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- Les avions du Négus -

 les Potez Po.25

Le Potez 25 constitue la colonne vertébrale de l'aviation éthiopienne dès sa création. Trois Potez 25 à moteur Lorraine arrivent à l'été 1929 ; l'un d'eux est le premier appareil à se poser à Addis-Abeba. Leur intervention lors de la bataille d'Anchem en mars 1930 fut décisive pour l'accession du Ras Tafari Makonnen au trône d'Empereur d'Ethiopie. Une seconde série de trois appareils, cette fois à moteur Hispano-Suiza, arriva en juin 1930. Au moins cinq d'entre eux étaient encore en service au début du conflit avec l'Italie, le dernier étant capturé à Addis-Abeba en mai 1936. 

Août 1929 : les Potez Lorraine


                Au début de  l'année 1929, un proche collaborateur du Négus, Wolde Maryam Ayele, est chargé de négocier le contrat d'achat de 3 Potez Po 25.53 A2 à moteur Lorraine.

                Cette acquisition soulève cependant des problèmes politiques : le Potez 25 est un avion d'armes ; le type retenu par l'Ethiopie est pratiquement identique au Po.25 militaire français. Pour respecter les accords internationaux, restrictifs sur l'importation d'armes en Ethiopie, les Potez non armés sont acquis comme avions postaux par un intermédiaire belge et transportés à Djibouti par une compagnie allemande.

                Wolde Maryam a en outre embauché sous contrat privé de 3 ans avec le titre de "chef de l'aviation éthiopienne", l'adjudant-chef André Maillet. Pilote expérimenté du Service Technique où il assure la réception des appareils, il a auparavant servi en Indochine, y assurant déjà formation des personnels et gestion du parc.

                Les 3 Potez  seraient arrivés à Djibouti le 10 juin sur le SS Porthos. A leur arrivée, ils sont mis sous embargo par les ministères des Colonies et des Affaires Etrangères, et restent bloqués deux mois avant que l'autorisation de transit ne soit donnée le 10 août.


                Dans les premiers jours d'août, Maillet et son mécanicien Picaper rejoignent Djibouti pour réceptionner les appareils en caisse et les ramener par le train à Addis-Abeba. Suite semble-t-il à une coupure temporaire de la voie du chemin de fer, Maillet décide finalement de les convoyer en vol.

                N'ayant pas amené d'outillage, Maillet monte sommairement un Potez 25 sur la place de la gare, non loin des quais, dans la chaleur de Djibouti (42° à l'ombre). Picaper étant victime d'une insolation, Maillet est assisté par ses collègues allemands, le Baron von Engel et le mécanicien Schmidt, ainsi que par le personnel des ateliers du chemin de fer. Sur le tableau de bord, les instruments manquent, la majeure partie étant déjà en route pour Addis Abeba.

                Un terrain a été aménagé en 5 jours par la Société Nationale d'Ethiopie avec l'aide de la Municipalité sur le plateau de Gefersa, près de la route d'Addis Alem, à environ 20 km à l'ouest d'Addis-Abeba. L'arrivée du premier Potez, d'abord prévue le 16 août, est reportée au 18. Aux essais, il s'est avéré en effet que le moteur chauffait, nécessitant d'utiliser une huile de ricin de qualité, que Maillet trouve à l'hôpital de Djibouti.

                Dimanche 18 août 1929 : A 6h14 (heure de Djibouti), André Maillet et Picaper s'envolent d'un terrain vague de Djibouti avec un passager, Monsieur Mazloum, représentant des usines Citroen à Djibouti, qui connait la langue et le pays et servira d'interprète et de guide en cas de problèmes. Maillet n'a pu obtenir de se voir confier le courrier postal de Djibouti destiné à Addis-Abeba.

                Le passage de l'avion est signalé successivement par les stations de chemin de fer de Gotha, Aouache, Modjo, enfin des Addas où, en raison du mauvais temps, Maillet se pose pour attendre une éclaircie. C'est à 13h03 exactement que Maillet se pose sur le terrain de Gefersa. Il y est porté en triomphe puis, tandis qu'un orchestre joue la Marseillaise, le Négus remet à Maillet les insignes de Commandeur de l'Étoile d'Éthiopie et une somme de 50.000 francs ; Picaper reçoit les insignes d'Officier de l'ordre. S'ensuivent des discours de Reffye, puis du Négus qui, après avoir félicité les aviateurs, remercie le Belaten Guetta Wolde Maryam "qui a mis tout son zèle à exécuter Nos ordres pour l'acquisition de cet avion le quel fait aujourd'hui l'objet de Notre joie et l'orgueil de Notre pays."


