F.190 n° 10, c/n 7121, F-AJAA (CdN n° 2079 du 26 avril 1929),
C-PAAD (CdN Portugal : mars 1929), CS-AAD
Le F.190 n°10 est le premier Farman 190 acquis par Paul-Louis Weiller. Comme ses successeurs, il posséde un aménagement et un équipement de pointe.
Cet appareil est une énigme : enregistré dans le registre portugais comme ayant été utilisé par la SPELA, le F.190 n°10 figure avec une carrière différente au registre F.
Une photographie du C-PAAD au Portugal lors de l'inauguration de la SPELA en mars 1929 montre clairement le marquage constructeur du gouvernail, portant sans ambigüité le numéro de série 10. De plus, ce même appareil présente une caractéristique visible (roues soigneusement carénées) confirmant ,si besoin est, qu'il s'agit bien de cet appareil.
Le fait qu'il figure au registre français d'avril 1929 à octobre 1930, date de cession à la à la SGTA avant d'être enregistré comme exporté en décembre 1934 nous fait supposer qu'il fut loué à la SPELA, puis à la CPA. Sa cession à la SGTA en octobre 1930, date de création de la CPA, correspond également à une prise de distance de Paul Louis Weiller avec l'Aeropostale et à l'entrée dans la crise de l'aéronautique française.
En 1933, lors de la cessation des activités portugaises de l'Aéropostale, le Farman est cédé à un pilote privé expérimenté, Abel Pessoa, qui le baptise "Aguia Branca" et l'utilise pour des vols commerciaux. Porteur de publicités "OPEL", "CASTROL", l'avion toujours peint en blanc porte à l'avant la raison sociale S.A.P.F.T. (?) et le nom de baptême de l'appareil. Pour une raison inconnue, les vitres latérales du poste de pilotage ont été légèrement modifiées.
En août 1936, Abel Pessoa revend son F.190 à Palha Blanco. Ce dernier, favorable à la cause nationaliste, met à la disposition des rebelles son appareil décoré aux couleurs nationalistes et baptisé "Aguia Durval". Le Farman, piloté par le capitaine José Larrauri Mercadillo, effectue une tournée de propagande en Aragon au mois d'août 1936 afin de récolter des fonds pour l'achat de chasseurs Heinkel 51. Il apporte lui-même la somme recueillie au général Franco à Séville. Gravement endommagé à une date inconnue (probablement fin 1936), le CS-AAD est rayé du registre portugais le 12 février 1946.
F.190 n° 11, c/n 7117, F-AIYM (CdN n° 2049 du 21 mars 1929)
Ce Farman 190 est acquis par André Bailly pour 180.000 francs avec son moteur "Titan" GR 5Ba"; d'après nous, il aurait pu être d'abord conçu comme F.191. Ce F.190 aurait été initialement doté d'une voilure renforcée et d'une capacité de carburant maximale, le chiffre élevé de 2000 litres (soit près de 40 h d'autonomie) figurant même dans la presse1 , ce qui implique des réservoirs d'ailes de capacité maximale (#400 litres) et des réservoirs supplémentaires en cabine. Les décisions du ministre Laurent-Eynac amènent Bailly à supprimer les réservoirs supplémentaires, se contentant de 160 litres en cabine installés à la place des deux places passagers avant. L'appareil est ainsi présenté comme un F.190 de série, même si ses réservoirs de voilure présentent une capacité supérieure à la version commerciale. Il subsiste de cette modification la cellule modifiée, ne comportant que la fenêtre la plus arrière et la seule porte avant. C'est dans cette configuration que cet appareil, baptisé "France-Indochine", et portant un équipage constitué d'André Bailly, de Jean Reginensi et du mécanicien Marsot réalise une liaison rapide Paris-Saigon et retour pendant la période du 26 mars au 20 avril 1929.
En octobre 1929, Bailly passe au F.190 n° 34, rééquipé du même moteur le GR 5 Ba "Titan" n°5106. Le F.190 n°11, équipé d'un nouveau moteur, est utilisé avec le soutien de Farman pour des démonstrations ou rallyes. Il aurait ainsi remporté en juin 1930 le rallye de Lyon avec Bailly et Reginensi aux commandes avant de participer au rallye de Clermont-Ferrand.
En octobre 1930, le F.190 n°11 est enregistré à la Société Air Service. Il est alors remis au standard de série, probablement en début de l'année 1931.
Par la suite, équipé en version ambulance, il aurait été exporté en Espagne républicaine en 1937, et ne survit pas à la guerre civile.
- En prévision d'éventuelles difficultés, Bailly aurait également acheté un moteur de rechange qui le précéda à Saigon avec un mécanicien. Cet équipement n'est sans doute pas inclus dans ce montant.
