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F190
Présentation
Présentation

F.190 n° 43, n/c 7175, AIR 2-1600

F-AJMV


¤ 1930


                A la mi-avril 1930, le F.190 n°43 destiné à Marcel Avignon, vice-président de l'Aéro-Club de l'Hérault est prêt pour réception. L'avion est rouge et argent.  Le numéro constructeur de l'appareil serait 7175 (ou 7176). Avignon convoie en vol le F.190 à Montpellier le 17 avril. Le 7 mai, l'appareil est enregistré avec les CdN / CdI 2382 et l'immatriculation F-AJMV. Pour cet achat, Avignon a bénéficié des primes d'achat du gouvernement.

                Le F.190 n°43 est le premier F.190 sur lequel on peut constater la présence d'une fenêtre plafonnière simple, sensiblement au centre de la cabine passagers, juste en avant du longeron arrière de l'aile. L'appareil est équipé de freins Messier, et dispose d'un "radiateur colonial". La cabine comporte 4 fauteuils revêtus de cuir.


¤ 1930


                Le 4 mai, Marcel Avignon décolle pour un voyage en Afrique du Nord. Le voyage est subventionné par deux journaux régionaux : L'Eclair et Le Petit Méridional. Aux côtés d'Avignon, sont présents Philippe d'Albénas, Alex Cousin, président et vice-président de l'Aéro-Club de l'Hérault, le journaliste Robert Audema du Petit Méridional et le mécanicien Jean Cotier, de Gnome-Rhône, pour assister au Congrès de la Fédération Nationale Aéronautique à Oran, puis aux fêtes du Centenaire de l'Algérie. L'avion emporte 450 litres d'essence et 45 litres d'huile.

                Partis pour Alicante et Tanger (1600 km en 8h30), ils passent par Oran le 5, Alger le 6, puis reviennent à Oran le 7 par Djelfa et Laghouat, rejoignent Colomb-Béchar le 8. Le 9, ils font une boucle pour visiter Beni-Abbès et Kanatsa. Le 10, ils quittent Colomb-Béchar pour Fez et Meknès, puis rentrent par Casablanca le 11, Séville le 12, Madrid le 13 et reviennent à Barcelone, puis se posent à Montpellier le 14 à 19h40. Au total, ils ont parcouru 8500 kilomètres en 47h05 de vol.

Pendant toute sa carrière à l'Aéro-Club de l'Hérault, le F.190 F-AJMV de Marcel Avignon conservera sa livrée rouge et argent, avec insignes de l'Aero-Club sur les portières.

[© Michel Barrière]

                Le 7 juin 1930, probablement à la suite d'une révision au retour de ce voyage, le F-AJMV est essayé par Lucien Coupet à Toussus. Les 9 et 10, Avignon accompagné d'Alec Covo, Million, Cotier et Fabre participe au meeting de Vincennes, remportant le rallye Paris-Bordeaux-Paris (soit 1000 km en 5h41) et le Prix du Président de la République.

                Le 21 juin, il participe au rallye aérien organisé à Lyon par "La Presse" et, le 6 juillet, l'équipage Avignon-Cottier se classe second du rallye de Clermont-Ferrand sur le F-AJMV (n° de course 35) derrière le F.190 n°34 de Reginensi.


¤ 1931


                En 1931, Avignon participe au tour de France, transportant notamment son épouse et Mme Lallouette. Sitôt après, il est obligé de s'aliter par un accès de fièvre typhoïde qui lui interdit de participer au rallye de Bucarest. En juin, à peine remis, Avignon gagne Amsterdam, puis remporte la Coupe Easterwood (rallye des officiers de réserve, portant le nom du Colonel Easterwood, Président de l'American Legion) en parcourant en 8 heures les 1200 km du trajet Amsterdam – Paris.