                Ce Potez 25 portant le n°1 est baptisé au champagne par le jeune prince Makonnen : "Nessre Tafari" (Aigle Tafari).

Le premier Potez éthiopien "Nessre Tafari" qui restera jusqu'à son départ l'avion de Maillet. Il semble qu'au début au moins, les lettres n'étaient pas ombrées.

© Michel Barriere

                L'arrivée du premier Potez est suivie le le 5 septembre par celle du Junkers W.33c de von Engel monté à Dire Dawa, première grande escale éthiopienne du chemin de fer. Les deux autres Potez sont également transportés en caisse jusqu'à Dire Dawa. Le mardi 17 septembre, Maillet et Schaesberg se rendent par le train à Dire Dawa, accompagnés des mécaniciens Picaper, Baladé et Schmidt. Le 19, ils se mettent au travail et le vendredi 20 au soir, un Potez est prêt. Le samedi après un essai, Maillet va survoler la ville de Harrar pendant que le second Potez effectue son premier essai aux mains de Schaesberg.

                Dimanche 22 septembre 1929 : à 7h00 du matin, les deux Potez décollent. Le premier, piloté par Maillet, transporte Baladé et Picaper ; le second, piloté par Schaesberg, transporte Schmidt. Après avoir louvoyé une demi-heure pour éviter le brouillard et les nuages, les deux appareils se posent sur le champ de courses de Jan Meda. Ils y sont accueillis par Reffye et les deux fils du Roi. Les deux Potez sont numérotés et baptisés du nom des jeunes princes : n°2 : "Nessre Asfawossen" (Aigle Asfawossen) et n°3 : "Nessre Makonnen" (Aigle Makonnen).

Le Potez n°3 "Nessre Makonnen" à Jan Meda à l'été 1930.

© Michel Barriere

Le Potez n°2 "Nessre Asfawossen" à Jan Meda à l'été 1930.

© Michel Barriere

De septembre 1929 à janvier 1930

                        

            Fin 1929, les 3 Potez et le Junkers sont basés sur le champ de courses de Jan Meda. Ils sont d'abord abrités sous des tentes en toile fabriquées hâtivement avec des bâches, avant la construction d'un long hangar en tôle sur une charpente d'eucalyptus.

                Le 26 septembre, les avions participent aux grandes fêtes de la Maskale qui marquent la fin de la saison des pluies : deux Potez pilotés par Maillet et Schaesberg, effectuent une démonstration de voltige.

                Nous ignorons encore la date à laquelle le Négus vola sur le Potez n°1 piloté par Maillet, vol immortalisé par des photographies largement utilisées ensuite par la presse française et la maison Potez.


                Le Négus fait alors face à des troubles qui se multiplient, notamment dans le nord du pays, alimentés par les conséquences pour les paysans des mauvaises récoltes de 1928. En septembre, le Négus charge le Ras Kassa Haile Darge de rétablir l'ordre. Ce dernier envoie contre les rebelles des troupes gouvernementales. Les premiers combats début octobre sont défavorables aux troupes gouvernementales qui perdent 2.700 hommes. A partir de fin novembre, Maillet effectue avec son Potez des reconnaissances sur la zone insoumise, depuis Dessye où un terrain a été créé pour faciliter l'exécution des missions de reconnaissance.

Maillet et le Négus devant le Potez 25 n°1 avant un vol, sans doute le seul du Négus sur cet appareil. La date est malheureusement inconnue : fin 1929 ou début 1930 [DR].

Le Potez 25 n°2 de Corriger après son accident à Harrar en janvier 1930. [Le Matin]

                Le 3 décembre, deux Potez et le Junkers participent aux cérémonies marquant l'inauguration du bâtiment voyageurs de la gare d'Addis Abeba.

