motoriste irrité du soutien donné par l'État à Salmson pour l'équipement du F.192 offert au Négus pour son couronnement. Le Farman est enregistré après modification le 18 septembre 1930 avec le CdI 2549.

                Verneilh et Dronne passent le week-end des 18 et 19 octobre à Biarritz avec M. et Mme Guy de la Vasselais, faisant au retour une vitesse de croisière de 180 km/h.


                Le 27 octobre, Verneilh s'envole de Toussus-le-Noble pour assister au couronnement du Négus, emportant des correspondances privées pour Djibouti et l'Éthiopie. Outre Dronne, Il est accompagné du – alors Commandant – Weiss et du Sgt William Trafford (tous deux du 34e RA) qui mettent à profit leur mois de permission, pour les accompagner dans ce voyage qui, selon le Maréchal Franchet d'Espèrey, représentant officiel du gouvernement français au couronnement du Négus, serait motivé, outre la concurrence entre motoristes, par des dissensions au sein du Ministère de l'Air. Leur première étape est Marignane, point officiel de départ du raid.

                Le 28 octobre, de Verneilh décolle, se posant en fin d'après-midi à Gabès au terme d'une étape de 1.400 km effectuée sans difficulté majeure en 9 heures de vol malgré une tempête exceptionnelle sévissant en Méditerranée. Le 29, il décolle et rejoint Benghazi (1.200 km) en 7 heures de vol. Le 30, le départ a lieu sous la pluie et le vol se déroule au ras de l'eau sous un plafond bas jusqu'au désert de Lybie où le ciel se dégage jusqu'au Caire atteint après 7h00 de vol (1.350 km). Après une erreur d'aérodrome, Verneilh rejoint Héliopolis.

                Le 31 octobre, le Farman piloté par Trafford atteint Wadi-Halfa en 6h10 (1.150 km). L'équipage espère atteindre Djibouti le lendemain et, pour ce faire, allège l'avion des 60 litres d'eau de la réserve et des vivres de secours, remplacés par 150 litres d'essence. Le 1° novembre, ils coupent au plus court vers la Mer Rouge, mais de violentes tempêtes de sable et un fort vent de face les oblige à se poser à Massaoua après 9h25 de vol (1450 km). Ils n'atteignent Djibouti que le 2 novembre en 5h15 (600 km).


                La rapidité du voyage du F-AJRV est ternie par son arrivée à Addis-Abeba. Le 4 novembre, le Farman décolle à l'aube pour Addis-Abeba. Parti de bonne heure, il se présente à 10H00 sur le champ de course d'Addis-Abeba, situé à 2600 m d'altitude. Craignant une atmosphère peu porteuse, Verneilh garde une vitesse élevée et s'écrase en bout de piste sur un muret de pierre et des eucalyptus, brisant la cellule et le train sans dommage sérieux pour les occupants. L'hélice est tordue, mais le moteur est intact. Laissant le tout sur place, l'équipage rentre par bateau de Djibouti le 10 novembre, rejoignant Paris le 25 novembre. La Lloyd rembourse rapidement à Verneilh la moitié de la valeur déclarée pour l'avion, lui laissant la propriété du moteur resté intact. Weiss lui ayant donné (verbalement) l'assurance de lui racheter le moteur, Verneilh repartira en bateau le chercher, mais n'en tirera finalement au retour que très peu d'argent.


                Le 2 décembre 1930, le F.190 n°50 est enregistré comme détruit suite à une lettre du 7 novembre de la Légation de France en Éthiopie.

F190 n°49

F190 n°51

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