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F190
Présentation
Présentation

F.190 n° 27, n/c 7148, AIR 2-1443

F-AJGO


¤ 1929


                Le F.190 n°27 est réceptionné le 1° août par Lucien Coupet. Le 12 août, il est enregistré avec les CdN/CdI 2221. Il est équipé de freins Messier, de réservoirs de 280 litres et d'un démarreur à cartouches. L'appareil est livré dans le schéma standard Farman. Il sera repeint en 1930 dans les ateliers d'Air Union.


¤ 1929


                En septembre 1929, piloté par Laulhé, le F.190 n°26, conduit Le Brix et William Loth, connu pour ses travaux sur les aides à la navigation aérienne et maritime, ainsi que M. Euvrard, secrétaire de ce dernier, pour un voyage en Bretagne. Les voyageurs ont initialement prévu de se poser à Rennes, sur le champ de courses des Gayeulles; mais ses dimensions insuffisantes les obligent à utiliser le terrain militaire de Gaël. Le dimanche 22 septembre, l'avion se pose donc à 11h00 à Gaël où Henri Morin, représentant la direction d'Ouest Éclair, s'est entendu avec le capitaine Sutter, commandant le détachement du 31° d'Aviation, et la municipalité pour les accueillir en beauté. Le commandant Hébrard et Maurice Kahn du Comité Français de Propagande Aéronautique, qui réalisent un tour de France en F.200 pour reconnaitre les terrains propices au tourisme aérien, sont arrivés la veille et participent à leur accueil.

                Après une réception au mess de la base, Laulhé redécolle avec ses passagers auxquels s'est joint Henri Morin pour rejoindre à 12h30 le champ de courses de Saint Brieuc situé sur la grève où ils sont attendus. Ils n'y parviennent cependant que vers 14h00, ayant fait un détour pour survoler l'île Millau, face à Trébeurden, pour y saluer Aristide Briand, Président du conseil, qui y est en villégiature. Après leur accueil à Saint Brieuc, ils y passent le restant de la journée et la nuit. Le 23 au matin, le décollage vers Gaël ne peut se faire que vers midi, à marée basse. Les passagers sont rejoints par Florin Le Roy, journaliste d'Ouest Éclair. Après fait le plein d'essence et débarqué leurs passagers occasionnels, Laulhé, Le Brix et Loth repartent de Gaël vers Le Bourget où ils se posent vers 16h00.

En septembre 1929 à Gaël, le F.190 de Laulhé transportant Le Brix et Loth. L'avion porte sa livrée Farman, bleu ciel et argent. [Ouest Eclair]

A ses débuts en 1929, le F-AJGO d'Air Union porte encore la livrée Farman.

[© Michel Barrière]

Le F-AJGO dans la livrée des avions-taxis d'Air Union en 1930. [© Michel Barrière]


¤ 1930


                Sur les lignes d'Air Union, le AJGO effectuera une carrière d'avion-taxi, effectuant des services à la demande et opérant parfois sur des petites lignes quasi régulières, comme Paris - Lausanne. Il survivra de peu à un accident marquant.


                Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1930, plusieurs graves éboulements de terrain se produisent successivement sur la colline de Fourvière, ensevelissant quelques dizaines de personnes. Deux journaux, le Petit Parisien et l'Excelsior, affrètent alors un appareil d'Air Union pour emmener un reporter, Ercolini, faire photos et reportage. L'avion retenu est le F-AJGO. Le pilote de réserve n'étant pas encore arrivé, c'est Charles Lechevallier venu pour prendre le départ du matin sur la ligne Paris - Londres qui est désigné pour ce vol.

                Revêtant sa lourde et encombrante tenue des vols en habitacle ouvert, il décolle pour Lyon, un peu avant 10h00. Vers 12h30, il arrive sur le site de la catastrophe et effectue plusieurs passages à basse altitude, entre 50 et 100 mètres, entre les collines de Fourvière et de La Croix Rousse pour permettre au photographe de travailler. C'est alors qu'après quelques ratés, son moteur s'arrête. Un petit champ pourrait les accueillir, mais des enfants y jouant, le pilote décide de tenter de se poser sur la  Saône en crue. Sa manoeuvre réussit, et les deux hommes évacuent par la portière l'appareil qui coule. Lechevallier qui ne sait pas nager s'échappe plus difficilement en second, accrochant au passage ses vêtements dans le levier de frein. Alors que le reporter a gagné la rive à la nage, Lechevallier s'accroche à la queue de l'appareil, attrapant la corde que des témoins lui lancent depuis un pont. Mais, lorsque ces derniers entreprennent de le hisser, le poids de ses vêtements gorgés d'eau lui font lâcher prise et, l'appareil coulant, il est emporté par le courant. C'est inconscient et presque noyé qu'il sera sorti de l'eau un peu an aval.

                Le AJGO qui a coulé est renfloué et ramené à Paris sur un wagon plateforme. Bois et contreplaqué ont évidemment souffert de leur séjour fluvial et l'appareil est entièrement reconstruit.