                Le 19 décembre, le Junkers piloté par Engel et deux Potez pilotés par Maillet et Schaesberg décollent de Dessye pour Addis-Abeba. Engel transporte à cette occasion le Dedjazmatch Wolde Selassie, oncle du Négus et gouverneur de l'Ogaden. Une panne moteur au décollage provoque la chute de l'avion et le décés du passager.

                Maillet ramène en Potez 25 le corps du défunt à Addis Abeba où les honneurs lui sont rendus.


            Ce n'est que le 27 décembre qu'un Potez 25 piloté par Maillet, désormais secondé par Paul Corriger, emporte le courrier d'Addis Abeba à Djibouti. Le 29, il revient de Djibouti, transportant le courrier en sens inverse.

                Le 20 janvier, l'écrivain Joseph Kessel, en mission de reportage pour le Matin sur les "marchands d'esclaves" obtient du Négus la faveur d'être transporté en avion à Harrar avec ses collègues. Le lendemain, le Potez n°1 de Maillet transportant Kessel et Peyré et le n°2 de Corriger transportant Lablache rejoignent en deux heures Dire Dawa. Après y avoir réparé une avarie de radiateur, ils reprennent leur vol vers Harrar. Encombré par la foule, le terrain qui leur a été indiqué apparait en fait inadapté et mal préparé. Tandis que Maillet, méfiant, survole la zone, Corriger prend le risque de se poser avec son appareil et le brise à l'atterrissage, heureusement sans dommage pour l'équipage. Démonté sur place, le Potez, ramené à Addis Abeba, y est réparé.

Février & mars 1930


                A la mi-février, la situation politique éthiopienne se dégrade de nouveau. Le Ras Gugsa Wolie, ex-mari de l'impératrice Zaoditou et gouverneur de Begemder, se rebelle contre le Négus. Le 24 février, l'impératrice et le Négus signent la Proclamation Impériale de Yekatit déclarant Gugsa Wolie rebelle. Le Djedaz Mulugeta, Ministre de la Guerre, quitte Addis Abeba à la tête d'une armée de 30.000 hommes.

                De son côté, le Ras Gugsa s'est mis en marche vers le sud-est avec 10.000 hommes, 10 mitrailleuses et deux canons. Son avance est surveillée par les Potez de Maillet et Corriger qui lancent des proclamations adjurant les rebelles de se rendre ; ils assurent également la liaison entre Addis Abeba et le Ministre de la Guerre, le Dedjazmatch Mulugeta, qui commande les troupes du Négus. Le 28 mars, Maillet et Corriger observent le franchissement de la frontière de la province par les troupes rebelles que les deux Potez surveillent de nouveau le 30 mars.


            La bataille d'Anchem (31 mars)


                Le 31 mars, à 6h30 du matin, Maillet, piloté par Corriger, constate que le Ras Gugsa s'est mis en marche pour se positionner en prévision d'une attaque. Ayant emporté quelques bombes, il les utilise au mieux avant de se poser pour suggérer à Mulugeta d'attaquer sans attendre. Vingt minutes après, les troupes gouvernementales fortes d'environ 20.000 hommes équipés de 7 mitrailleuses et 5 canons, sont en marche. La rencontre a lieu à Debre Zebit dans la plaine d'Anchem. A 8h00 du matin, Maillet s'envole dans un Potez piloté par Corriger avec un chargement de bombes qu'il utilise au mieux sur les mitrailleuses et les concentrations de troupes des rebelles, accompagnant la manoeuvre d'encerclement menée par Mulugeta. Pendant ce vol, Maillet est lui-même touché par une balle qui brise la crosse de son revolver sans le blesser. A 10h30, le Potez atterrit, les deux aviateurs ayant la certitude d'un victoire complète pour recevoir le corps du vaincu.


                Le 1° avril, les deux Potez sont de retour à Dessye à 10h30. Corriger transporte deux blessés graves et Maillet son mécanicien et le corps du Ras Gugsa. Par téléphone, il informe Addis Abeba et demande des instructions qu'il reçoit à 15h30. La provision d'essence de Dessye étant insuffisante pour les deux appareils, seul Maillet rejoint Addis Abeba où une cérémonie a été organisée par le Négus.

