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F190
Présentation
Présentation

F.190 n° 10, n/c 7120, AIR 2-1280

F-AJAA, C-PAAD, CS-AAD


¤ 1929


                Le 23 mars 1929 est établie à Lisbonne la Sociedade Portuguesa de Linhas Aereas (SPELA), filiale à 50/50 de  la Compagnie Générale Aeropostale et de la Société des Moteurs Gnome-Rhône constituée pour obtenir la concession des lignes nationales portugaises. Elle acquiert immédiatement un Farman F.190 à moteur Gnome-Rhône Titan. L'appareil semble avoir été commandé en décembre 1928 ou janvier 1929 par Paul-Louis Weiller, peut-être initialement comme avion personnel. Son montage est accéléré en mars, Junkers qui vise également cette concession se préparant à mettre en service au Portugal un premier appareil. Le montage du F.190 n°10 semble alors prendre nettement la priorité sur la production des F-AIYR (n°11), AIZR (n°12) et AIZS (n°13).


                Le 26 avril 1929, le F.190 n°10 reçoit à Billancourt le CdI 2079 associé à l'immatriculation F-AJAA sous le numéro AIR 2-1280. Curieusement, il est indiqué dans le registre AIR comme appartenant à la S.G.T.A., totalement étrangère à cette initiative portugaise. Son numéro constructeur pourrait être 7120.


                Le F.190 n°10 est enregistré dans le registre F au nom de Paul-Louis Weiller. Il en assure probablement lui-même, sous l'immatriculation F-AJAA, le convoyage en vol à Lisbonne où ont lieu dans les jours qui suivent la remise officielle de l'appareil à la SPELA, son enregistrement dans le registre portugais avec l'immatriculation C-PAAD et le lancement officiel de la nouvelle société.


                La contenance totale des réservoirs de l'appareil est de 280 litres. Il semble qu'il soit le premier dans ce cas, inaugurant la série des ailes à "faible" contenance qui sera la plus répandue parmi les F.190 utilisés sur les lignes aériennes. Sa finition soignée, visible au niveau des roues carénées, laisse à penser que son aménagement a été spécifié par Paul-Louis Weiller et qu'il est aussi luxueux que le sera celui de ses autres appareils : cellule entièrement peinte en blanc, sellerie cuir, tentures et tapis choisis, équipements de bord "dernier cri".

Le F.190 de la SPELA dans sa livrée de convoyage.

L'appareil, qui porte déjà les marques portugaises sur son gouvernail et le nom de la compagnie sur le capot, ne fera que ce vol sous immatriculation française.

[© Michel Barrière]

                L'attribution d'une immatriculation française est règlementairement exclusive d'une immatriculation dans un registre étranger. Néanmoins, jusqu'à sa vente en 1934, le F.190 n°10 restera simultanément inscrit dans le registre F comme F-AJAA et dans le registre portugais comme C-PAAD, puis CS-AAD.


¤ 1929


                Enregistré à Billancourt le 26 avril, l'appareil est immédiatement convoyé en vol par Paul-Louis Weiller sous son immatriculation française. Arrivé à Lisbonne, il est repeint avec son immatriculation portugaise C-PAAD. Le 3 mai, Lallouette réalise des vols de démonstration au dessus de Lisbonne, au profit de personnalités et de journalistes.


                Le lendemain, samedi 4 mai, le Farman est officiellement remis au capitaine Pais Ramos, connu comme auteur d'un raid entre Lisbonne et le Mozambique, qui en sera le pilote titulaire pour la SPELA. Le 5 mai, Lallouette et son mécanicien Train rentrent à Paris d'un seul coup d'ailes avec leur F.190. Le 8 mai, le journal Diario de Lisboa publie une interview de Pais Ramos vantant les qualités du "Farman-Titan, o melhor meio de transporte". Le 9 mai, le F.190 n°10 est officiellement enregistré sous l'immatriculation C-PAAD.


                Dans les jours qui suivent, le Farman transporte de nombreuses personnalités dont l'ambassadeur de France, M. Pralon, l'aviatrice portugaise Dona Maria de Lourdes Sa Teixeira, le lieutenant-colonel Ribeiro de Carvalho, l'aviateur Carlos Eduardo Bleck, etc.

