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F190
Présentation
Présentation

F.190 n° 31, n/c 7152, AIR 2-1478

F-AJHZ, CV-RAC, YR-AAM


¤ 1929


                Piloté par Lucien Coupet, le F.190 n°31 effectue des essais d'hélice le 4 septembre 1929. Il est enregistré le 21 septembre 1929 à la S.G.T.A. avec les CdN/CdI 2272 et l'immatriculation F-AJHZ. La visite à Billancourt met en évidence un fait qui aura une certaine importance dans sa carrière : comme tous les appareils de l'époque destinés aux lignes aériennes, le F.190 n°31 dispose d'un réservoir de 280 litres, contenance suffisante pour des vols réguliers mais, comme le verra, insuffisante lorsque la mission prend des allures de raid.

  


¤ 1930


                Le 19 mars 1930, le F.190 n°31 est enregistré à Air Service. Il y sera l'acteur d'un événement important de l'histoire roumaine.


                Selon le récit qu'en fait Marcel Lallouette qui en sera l'acteur involontaire, l'histoire commence quand la maison Farman est contactée par l'attaché militaire de la légation roumaine à Paris et un pilote roumain, le capitaine Popp, qui désirent affréter un appareil à même de gagner Bucarest en passant par le nord de la Roumanie. L'avion doit se poser à Munich pour y embarquer l'adjoint du capitaine Popp, ces deux officiers transportant "des documents confidentiels intéressant la défense nationale".

Le F-AJHZ en mars 1930 porte la classique livrée Farman, le fanion d'Air Service figurant sur le flanc gauche. [© Michel Barrière]

                L'avion est affrété pour la somme de 40.000 francs. Le 4 juin, le capitaine Popp précise que l'avion devra se poser après le passage de la frontière nord de la Roumanie. Cette demande particulière inquiète quelque peu Lallouette qui craint un incident en cas d'un atterrissage involontaire en Hongrie, ne disposant pas de l'autorisation de survol de ce pays.

                Le 5 juin 1930, Marcel Lallouette accompagné de Popp s'envole à 14h00 pour Munich. Dès leur arrivée, Lallouette prépare l'appareil pour le vol du lendemain, et compte tenu du fort vent de face prévu et de son autonomie limitée, embarque une réserve supplémentaire de 50 litres d'essence pour éviter un atterrissage en Hongrie.

                L'adjoint du capitaine Popp, qui s'avèrera être le prince Carol venu de Paris en voiture avec un passeport établi sous un faux nom, n'arrive qu'à une heure du matin ayant été retardé par le mauvais temps. Le lendemain matin, le départ de Munich se passe sans encombre, Vienne et Presbourg sont survolées, mais l'essence s'épuise rapidement. Après Presbourg, Lallouette se pose dans un champ en territoire tchécoslovaque pour mettre dans le réservoir sa réserve de 50 litres. Il redécolle ensuite vers la Hongrie, survolant Budapest à 150 m d'altitude au mépris des règlements avant de passer la frontière roumaine.


                Sitôt en Roumanie, malgré les inquiétudes du capitaine Popp, Lallouette se pose de nouveau en campagne, évitant le terrain de manœuvre d'Oradea-Mare et laissant le moteur en route. Il est aussitôt rejoint par le Potez du capitaine Christesco du centre d'aviation de Cluj qui les attendait et les suivait depuis la frontière. Les deux avions repartent, mais le Farman à cours d'essence doit encore atterrir dans un champ à 75 km d'Oradea. Le capitaine Christesco, arrivant à Cluj sans eux, s'inquiète et revient alors que Lallouette est parti chercher de l'essence. Embarquant le prince Carol, il rejoint Cluj où Lallouette et Popp arrivent à 19h00. Quelques minutes auparavant, le prince Carol a quitté le terrain dans l'appareil du capitaine Opris qui l'amène à Bucarest à 22h30. Après avoir passé la nuit à Cluj, Lallouette arrive à Bucarest le lendemain, 7 juin.


                Pour le remercier, le roi décore Marcel Lallouette et pour garder la mémoire de cet événement, il décide d'acheter le Farman F-AJHZ. Le 11 décembre 1930, l'avion est rayé du registre F.

¤ 1931 - 1932


                Après son acquisition, le F190 n° 31 reste dans son état d'origine avec son immatriculation française. Il participe aux cérémonies qui s'ensuivent, une bande tricolore aux couleurs roumaines peinte sur le fuselage. Il est également présenté sur le stand Gnome-Rhône au salon Aéronautique de Bucarest.


                En juin 1931, le F.190, apparemment repeint de frais et immatriculé CV-RAC, transporte à Varsovie une délégation d'officiers roumains en visite en Pologne. L'appareil porte alors, outre son immatriculation CV-RAC du registre roumain 1929-1931, un numéro 51 de signification indéterminée.

                En juin 1932, une note émanant de la maison royale de Roumanie demande à ce que "l’avion qui a ramené le roi Carol" soit remis au musée militaire national roumain. Son sort ultérieur de l'appareil est inconnu.

Le F-AJHZ devenu roumain en août 1930 à Bucarest. La livrée de son vol historique sous immatriculation française a été conservée, mais un bandeau aux couleurs roumaines est ajouté sur les deux flancs du fuselage. [© Michel Barrière]

Le CV-RAC à Varsovie, juin 1931, puis en 1932 au musée national roumain.


                Dans le nouveau registre roumain de 1931 figure un Farman F.190 immatriculé YR-AAM et enregistré au nom de la princesse Ioana Cantacuzino, elle-même pilote et animatrice d'une école de pilotage. Cet appareil, dont nous ne connaissons aucune photographie, ne correspond à aucune exportation connue de Farman vers la Roumanie. Le fait que le F.190 n°31 n'ait pas reçu d'immatriculation dans ce nouveau registre peut laisser supposer qu'il s'agit de cet appareil, malgré les incertitudes de date. Il est supprimé du registre en 1940.

Le CV-RAC à Varsovie, juin 1931. [© Michel Barrière]

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