                Le 2 avril, l'impératrice Zaoditu décède. Le Négus Tafari Makonnen est aussitôt proclamé Empereur, la cérémonie du couronnement est fixée au 2 novembre 1930.

D'avril  à juillet 1930 : les Potez Hispano


                Le deuxième service aérien entre Djibouti, qui semble réticent à utiliser cette voie aérienne, et Addis Abeba n'a lieu que le 14 avril 1930, assuré par le Potez 25 de Maillet.   

                

                Au début de 1930, Maillet a obtenu du Négus la commande de nouveaux appareils : 3 Potez 25 supplémentaires, à moteur Lorraine. Le contrat a été lancé conformément à ses voeux. Mais, début mai, Henri Rabatel, directeur commercial d'Hispano-Suiza, rencontre le Négus et avec son agent, le grec Michel Balanos, réussit à obtenir le remplacement des moteurs Lorraine de 450 cv par des moteurs Hispano de 500 cv, malgré un surcoût de 48.000 francs par appareil.


                Maillet cherche à faire revenir le Négus sur sa décision en lui adressant un rapport virulent contre les Potez Hispano qu'ils considère comme trop lourds du nez et inadaptés au climat éthiopien. Ce rapport et diverses maladresses le desservent cependant auprès du Négus et il n'obtient pas gain de cause. Pire, son contrat, qui doit être renouvelé le 3 juillet, est résilié à cette date.


                                Le 4 juin, au cours d'un grand meeting aérien à Jan Meda, le noir américain Hubert Julian et le mécanicien arménien Jacob Sarafian sautent en parachute depuis deux Potez pilotés par Maillet et Corriger devant le Négus et un parterre d'invités. D'après une peinture éthiopienne célébrant l'événement, il semblerait que le troisième Potez piloté par Vedel ait également participé à cette fête.


                Les 3 Potez Hispano et le Farman 192 arrivent pour renforcer la flotte aérienne de l'Ethiopie à une date inconnue, probablement en juillet.

L'aviation éthiopienne alignée à l'été 1930 sur le terrain de Jan Meda : 3 Potez 25 Hispano, 3 Potez 25 Lorraine et un Farman 192. Les 2 appareils école sont à Djidjiga.

[Coll Michel Barrière]

D'août à décembre 1930


                Nous connaissons peu de choses sur l'activité des Potez pendant la période des fêtes du couronnement. Ils furent certainement mis à contribution pour effectuer des transports divers dans cette période, mais les éléments correspondants nous ont jusqu'à présent échappé.

  

                Le matin du couronnement, à 11h00, trois appareils éthiopiens survolent la cathédrale, alors que la messe qui a pris du retard n'est pas encore achevée. Le Moth, accidenté peu de temps auparavant, est indisponible, ce qui élimine la possibilité de vol des nouveau pilotes éthiopiens. Deux des pilotes sont donc nécessairement Corriger et Vedel, seuls habilités alors à voler sur les appareils disponibles qui seraient donc deux Potez 25 ou un Potez et un Farman 192. D'aprés la Stampa, le troisième appareil serait le Breda 15 piloté par Marazzani. A 11h30, un Potez revient et largue des feuilles portant un poème en amharique célébrant le nouvel empereur.

                Les vols postaux entre Addis Abeba et Djibouti effectués dans cette période durent l'être surtout avec le premier Farman 192.                              

1931


                En 1931, l'aviation impériale dispose donc de 10 appareils. Les missions de transport sont assurées par les 6 Potez 25 et les 2 Farman192. La formation s'appuie sur le DH.60M acheté aux Sibour et le Breda 15 offert par le gouvernement italien.   

                Les Potez et Farman 192 sont principalement utilisés pour assurer le transport de personnes et de courrier. Outre la liaison avec Djibouti, l'activité aérienne suppose des transports à la demande : transport de personnalités, transport sanitaire, transports de médicaments ; néanmoins, les premiers mois, ils restent peu nombreux. Les retours sur Addis-Abeba ne se feront pas toujours à vide. Au fil du temps, les appareils joueront progressivement un rôle de transporteurs de fonds, ramenant  les caissettes de thalers, tribut payé par les provinces à l'empereur. En 1931, les transports de personnes concernent les personnalités et leur famille ;  ce n'est qu'à partir de 1932 qu'ils seront utilisés par les acteurs économiques.