                Le 13 mai, l'avion est pour la première fois affrété pour un vol particulier par un propriétaire terrien, Vicente Santo qui se rend à Almeirim, utilisant comme terrain un de ses propres champs. Le dimanche 19 mai, les premiers baptêmes de l'air pour le public sont organisés à partir du terrain d'Amadora ; parmi les premiers servis figurent les journalistes. Ces baptêmes de l'air se poursuivent ensuite tous les week-ends si la météo le permet.

                Le 30 mai, le Farman est loué par Carlos Bleck, Tomas Pinto Bastos et José Saldanha qui se rendent à l'exposition internationale de Séville. Décollant d'Alverca à 10H30 pour Séville-Tablada, le Farman en revient le 1° juin.


                Le 10 juin, le C-PAAD commence à effectuer des vols de tourisme sur Lisbonne, Sintra, Carcais et Estoril. Le 16 juin, il s'envole le matin vers Santarem, accompagné de 5 Avro militaires. Il effectue ensuite divers vols sur Almeirim, Alpiarça, Vale de Figueira et Santarem avant de revenir sur Lisbonne. Réclamé par les amateurs locaux, il retourne sur la région d'Almeirim le dimanche suivant (23 juin).


                Le 25 juin, le C-PAAD s'envole vers le nord du pays pour évaluer des terrains d'atterrissage ; il est piloté par Pais Ramos et le second pilote de la compagnie, un civil, Manuel Vasques. C'est le début d'une période pendant laquelle vont alterner vols commerciaux, vols de reconnaissance pour l'étude des lignes aériennes portugaises et vols de transport des dirigeants de la société. Le 9 juillet, il décolle vers Aviz, affrété par Mario de Castro et son épouse. A son arrivée, il en profite pour réaliser sur place de nombreux baptêmes de l'air. Le 12 juillet, il décolle à destination de Madrid avec à son bord les administrateurs de la SPELA : M. Dingemans (Gnome-Rhône), Pelagaud (Aéropostale) et João Judice de Vasconcelos (SPELA).


                Le 21 juillet, il réalise de nouveau de nombreux vols sur Lisbonne et la Costa del Sol. Le 2 août, il va d'Alverca à Mirandela où il inaugure le terrain de la ville. Il en revient le 5 après un trajet de 2 heures. Le 23 août, piloté par Pais Ramos avec comme second pilote Manuel Vasques et comme mécanicien Graça, il décolle pour Alijó, au nord du Portugal, avec à son bord le Dr Armando Amaral, président de la Commission des Viticulteurs du Douro et le major Lelo Portela, conseiller militaire à Paris. Il revient le 27 à Lisbonne, après avoir survolé Porto, Figueira da Foz, Nazaré et Caldas. Le 1° septembre, il est affrété par le journal "O Seculo" pour le transport d'exemplaires du journal vers Porto. Parti à 7h5 d'Alverca, atterrit à Porto à 8h40. C'est la première fois qu'un journal du matin de Lisbonne est délivré à Porto avant 9H00.


                Le 1° novembre 1929, Pais Ramos rentre à Lisbonne, venant de Paris où il a suivi un cours de pilotage sans visibilité et fourni des informations à Bailly et Reginensi pour leur voyage vers Madagascar par le Mozambique. Enfin, le 19 de ce même mois, le Farman relie Beja (où il a réalisé 14 vols avec au total 52 passagers) à Amadora en 55 minutes, peut-être ses derniers vols commerciaux pour l'année 1929 …

Le F.190 n°10 dans sa livrée de la SPELA [© Michel Barrière]

Lallouette et (Vasconcellos ?) devant le F.190 lors de sa remise à la SPELA [Coll Paulo Noia]

Le F.190 de la SPELA en service au Portugal [Coll Fernando Martins]


                Au deuxième semestre 1929, le Portugal signe les conventions internationales de la navigation aérienne, ce qui se traduit par une modification des immatriculations nationales. Le F.190 n°10 C-PAAD est alors réenregistré comme CS-AAD.


¤ 1930


                Le 11 mars 1930, le F.190 n°10 au Portugal est transféré à la filiale de la SPELA établie sous contrôle portugais, la Companhia Portuguesa de Aviação (CPA). La peinture de l'appareil fait apparaitre la nouvelle immatriculation, mais disparaitre la mention SPELA. Nous ne disposons que de peu d'informations sur son activité cette année-là qui, comme les suivantes, semble occupée par des baptêmes de l'air et des vols de tourisme lorsque le temps le permet.  

