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Le HENRY FARMAN N°III (Voisin/Farman)

  

1909


          Janvier 1909


            Lorsque les Frères Voisin décident, apparemment en novembre 1908, de céder le Henri Farman n°2 à l'aviateur britannique Moore-Brabazon, Henri Farman perd toute confiance dans son constructeur auquel il se pensait lié par une relation autant morale que commerciale. Il n'en reste pas moins que cet appareil faisait l'objet d'un contrat pour lequel Farman avait déjà versé des fonds, en l'occurence 6.500 Francs.

            Mais les difficultés de Farman avec les frères Voisin ne se limitent pas à cet événement. L'expérience du vol qu'a développée Henri Farman l'a convaincu de la nécessité de diverses évolutions dans la conception des biplans Voisin. Certaines, en particulier l'espacement entre les plans de la voilure augmenté de 1,50 à 2,00 mètres, ont non seulement été prises en compte par Voisin, mais sont déjà proposées comme une amélioration de leur appareil. Le premier bénéficiaire en a été Moore-Brabazon, acquéreur du Henri Farman N°2, mais il n'est pas le seul : en mars 1909, L'Aérophile compte 4 "exemplaires à plans espacés" (5 avec celui de Farman) en commande aux ateliers Voisin. Mais la plupart des modifications demandées par Farman ne sont pas acceptées par les Frères Voisin qui les jugent dangereuses. Ils refusent en conséquence de les prendre en compte et d'assumer les risques correspondants. 


            Selon Jacques Sahel dans "Henry Farman et l'aviation" (Grasset, 1936), Henri, qui a officialisé au début du mois la vente aux autrichiens de son N°1 BIS, aurait eu le 16 janvier 1909, un entretien avec les frères Voisin à ce sujet. Or, le 16 janvier, Le Matin publie que "Farman va bientôt recevoir un nouvel appareil biplan dont les deux plans superposés seront plus espacés que dans l'ancien et dont le gouvernail de profondeur sera disposé plus à l'avant", ce qui laisse supposer que les demandes de Farman sont antérieures.

            C'est par contre le lundi 18 janvier que Farman confirme par écrit ses conditions aux frères Voisin. Dans sa lettre, il rappelle ses demandes et décharge les Frères Voisin "absolument de toute responsabilité, soit comme stabilité, comme en vol ou comme bon fonctionnement", ne leur laissant que la responsabilité "de la solidité et de la bonne fabrication".

            Ces demandes de Farman reflètent en partie les conclusions connues de ses expériences antérieures :

  • Plans de cellule avant espacés de 2,00 mètres;

  • Installation de quatre ailerons aux extrémités des plans, avec commande identique à celle définie par Farman sur le N°1 BIS ;

  • Gouvernail de profondeur avancé d'au moins 1,00 à 1,50m par rapport au N°1 BIS ;

  • Ecartement des plans de la cellule arrière de 1,50m ;

  • Gouvernail vertical supprimé et remplacé par le(s) gouvernail(s) articulé(s) utilisé(s) sur le N°1 BIS ;

  • Roues munies de pneus du plus grand diamètre possible ;

  • Surfaces verticales reliées aux surfaces hiorizontales comme sur le N°1 BIS (elles seront ultérieurement abandonnées sur la cellule principale).

            Par ailleurs, moteur et hélices seront fournies par Farman , mais montés par Voisin. Farman prévoit alors deux hélices commandées par chaines (?). Il est clair que Farman ne souhaite pas continuer avec l'Antoinette dont la durée de fonctionnement, considérée comme inéluctablement limitée à 44 heures, interdit tout record de distance et de durée. L'article de L'Aérophile cité ci-dessus donne l'appareil commandé par Farman comme équipé d'un moteur Dutheil et Chalmers; finalement, Farman sélectionnera un Vivinus belge, lourd mais fiable et doté d'un radiateur.


            Février - mars 1909


            Dans son livre, Sahel ne mentionne aucune livraison des frères Voisin, décrivant le nouvel appareil comme réalisé uniquement par Farman, aidé d'un ami, Blum, et de son mécanicien Herbster. Si la légende y gagne peut-être, l'histoire y perd certainement.

            Fin janvier, il apparaît dans la presse de l'époque que le nouveau hangar que Farman a fait édifier à Mourmelon est destiné à trois appareils : "le nouvel aéroplane que lui construisent les frères Voisin et les deux qu'il établit lui-même".


            Avril 1909


            Ce n'est que le 2 avril que, "l'un de ses appareils étant terminé", Farman revient au camp de Châlons pour en assurer le montage avec Herbster, les essais étant envisagés une quinzaine de jours plus tard. Le 17 avril, Farman reprend en effet l'air sur le Henri Farman N°III. L'appareil a 10,50 m d'envergure et 13 m de long.

            Dès les premiers vols, Farman réalise plusieurs vols de 100 à 500 mètres ainsi que des virages. Au cours de ces essais, l'appareil se révèle répondre à ses attentes.

            Par rapport au N°1 BIS, on peut noter la disparition des cloisons verticales de la cellule principale, la redéfinition complète du train d'atterrissage, à roues et patins selon une formule esquissée sur le N°1 BIS, et la commande principale du type "guidon de vélo" qui dégage l'espace devant le pilote.


            Le 20 avril, Farman fait un vol d'un kilomètre environ. Le 25, il réalise un tour complet du terrain de Bouy, soit un vol de 3 km environ.

Le 17 avril 1909, Henri Farman posant sur son nouvel appareil. A gauche, le poste de pilotage. Sur la photo de droite, on voit le radiateur du Vivinus situé immédiatement derrière le pilote. [www.gallica.bnf.fr]

Le HENRY FARMAN N°III porte fièrement la mention H. FARMAN Constructeur. Si sa production - et sa ligne générale - doivent encore beaucoup aux frères Voisin, les qualités de sa conception, à l'aérodynamique améliorée, et le train d'atterrissage élaboré sont clairement dus à Farman. A noter le prénom Henry - et non Henri comme sur les exemplaires précédents, peut-être encore une façon de se détacher du passé (H.Farman sera de nationalité anglaise jusqu'en 1937). [Coll. Michel Barrière]

            A partir de fin avril, on peut considérer que l'héritage Voisin n'intervient plus de façon perceptible dans les projets de Farman, qui poursuit la mise au point et l'amélioration de son HF3 dont apparaissent les premiers dérivés, tandis qu'il met la main à de nouveaux projets qui lui sont entièrement personnels comme son méconnu "Farman II".

Farman II

HF2 (Voisin)

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