                Les appareils servent également pour la reconnaissance des parcours des futures lignes aériennes intérieures et de la liaison transversale entre la Côte Française des Somalis, l'Éthiopie et le Soudan britannique : une ligne Djibouti - Addis-Abeba - Roseires (Ar-Rusayris) - Khartoum permettrait en effet d'établir une relation avec la ligne régulière des Imperial Airways du Cap au Caire. Un terrain est installé à Lekempti sur la route du Soudan, mais il sera abandonné par la suite. La banque Bauer Marchal, actionnaire de Gnome-Rhône, envisage en 1930 d'investir dans la création d'une ligne régionale, mais ses propres difficultés stopperont le projet. A la demande du Gouverneur de la Côte Française des Somalis, les aviateurs de la mission française participent à la recherche de terrains et à la réalisation de l'infrastructure en Côte des Somalis.              

Il semble que, tout au long de leur carrière, les Potez Hispano ne portèrent jamais de signes ou marques distinctifs. [© Michel Barriere]

1932


            ● Janvier 1932


            Le 13 janvier 1932, à 8h00 du matin, Corriger et Baladé décollent avec un Potez, transportant des médicaments et du courrier destinés à des postes militaires récemment installés dans la province de l'Ogaden. Leur première étape est Djidjiga, où ils se posent à 10h45. Ils en repartent le lendemain. Leur décollage, espéré à l'aube, est retardé par une forte brume relativement anormale dans cette région désertique. Ils survolent d'abord Daghabur, région couverte d'une brousse dense et compacte où un terrain d'atterrissage a été dégagé et signalé par des drapeaux. Ils se contentent d'y larguer un colis avant de rejoindre Bourcelli, atterrissant à 10h45 sur un terrain qui leur a été indiqué comme propice sur les rives de l'oued Shebelli. Ils y rencontrent les dirigeants locaux : le Kagnazmatch Wol-Woll, chef somali, et le Kagnazmatch Démissié Gabré, responsable éthiopien auquel ils remettent leur courrier. A 14h00, ils reprennent la direction de Djidjiga où ils parviennent vers 17h00. Ils en repartent le 16 à 8h45 du matin et se posent à Addis-Abeba à 11h15, ayant parcouru 2100 km.

1932 : avant un départ en mission sur Potez-Hispano. De g. à dr. : Picaper, Asfaw Ali, Corriger, X, Babitcheff, Tesfa Hayle, X [Coll Michel Barrière]

            ● Février 1932


                Le 3 février, l'Empereur se rend par le train à Djibouti pour une visite officielle d'une dizaine de jours. Le 4 février, le Farman offert par la France part pour Djibouti, accompagné d'un Potez Hispano piloté par Babitcheff. Les deux avions se posent à Djidjiga pour déposer un sac de courrier, ainsi que des médicaments et des pièces de rechange destinées aux automobiles de la mission de délimitation de la Somalie britannique avec l'Ethiopie. Le 5 février, ils se posent à Dire Dawa et le 6 rejoignent Djibouti avec le courrier, y restant les jours qui suivent à la disposition de l'Empereur. Ce mêm jour, pendant la cérémonie officielle, les deux appareils accompagnet le cortège impérial jusqu'au palais du gouverneur. Le 9 février, les souverains éthiopiens se rendent à Obock sur l'aviso Vitry-le-François, survolé par les deux avions.


            ● Mars 1932


                Le 15 mars à 10h30, Babitcheff et Picaper partent pour Djidjiga. Le temps étant très nuageux, ils se posent à Dire Dawa, et en repartent le lendemain à 7h00, se posant à Djidjiga à 7h45. Ils en repartent une demi-heure plus tard avec un passager, l'ingénieur Zaoudé-Balaïn de la mission de délimitation des frontières avec la Somalie britannique. Ils sont de retour à Addis Abeba en 2h50. 

                Le 21 mars, Babitcheff s'envole à 6h00 sur un Potez mais revient se poser à 7h00 le temps étant trop nuageux. Il repart à 14h00 vers la région d'Aouache et des Danakils, mais doit se poser au retour à l'Aouache, heureusement sans problème, sur un terrain non préparé et encombré de mimosas. Il en repart le lendemain 22, se posant à Addis-Abeba vers 12h30.