                En juillet 1930, Pais Ramos fait un voyage à Alger, accompagné d'un mécanicien ; il revient à Alverca le 4 août. En 1929, l'appareil a été piloté régulièrement par Pais Ramos, qui bénéficie de son aura personnelle. A partir de 1930, il assume des fonctions opérationnelles à la base d'Alverca et l'avion semble surtout piloté par Manuel Vasques.


¤ 1931


                Fin février 1931, Manuel Vasques revient à Lisbonne, après avoir passé la saison d'hiver comme pilote de ligne à l'Aéropostale. Ce n'est que le 23 juin que la presse annonce la reprise des vols de tourisme sur Lisbonne, Estoril, Cascais et Sintra.


                Le 26 août, un mouvement révolutionnaire, rapidement écrasé, tente un coup d'état à Lisbonne. Manuel Vasquez, accompagné d'un mécanicien, le sergent Carvalho, participe au soulèvement des aviateurs du terrain d'Alverca. Le plancher de la cabine du Farman a été découpé pour permettre au mécanicien de lâcher les 8 bombes de 50 kg lancées chargées dans l'appareil. Les deux aviateurs l'utilisent pour bombarder le palais présidentiel de Belém, puis reviennent se posent sur le terrain d'Amadora. Devant la progression des troupes gouvernementales qui encerclent le terrain, ils s'envolent pour rejoindre l'Espagne et Séville. Le 26 août à 6 h du soir, en panne d'essence, le Farman CS-AAD se pose près de Séville, entre Salteras et Valencina. L'appareil est gardé par la Guardia Civile, tandis que les aviateurs tentent d'obtenir des autorités locales l'autorisation de refaire le plein. Après avoir pu rejoindre Tablada en camionnette, ils obtiennent du directeur de la base qui connait Manuel Vasques l'autorisation d'acquérir un bidon de 50 litres d'essence et de rejoindre le terrain en vol, accompagnés d'un garde civil. L'avion y est interné, rejoint un peu plus tard par un autre évadé du Portugal, un Breguet 14 militaire qui s'est posé à Huelva.

                

Le F.190 aux couleurs de de CPA [© Michel Barrière]

Le F.190 de la CPA en panne près de Séville [Estampa]

Le F.190 de la CPA en panne près de Séville [Mundo Grafico]

Le F.190 et le Breguet 14 en attente de restitution à Séville [Mundo Grafico]

Le capitaine Pais Ramos (3° à partir de la gauche) et le lieutenant Tovar de Faro (5° ) venus rechercher le CS-AAD à Séville [Estampa]

Manuel Vasques

[Mundo Grafico]

                A la mi-septembre, les deux appareils sont rapatriés au Portugal, le Farman étant pris en charge par Pais Ramos.

                Le Portugal demandera alors sans succès à l'Espagne gouvernée à gauche l'extradition des aviateurs révoltés. Manuel Sanchez trouvera un travail de moniteur à l'école civile de Getafe. En octobre 1932, lors d'une leçon avec un élève, il se mettra en vrille pour éviter des fils téléphoniques et s'écrasera. Grièvement blessé, il sera amputé de la jambe droite. En décembre de la même année, le décret d'amnistie publié par le gouvernement portugais l'exclura explicitement du bénéfice de cette loi.

 

¤ 1932


                En 1932, le Farman F.190 n°10 CS-AAD, est toujours basé à Alverca. Le 29 mars 1932, la presse annonce la reprise pour la semaine suivante de vols de tourisme sur Lisbonne, Estoril, Sintra et Cascais. Des circuits touristiques sont établis, d'une part Alverca, Lisboa, Costa do Sol, Amadora, Alverca et d'autre part Alverca, Sintra, Cascais, Estoril, Costa de Caparica, Barreiro, Alverca.

                Le 3 avril, le Farman effectue exceptionnellement des baptêmes de l'air. Ensuite, le mauvais temps stoppe les vols de tourisme qui ne reprennent que le dimanche 8 mai. Il semblerait que ce soit la dernière saison de vols effectifs de la CPA, car, dans les mois qui suivent, les relations entre la CPA et les autorités portugaises se dégradent progressivement.