- Le Petit Journal du 14 mars 1929
F.190 n° 12, c/n [7122], F-AIZR (CdN n° 2081 du 29 avril 1929)
Dès l'obtention de son CdN, le F.190 n°12 s'envole pour une présentation commerciale Farman en Turquie et en Roumanie. L'équipage est constitué du chef de mission, M. Treillard, du pilote Thuau et du mécanicien Cordonnier. Accueilli à Angora par l'ambassadeur de France, M. de Chambrun, il reçoit un bon accueil de l'aviation militaire turque. En Roumanie, le général Gorski, inspecteur général de l'aéronautique, et le général Dimitrescu, directeur de l'aéronautique roumaine, prient M. Treillard de les conduire à Constanza où doivent passer la formation "Mare Nostrum" de Savoia S.55 d'Italo Balbo engagée dans un tour de la Méditerranée. Séduits par le Farman, ils l'achètent aussitôt et l'équipage rentre par le train.
Par la suite, le F.190 n°12 aurait été utilisé dès 1930 par une école de pilotage militaire, sa livrée conservée, les immatriculations françaises ayant été effacées sans être remplacées. Il recevra une immatriculation roumaine (CV-RAC); en juin 1931, il emmeène une délégation d'officiers roumains pour un voyage en Pologne.
Il sera ensuite utilisé par la compagnie nationale LARES ("Liniile Aeriene Romane Exploatate cu Statul"). Le 15 septembre 1933, il reçoit l'immatriculation YR-ABU, sous laquelle il finira sa carrière à l'ARPA (Association roumaine de promotion de l'aviation). Entretemps, il est converti en F.192 ( la date coincidant peut-être avec celle d'un nouveau CdN daté du 5 mai 1934).
F.190 n° 13, c/n [7123], F-AIZS (CdN n° 2103 du 17 mai 1929)
Initialement enregistré par Farman (1929), il est cédé en octobre 1930 à la CIDNA qui l'utilise jusqu'en 1933. Transféré à Air France à la création de la compagnie nationale, le F190 n°13 "L'Astucieux" est l'un des 4 F190 toujours en service à Air France en 1939.
F.190 n° 14, c/n [7127], F-AJAI (CdN n° 2104 du 17 mai 1929)
Initialement enregistré par Farman (1929), le F190 n°14 est enregistré en octobre 1930 par Air Union et fait partie des appareils présentés au Bourget par la compagnie au ministre Laurent-Eynac le 6 avril 1929 pour le dixième anniversaire de la création des lignes aériennes françaises. Il est ensuite utilisé sur la ligne Tunis-Bône en prolongement de la liaison par hydravion Marseille – Ajaccio – Tunis jusqu'en 1932. En mai 1934, il est transféré à la Société des Transports du Proche Orient. En novembre 1934, il rejoint le réseau méditerranéen d'Air France sous le nom de baptême "L'Arrogant". En octobre 1935, il revient à la Compagnie des Transports du Proche Orient. Il est réenregistré au nom d'Air France en octobre 1937, puis passe en décembre 1937 au nom de Georges Goumin1. Ce dernier, officier en service à Rayak, est rappelé en France en juillet 1939. En avril 1939, le Farman aurait été exporté (destination nconnue).
Né à Orange le 19 février 1905, engagé dans l'aviation en 1923, Georges Goumin obtient son brevet de pilote en 1929. Promu lieutenant en 1930, il est affecté en 1931 au 22° Regt de Bombardement de Nuit, puis au 39° Régiment d'Aviation du Levant où il passera 8 ans. En juillet 1939, il est nommé commandant du groupe d'instruction à l'Ecole de radionavigants de Saint Jean d'Angély. Passé en Angleterre en 40, il s'engage dans les FAFL. Le 26 mai 41, suite à la désertion d'un officier de son groupe, il s'engage dans une mission suicide au profit des troupes britanniques en Crète. Il posera en catastrophe son Glenn Martin sera abattu par la DCA, y laissant la vie; d'abord enterré en Crète, son corps sera ramené en France en août 46.
F.190 n° 15, c/n [7129], F-AJCC (CdN n° 2117 du 25 mai 1929), EC-LAA
Enregistré par Farman en 1929, le F.190 n°15 est acquis en février 1930 par la Compañía Española de Aviación (CEA), propriétaire de l'aéroport de Barajas et d'une école de pilotage à Albacete. Le F.190 n°15 est alors immatriculé EC-LAA. En 1933, il est utilisé pour l'étude de la ligne Madrid - Valence que la CEA envisage d'ouvrir avec un appareil d'origine américaine et effectue le 3 janvier une liaison d'essai aux mains du pilote Wladimir Marchenko accompagné du mécanicien Angel Martin.
Après le début de la guerre civile, il est vu réalisant des vols d'essai à Toulouse-Francazal, portant les couleurs de la République Espagnole, le 2 septembre 1936 (Source : Jean Massé). Il ne survivra pas à la Guerre Civile, probablement détruit dans un bombardement à Barracas.