Le F.190 n°43 de Marcel Avignon pendant le Tour de France 1931. La photographie de droite, prise au passage à Toulouse, permet d'entrevoir la présence d'une fenêtre plafonnière en cabine. (Coll Jack Meaden & Michel Barrière)

¤ 1932


                Le 3 février 1932, Marcel Avignon, Georges Lebeau et le mécanicien Jean Cotier quittent Le Bourget. Ils passent par Perpignan, Oran (04/02), Colomb-Béchar et Reggan (06/02), Gao (07/02), Niamey, Fort-Lamy qu'ils atteignent après 14 h00 de vol contre un violent vent de face (10/02), Fort-Archambault, Bangui, Coquilhatville, Brazzaville (13/02 à 13h00), Boma, Cabinda, se posant à Pointe-Noire le 20 février. Ils renoncent alors à rejoindre leur but initial, Saint-Paul de Loanda, et repartent de Pointe Noire sous une pluie torrentielle pour Libreville (22/02), Cotonou (24/02); Abidjan (25/02) dont ils repartent pour Conakry dans des conditions météorologiques défavorables (25/02), Dakar (27/02). Ils décident alors de rentrer en France par Bamako, Tombouctou, Reggan et Oran. Ils rejoignent donc Thiès, puis, après une escale de 3 jours, repartent par Kayes, Bamako, Tombouctou. Gao est atteint le 6 mars, Tabankort le 7. Lors de leur traversée du Sahara par Bidon V, les tempêtes de sable leur imposent deux escales et deux nuits en plein désert. Ensuite, via Casablanca (10/03), Perpignan (13/03), Lyon, ils rejoignent Le Bourget le 14 mars, ayant parcouru près de 25.000 km. Le dimanche 20 mars, le F-AJMV revient à Montpellier. "Un peu avant 15 heures, on signale venant du côté de Nîmes, deux avions qui grandissent rapidement dans l'horizon sans nuage. Le premier, bien reconnaissable à sa carlingue rouge, porte l'équipage attendu." Le F.190 transporte Avignon et Cotier. Le deuxième appareil est le Moth personnel de Lebeau. Au cours des réceptions qui s'ensuivent, est remise à l'Aéro-Club de l'Hérault la Coupe Easterwood gagnée par Avignon. Lebeau qui participait également à la Coupe s'y était classé second.

Entre Dick Farman (à gauche) et Paul-Louis Weiller (à droite), les pilotes Georges Lebeau, Marcel Avignon et leur mécanicien Jean Cotier, au retour de leur voyage en AOF le 14 mars 1932 [www.gallica.bnf.fr]

Le F190 n°43 F-AJMV de Marcel Avignon au retour de son voyage en AOF de 1932. [www.gallica.bnf.fr]


                Du 4 au 12 juin 1932, Avignon accompagne le Tour de France des avions de tourisme avec son F.190, transportant André Frachet, correspondant du journal Les Ailes qui embarque à Berck, au début de la deuxième étape, ainsi que deux correspondants et un reporter photographe du Journal : Pierre Morel, Daniel Lenieff et M. Gillet.

                Le 5 juin, alors que les concurrents partent sur Douai, Avignon rejoint directement Reims, escale de ravitaillement, où il se pose à 11h25 ; l'après –midi, après que les concurrents soient partis vers Châlons-sur-Marne et Nancy, il rejoint le but de l'étape, Luxeuil, à 17h00 où la météo impose à la caravane un arrêt forcé d'une journée. Le 7 juin, le départ pour la troisième étape est donné à 8h50. Partis après le dernier concurrent, Avignon rejoint directement Lyon en 1h40 de vol; repartis à 15h25, il se pose deux heures après à Cannes où le séjour fut limité à une demie journée. La caravane y est rejointe par le F.291 F-ALUI de Maryse Hilsz.

                Le départ, donné le 8 à 14h50, doit être arrêté pendant 40 minutes du fait du passage d'un fort orage. Avignon décolle ensuite se dirigeant directement sur Montpellier, son port d'attache, où il se pose à 18h30. Repartis le 9 à 10h30, Avignon, après un détour sur Carcassonne, atterrit à 11h20 à Toulouse où ils peuvent admirer les Dewoitine D.500 et le D.31 en cours de montage ; après déjeuner, le Farman décolle à 15h55, survolant Pau à 16h40 pour arriver à Biarritz à 17h15. A Biarritz, Maryse Bastié, dans sa "Trottinette" rejoint à son tour la caravane.