¤ 1933


                En août 1933, la direction d'Air France, dès la création effective de la compagnie nationale, négocie discrètement la sortie du contrat d'exclusivité signé par la SPELA avec le gouvernement portugais. Les travaux d'études sont stoppés et la compagnie est mise en sommeil avant liquidation. L'avion vole peut-être pour des besoins individuels, mais aucun vol à caractère commercial n'est plus réalisé.

¤ 1934


                Le 22 juin 1934, Air France crée la Sociedade Aero-Portuguesa Lda, ce qui de fait finalise la liquidation de la CPA. Le Farman 190 CS-AAD, type d'appareil peu prisé d'Air France, est vendu à un pilote privé expérimenté, Abel Pessoa, l'un des quelques pilotes portugais titulaire d'une licence de transport et de vol de nuit obtenue en Grande-Bretagne. Abel Pessoa est en outre le propriétaire d'un garage automobile de Lisbonne, le "Motor Palacio". Bien que relativement discret, il est le partisan très actif d'une reprise en main nationale des lignes aériennes portugaises.

Mauvaise mais rare image du baptême de l'Aguia Branca à Porto [Diario de Lisboa]

L'Aguia Branca en 1935 [Coll Rolando Ferreira via José Vilhena]

                Le 1° août, affrété par le Diario de Lisboa, le Farman largue sur la ville de Porto des exemplaires du numéro spécial relatif à l'exposition coloniale édité par le journal à l'occasion de cet événement. Le 4 novembre a lieu sur le terrain d'Amadora un meeting et un championnat d'acrobatie organisé par Air Propagande, le Petit Parisien et le Diario de Lisboa en hommage à l'aviateur Placido de Abreu, qui s'est tué lors du concours international d'acrobatie aérienne à Vincennes le 10 juin 1934. Le 11 novembre, un meeting similaire se déroule à Porto sur le terrain de Senhora da Hora.

                C'est à l'occasion de cette semaine de meetings qu'Abel Pessoa inaugure sa compagnie de services aériens, les Serviços Aéros Portugueses de Fotogrammetria e Transporte (SAPFT). La vocation de la société est large a priori : réaliser des travaux de photogrammétrie, des activités de publicité aérienne, des voyages de tourisme et des baptêmes de l'air. En fait, elle développera surtout des services aériens à vocation publicitaire et un service de transport à la demande sur la ligne Lisbonne – Porto, les activités de photographie aérienne professionnelle étant largement assurées par l'armée. L'avion est officiellement baptisé Aguia Branca. Sa marraine est la petite Maria Amelia Samuel Cintra, fille du major aviateur Alfredo do Santos Cintra.

                Portant toujours sa livrée banche, l'appareil porte à droite l'emblème à l'aigle blanc encadré de son nom de baptême et du nom de la compagnie qui, à gauche, figurent seuls. Des publicités Castrol et Opel complètent sa livrée.

                Le 7 novembre, Abel Pessoa se pose à Alverca venant de Porto. Il y repart probablement le 10 et le 12, puis en revient ramenant trois passagers. Dans cette période, il réalise également de nombreux baptêmes de l'air.


                L'activité semble être assez régulière : liaison en principe hebdomadaire Lisbonne – Porto, baptêmes de l'air les dimanches quand le temps le permet, transports à la demande, prestations particulières à des dates clefs : grand pèlerinage de Fatima, fêtes de Lisbonne (28 mai), fêtes de Noel et nouvel an.

                S'il répond bien aux besoins, l'avion régulièrement entretenu par le mécanicien d'Abel Pessoa commence néanmoins à se dégrader : ses démarrages sont parfois difficiles et sa peinture s'écaille, des publicités Castrol et Opel venant compenser ces défauts d'aspect. Une petite fenêtre de toit a été ajoutée en cabine, sans que l'on sache à quelle époque elle a été introduite.


¤ 1935


                Le 6 janvier 1935, l'Aguia Branca est à Porto, réalisant au passage des démonstrations à basse altitude sur le terrain de Figueira de Foz, en hommage au pilote Humberto da Cruz et de son mécanicien Lobato, auteurs d'un raid sur Timor. Le 10 janvier, il est de retour à Alverca avec 4 passagers, dont l'actrice locale Brunilde Judice. Le 24 avril, il effectue une liaison vers Porto avec plusieurs passagers dont le comte de Juncal. Ces vols durent généralement de l'ordre d'une heure et demie.