¤ 1933 -1935


                Lors de la création d'Air France, le F-AJGO figure dans la liste des avions prévus pour être transféré le 31 juillet 1933 à la compagnie nationale (pour laquelle il ne répond à aucun besoin particulier). Il est finalement vendu le 20 juillet, juste avant cette échéance, à M. Mac Leod, qui soutient financièrement les projets de Robert Tessier, ancien pilote de guerre, et de sa compagne Jeanne Sorbet. Tous deux ont, en deux ans, créé l'aérodrome de Saint Désir de Lisieux sur leur propriété et veulent y organiser régulièrement des fêtes aériennes. L'aérodrome a été inauguré le 14 mai 1933 : rallye, baptêmes de l'air, présentation d'avions de tourisme : Caudron-Phalène par Delmotte, Morane par Robert Morane et Farman par Salel.


                En juillet 1933, le F.190, cité comme limousine à 6 places, arrive à Lisieux venant du Bourget, avec à son bord MM. Tessier, Boucher, Mme Sorbet, M. et Mme Mac Leod et leur fils âgé de 7 ans. Le 30 août, le F.190 n°27 est enregistré au nom de Tessier et Mme Sorbet. Le F-AJGO participera alors aux fêtes aériennes organisées sur le terrain, notamment celle du 27 mai 1934. A cette époque, Tessier passe la main.


                En mai 1935, l’avion est à Lyon – Bron. Antoine Chailloux, moniteur de l’ACLR, effectue une vingtaine de baptêmes de l’air à son bord. Il est probablement déjà en vente, car le 21 juillet 1935, pour la grande fête aérienne de Lisieux, le terrain est pris en charge par Potez Aéro Service et le Farman ne semble plus être présent.


¤ 1936


                En février 1936, le sous-préfet de Saint Malo informe M. Kester, maire de Dinard et président de l'Aéro-Club, que l'aérodrome du Bois-Thomelin (aéroport Brindejonc des Moulinais) dont les installations ont été terminées en décembre précédent est enfin ouvert à la circulation aérienne publique.

                Le dimanche 10 mai 1936 au soir, M. Kester et de nombreuses autres personnalités locales se trouvent sur le terrain attendant l'arrivée du nouvel appareil de la section d'aviation de tourisme du de l'Aéro-Club de Dinard : le F.190 F-AJGO désormais baptisé "Ville de Dinard". Parti de Rouen, le Farman piloté par Jean Horlaville arrive de Rouen en 2 heures de vol, sensiblement à l'heure prévue malgré la brume, transportant trois passagers. Plusieurs amateurs en profitent aussitôt pour recevoir le baptême de l'air. Le lendemain, lundi 11 mai, malgré un matin toujours brumeux, l'affluence est grande sur le terrain et le Farman commence les circuits aériens sur la côte d'Émeraude, que 25 passagers peuvent admirer vue d'avion dans l'après-midi.


                Piloté par Marius Gauthier, chef-pilote de l'aéro-club, le Farman est évidemment de service pour la grande fête d'aviation organisée à Dinard la semaine de la Pentecôte. Avec le Caudron Phalène C282.8 de Marcel Brion venu de Saint-Malo, il effectue des circuits aériens toute la journée du samedi 30 mai, tandis que le dimanche 31 est réservé au grand gala aérien et le lundi 31 à un Rallye-Parachute. Le 28 juin, des promenades aériennes avec le Farman sont organisées l'après-midi pendant les régates avec survol du Port Saint-Hubert.

                Le 18 juillet, Gauthier, son épouse et sa fille accompagnés de Saget, mécanicien du club, assistent à Dinan au Rallye du Bon Cidre auquel participent André Bailly venu avec son Puss Moth et Marcel Brion avec son Phalène. Le Farman effectue quelques circuits sur la Côte d'Émeraude, puis revient le lendemain pour reprendre des promenades depuis Dinard-Ponthual. Il est vu à Nantes le même mois.

                Le 2 août, les trois appareils, le Puss Moth de Bailly, le Phalène de Brion et le F.190 participent au Rallye de Saint-Brieuc. En septembre, l’avion est équipé d’un répartiteur de freins Messier.


                Le bilan fait le 17 octobre montre qu'au total le Farman a transporté 186 passagers sur divers circuits au dessus de la côte. Néanmoins, le club s'en sépare l'année suivante, peut-être sous la pression des arbitrages liés à la création de l'aviation populaire.


¤ 1937 - 1939


                Le 3 octobre 1937, le F.190 F-AJGO est enregistré au nom d'Henri Buret de Sainte-Anne, châtelain de Champvalloz (Yonne), où il a installé un terrain privé. Ce pilote expérimenté s'était engagé en 1936 dans la Coupe Deutsch de la Meurthe avec un Lignel 20 qui ne put être prêt à temps par suite des mouvements sociaux de cette année-là.

                Le 10 juillet 1938, le AJGO effectue des vols de démonstration lors de la Fête de l'Air à Villacoublay.


                Le 8 septembre 1938, à la visite Veritas, le Farman apparaît équipé de réservoirs de 370 litres et d'une hélice métallique. A certains détail près (train entièrement blanc, livrée probablement blanc/rouge, dérive (non visible sur la photographie) dont les marques ont peut-être été effacées), il porte toujours une livrée proche de celle d'Air Union.

                Basé à Versailles, il est capturé par les Allemands. Stocké un temps à Orly, il est détruit pendant l'occupation. En 1951, Buret de Sainte Anne confirme sa destruction pendant la guerre et l'appareil est rayé du registre.

F190 n°26

F190 n°28

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