                Le 10, le départ des concurrents a lieu de bonne heure avec un vent favorable assez fort, Avignon décollant à 9h45, et se posant après 1h30 de vol pendant laquelle ils purent repérer deux concurrents posés en campagne sans dégâts visibles. Pendant le déjeuner, Pegulu de Rovin sera éliminé, son Potez 36 ayant été heurté par l'un des avions d'accompagnement. Avignon quitte Rochefort vers 17h00 pour La Baule Escoublac.

                Pour l'avant-dernière étape La Baule – Deauville le 11 juin, la caravane décolle à partir de 9h25. Avignon ne part qu'à 10h40, ses passagers en profitant pour jeter un coup d'œil sur les Loire 11 et Loire 30 dans les hangars des Ateliers et Chantiers de la Loire. Le AJMV est néanmoins le premier à se poser à Deauville en milieu de journée.

                Pour la dernière étape le dimanche 12 juin, le départ a lieu à 14h25, et Avignon rejoint sous la pluie Buc où tous les appareils restants se posent sans encombre.

 

                Du 15 au 18 septembre 1932, Avignon participe au rassemblement des avions de tourisme à Marignane. Il y remporte le second prix de 500 F et une prime de 45 francs liée à la distance, recevant en outre la médaille de bronze de la ville de Marseille.

¤ 1933


                Le 14 janvier 1933, Avignon se rend de Montpellier à Toussus pour préparer son avion à un nouveau voyage vers l'Afrique ; un de ses élèves, Marc Leenhardt, lui a proposé d'aller chasser à Fort-Archambault. Lui-même voudrait voir la côte est et la région entre Fort-Archambault et Djibouti est peu connue. Dans un esprit sportif, il retient l'idée de faire le plus rapidement possible une grande partie du parcours. Le 20 janvier, le Farman qui a déjà couvert dans sa carrière 95000 km, dont 60.000 en Afrique, est au Bourget, prêt au départ.

Le F-AJMV de passage à Gao fin janvier 1933. De g. à dr., Marsot, Avignon, Galibert, Leenhardt et le capitaine Marie [Les Ailes]

                Le 22 janvier, accompagné de Marc Leenhardt, du mécanicien Marsot et du passager Paul Gallibert, Avignon décolle à 7h15. Après avoir longé la côte d’Espagne, il se pose le soir à Los Alcazares au terme d'une étape de 1680 km réalisée en 9h15 de vol. Le 23, il traverse la Méditerranée et se pose à Oran à 9h34, puis font étape à Colomb-Béchar vers 13h00 pour prendre 150 litres d’essence et atteignent, à 17h30, Adrar où se trouve de passage Lady Bailey.

                Après une nuit de repos, l'équipage repart le 24, se pose à Reggan vers 9h00 pour refaire le plein avant le désert. Le décollage à 2300 kg de charge est difficile, et Avignon doit s'y reprendre à 3 fois pour enlever l'avion. Il continue ensuite au cap avec son avion surchargé, retrouve la piste 260 km plus loin vers Ouallen, et atterrit à la tombée de la nuit à Gao au terme d'une étape de 1450 km. Le 25, Avignon, Leenhardt et Gallibert font une partie de chasse tandis que Marsot révise le Farman. Le 26, partis à l'aurore, ils suivent le Niger jusqu’à Niamey, avec un fort vent de face, pour se poser en soirée sur le terrain de Kano (1400 km). Le lendemain, ils rejoignent Fort Lamy vers midi (850 km), toujours par vent contraire. Ils y passent deux jours que Leenhardt et Gallibert consacrent à la chasse. Le 31, ils rejoignent Fort Archambault (600 km).