                Pendant presque tout mai et juin cette année-là, le Farman est affrété par le Diario de Lisboa pour les fêtes de la capitale. Le 13 mai, Pessoa réalise un vol sur Fatima à l'occasion du pèlerinage, assurant un reportage en transportant un reporter du journal, lançant au passage des fleurs sur le sanctuaire. Début juin, pendant toute la semaine des fêtes, Pessoa accompagné d'Alberto Barata du Diario de Lisboa survole le Portugal et l'Andalousie, larguant des milliers d'exemplaires d'un numéro spécial du journal dans un grand raid publicitaire, pendant lequel il utilise les aérodromes locaux et Séville-Tablada. Ce journal de 16 pages à couverture colorée verte et noire, portant la mention Supplemento distribudo gratuitamente pelo avião "Aguia Branca" contient de courts textes de promotion de l'aviation – dont un du lieutenant-colonel Cifka Duarte, inspecteur de l'aéronautique militaire, et un d'Abel Pessoa – ainsi que des publicités, dont évidemment celle de la SAPFT.

                Le Farman débute son voyage publicitaire le 5 juin, transportant une délégation du Diario de Lisboa; il quitte Alverca pour Espinho, arrosant de revues Santarem, Leiria, Figueira da Foz, Coimbra, Cantanhede, Aveiro et Porto; le 6 juin, il quitte Espinho pour Viseu, revenant ensuite à Alverca pour couvrir les régions de Covilhã et Castelo Branco. Enfin, le 7 juin, il arrose Setubal, Evora, Beja et Lisbonne. Ce dernier jour, ses prestations depuis Alverca seront filmées en vue de la réalisation d'un film publicitaire qui sera présenté les semaines suivantes.


                Le 1° août, le F.190 n°10 piloté par Abel Pessoa se pose à Alverca venant de Porto, avec 3 passagers à bord. Le 13 octobre, à 9H30, l'Aguia Branca qui a décollé de bon matin d'Alverca évolue au-dessus de Fatima à 1000 m d'altitude avec 4 passagers, lançant des milliers d'exemplaires du journal Aero. Il revient ensuite à Alverca après avoir survolé Obidos, Sintra et la Costa do Sol.

                Pour les fêtes de Noel et du Nouvel An, le Farman effectue une nouvelle campagne publicitaire : l'Aguia Branca doit lancer à cette occasion des milliers de prospectus accompagnés d'enveloppes-mystères et de bons donnant droit à des cadeaux ou des réductions sur divers produits. L'opération est baptisée "Raid Adão" du nom du chemiser qui en est le principal promoteur. Les cadeaux des enveloppes – mystères, outre des chemises Adão gratuites, consistent en trois bourses pour une année d'étude gratuite dans une école de la capitale (Escola de Latino Coelho); les prospectus donnent droit à des réductions sur les chemises et divers autres produits ou services …

                L'opération est prévue le 24 décembre à Lisbonne, le 31 à Coimbra et Porto. Du fait du mauvais temps, le vol du 24 est annulé, puis rétabli pour le 30. Les prospectus largués au-dessus de divers points stratégiques préalablement annoncés: places, rues, restaurants, etc. rencontrent un grand succès.


¤ 1936


                Pendant les premiers mois de 1936, le Farman CS-AAD poursuit son activité plus ou moins régulière de vols commerciaux sur les lignes Lisbonne – Porto et Lisbonne – Figueira da Foz. A la fin du printemps, Abel Pessoa reconsidère les caractéristiques de sa société dont la dénomination devient Aero Comercial Lda. Il annonce pour le 13 mai un voyage aérien au-dessus de Fatima à l'occasion du grand pèlerinage annuel, décollage prévu à 9h00 et retour prévu à 12H00: outre des passagers, l'avion emporte un numéro spécial du journal Aero qui donnera aux pèlerins les dernières nouvelles. En même temps il lance une bannière de la société Aero-Comercial pour la faire bénir pendant les cérémonies religieuses. Peu avant les fêtes de Lisbonne, fin mai et début juin, la société rappelle les baptêmes de l'air qu'elle effectue régulièrement tous les dimanches.


                Le 18 juin, l'avion est affrété par la Compagnie d'assurances Royal Exchange pour le transport impromptu de son avocat entre Lisbonne et Porto. Décollant d'Alverca à 13h40, il atterrit à Espinho à 15h00, amenant son passager à Porto à 15h25. Les félicitations du client pour la disponibilité de l'avion et de son pilote seront largement reprises dans la publicité maison.

Publicité de la SAPFT en 1934 [Diario de Lisboa]

Publicité d'Aero Comercial en 1936 [Diario de Lisboa]

L'Aguia Branca en 1935 [© Michel Barrière]


            En juillet 1936, dès les premiers jours de la Guerre Civile en Espagne, le Farman est affrété par des membres de la colonie espagnole d'Estoril, soutiens actifs de la cause nationaliste. Abel Pessoa effectue ainsi au moins deux vols vers la région de Séville, dont l'un avec le marquis de Quintanar.


            Le 25 juillet 1936, Abel Pessoa ramène à Lisbonne un message du Consul du Portugal à Séville. Le Consul prévient de l'arrivée le 23 juillet du bâtiment de guerre britannique "Shamrock" en vue de l'embarquement éventuel des ressortissants britanniques et américains et de l'arrivée attendue de bâtiments allemand et italien. Il  demande l'envoi d'un navire portugais pour assurer la protection éventuelle de la vie et des biens de leurs ressortissants.

  

                Accompagnant le développement de la guerre en Espagne, l'augmentation des primes d'assurance compromet l'activité d'Aero Comercial et devient la préoccupation majeure d'Abel Pessoa. Dans ce contexte, il décide de mettre en sommeil son activité commerciale et de préparer l'avenir en recherchant des appareils plus performants. Dans les jours qui suivent, il décide de cèder le Farman. L'appareil est enregistré au nom de Palha Blanco, l'un des principaux soutiens portugais de la cause nationaliste espagnole.


                Le 11 août, l'Aguia Branca rejoint Avila. Il transporte l'un des frères Palha Blanco, qui aurait l'intention de rejoindre le Commandant de la Guardia Civil Lisardo Doval qui a quitté le Portugal fin juillet, se dirigeant vers Madrid à la tête d'une colonne de 1500 hommes. Avila ayant été attaquée dans la matinée par l'aviation républicaine, l'avion dont on ignore la provenance est accueilli par le tir de mitrailleurs nationalistes trompés par l'aspect coloré du gouvernail.

L'Aguia Branca aux couleurs nationalistes en août 1936 d'après une photo vue sur eBay. Le bandeau rouge et or, grossièrement peint, semble logique, mais ces couleurs sont hypothétiques : les tonalités de la photographie originale sont inversées par rapport au rendu classique de la bandera tricolore rouge-or-rouge ; nous avons pris en compte ici la présence de petites bandes latérales sombres. [© Michel Barrière]

                Dans les jours qui suivent, sa décoration est reprise aux couleurs nationalistes, son immatriculation portugaise survivant sur et sous son aile conjointement à ses nouvelles marques. Un bandeau coloré est grossièrement peint sur le fuselage en arrière de la cabine. Des couleurs rouge et jaune semblent logiques, car la "bandera roja y gualda" était adoptée à Burgos et sur le point de l'être par Franco, mais la disposition des tonalités montrant une bande centrale et, semble-t-il, de minces bandes latérales plus sombres ne correspond pas à l'arrangement classique.

                Le Farman est basé à Burgos, sur l'aérodrome de Gamonal. Il est utilisé par le capitaine José Larrauri Mercadillo qui se rend à Saragosse le 28 août et en revient avec les fonds réunis par les banques aragonaises pour l'achat de 3 Heinkel 51. Le 30 août 1936, Larrauri se pose avec le Farman à Caceres. Il rejoint par la suite les unités de Ju 52.


                Le sort exact du Farman "Aguia Branca" est inconnu; Des photographies vues sur eBay le montrent très endommagé, stocké sur un terrain à côté de l'épave du Fokker F.VIIa "Carlanco" ex F-AJUB également aux couleurs nationalistes. On perd la trace de ces deux appareils dans la même période de septembre 1936 dans le nord (Burgos, Avila, Cacérès?), et l'état des épaves laisse à penser qu'ils auraient pu être victimes d'un bombardement dans cette zone.


                Ce n'est que le 12 février 1946 que le F.190 n°10 CS-AAD est rayé du registre portugais.

F190 n°9

F190 n°11

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