                Après deux jours de chasse, ils repartent le 2 février pour une étape de 1300 km par le Bahr-Salamat et Goz-Beida arrivant à Abecher à la tombée du jour (1300 km). Le 3 février, ils décollent de nuit avec très peu d'essence pour ne pas alourdir l'avion pour traverser le massif du Massabit à 2 300 m d’altitude avant de faire les pleins à El Fasher à 11h30. Le vol jusqu'à Dem Ziber est particulièrement difficile, l'avion ne prenant pas d'altitude et l'équipage suffoquant de chaleur dans la cabine surchauffée pendant cette longue étape de 1700 km.

                Le 4 février, ils partent vers le sud et la source du Nil Blanc, survolent Lado et Kosti, puis remontent le fleuve pour faire étape à El-Obeïd, rejoignant Khartoum le lendemain (450 km). Le 6, ils contournent le massif éthiopien pour atteindre Massaoua en longeant la côte de la Mer Rouge (1350 km). Repartis le 7 au matin, ils rencontrent de violents grains avant de se poser à Djibouti sur un mauvais terrain détrempé.

                Après deux jours de repos, les voyageurs repartent de Djibouti le 9 février pour la France. Après un complément de plein à Massaoua, ils rejoignent Port Soudan pour la nuit (1400 km). Le 10, ils traversent le désert de Nubie puis remontent vers Assouan. Ils remontent ensuite le Nil, survolant Karnak et Louqsor pour se poser au Caire en fin de journée après une étape de 2000 km. Repartis le 11 février, ils rejoignent d'une traite Benghazi (1400 km). Puis le 12, ils rejoignent Tunis (1700 km), n'effectuant qu'une courte escale de ravitaillement à Tripoli pour prendre 100 litres d'essence. Après une journée de repos, le Farman repart le 14 pour Alger – Maison Blanche (750 km).


                Le 15, le Farman rejoint Séville (1500 km), survolant Oran puis franchissant sous la pluie le détroit de Gibraltar à 15 mètres d'altitude. Le 16, reparti de bonne heure, il rencontre le mauvais temps à l'intérieur des terres et rejoint Malaga pour suivre la côte. A Tarragone, l’avion manque de percuter après une chute de près de 800 m, mais atteint Perpignan sans autre difficulté (1500 km). L'escale s'y prolonge, Leenhardt et Gallibert étant souffrants et Marsot subissant une crise de paludisme. Avignon et Marsot repartent seuls le 22 février faisant une dernière escale à Dijon, pour se poser au Bourget sous la neige en milieu d’après-midi.

                Le 9 mars, Avignon repart à 11h15 de Toussus accompagné de son épouse pour Montpellier où de nombreuses personnalités attendent "le célèbre Farman rouge". Attente vaine, car Avignon termine son étape à Nîmes Courbessac à 14h55.


                A la fin du mois, Avignon survole les villes de l'Aude et du Gard en lançant des prospectus pour un concours organisé par le Petit Méridional. Le 20 juillet 1933, Avignon et d'Albénas utilisent le Farman pour participer à la fête de l'Aéro-Club de l'Hérault sur le terrain du Larzac.


¤ 1934 - 1936


                Les années qui suivent, le Farman reste à Montpellier participant occasionnellement à des fêtes et meetings. Avignon, qui a rejoint le personnel navigant d'Air Afrique, passe de moins en moins souvent dans la ville. Les 14 et 15 avril 1934, il participe néanmoins avec le F-AJMV aux journées aéronautiques et au concours international organisés par l'Aéro-Club de Catalogne à El Prat de Llobregat. Le 15 novembre, l’appareil accuse 669 heures de vol. Lors de sa visite le 23 janvier 1935, l'avion n'a effectué que cinq heures de vol en un peu plus d’un an.

 

                Dès 1934 ou 35, Avignon a mis en vente son appareil. Le 17 août 1936, le F.190 n°43 F-AJMV est acquis sans marchandage par un pilote marseillais pour le compte d'un acheteur inconnu. Le 20 août 1936, le Farman s'envole de Montpellier Candillargues et prend la direction de Céret. On perd alors sa trace.

F190 n°42

F190 n°44

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