            ● Mai 1932


                Le 6 mai, 2 Potez pilotés par Corriger et Babitcheff, accompagnés de Maignal, décollent à 10h00 d'Akaki transportant du courrier d'Addis Abeba pour Djimma où ils parviennent à 11h30 sur la piste aménagée dans la plaine de Mandara. Ils sont reçus par le Gouverneur Aba Jifar avec des présents, et ont une entrevue avec le marchand grec P. Zervos. Ils donnent le baptême de l'air à des chefs éthiopiens et prennent le chemin du retour le lendemain avec du courrier et des passagers. Il n'y a évidemment pas de service météorologique : un coup de téléphone à un résident permet généralement une appréciation suffisante de la météo sur le trajet.

                Le 12 mai au matin, toujours en Potez, Corriger et Babitcheff se rendent à Dessye, transportant du courrier. Corriger en revient le lendemain mais Babitcheff, ayant un problème sur son appareil, n'en revient que le 14.

                Le 20 mai, l'empereur déchu Lidj Yassou, aidé par le Ras Haylu Tekle Haymanot, gouverneur de la province du Godjam et opposant du Négus, parvient à échapper à la garde du Ras Kassa qui assiste au mariage du prince héritier Asfawossen. Cette évasion suscite l'inquiétude de l'empereur et les Potez 25 sont mis à contribution pour des lâchers de tracts sur le Nil bleu et le Gojam et des vols de surveillance pour tenter de repérer le fuyard.


            ● Juin 1932


                Le 11 juin, Corriger et Maignal se rendent à Debré Markos en Potez. Alors qu'ils se préparent à atterrir, un vautour de grande envergure (probablement plus de 2 mètres) se précipite sur le flanc du fuselage qu'il transperce, déséquilibrant l'appareil. Corriger se pose ainsi et l'appareil est réparé sur place le lendemain avant de rejoindre la capitale.

                A la mi-juin, Asfaw Ali effectue ses premiers vols sur Potez sur le terrain d'Addis Abeba.


                Le 29 juin 1932, Paul Corriger effectue une liaison postale d'Addis Abeba vers Debre Markos ; il en revient le 1° juillet.


            ● Juillet à décembre 1932


                Nous n'avons pas encore d'information viable sur cette période.

1933


            ● Mars 1933

                

                En mars 1933, Paul Corriger est malade, lorsque l'empereur demande un vol sanitaire pour le transport d'un médecin à Makale où sa deuxième fille, la princesse Zenabe Worq, enceinte de 7 mois, est gravement malade. Son mariage n'est pas heureux ; le prince héritier du Tigré est un rustre et il est question de mauvais traitements. La princesse est néanmoins une pièce majeure des alliances dynastiques intérieures de l'empereur. Asfaw Ali est chargé de ce vol et doit être accompagné d'un mécanicien mais Picaper et Baladé, dont les contrats prévoient qu'ils ne voleront qu'avec un pilote français, refusent de voler avec lui. Ils sont aussitôt licenciés et expulsés par l'empereur.


                La jeune princesse décède le 25 mars. Pour une raison inexpliquée, l'empereur demande le rapatriement immédiat de son corps pour le faire inhumer dans la nécropole impériale à Addis Abeba, décision inhabituelle qui participera peut-être à la décision de défection du Ras Gugsa en 1935. Babitcheff et Asfaw Ali s'envolent sur Potez 25. Babitcheff ramène sans encombre la dépouille de la princesse tandis que Asfaw Ali qui transporte son mari se trouve obligé d'atterrir à Dessye, où il brise son Potez Lorraine sans dégâts pour les occupants. C'est Corriger qui les rapatrie peu après.

1934


            ● Janvier 1934


                Un jour de janvier 1934, le Potez Lorraine n°1 décolle de Jan Meda aux mains de Tesfa Mikael Hayle, accompagné du mécanicien Haile Yesus. Il ne va pas loin et s'écrase dans la forêt d'eucalyptus bordant le terrain, sans dommage pour l'équipage. L'appareil aurait été détruit suite à cet accident, ce qu'Adrien Zervos semble confirmer dans son ouvrage "L'Empire d'Ethiopie" (1935). Néanmoins, l'état de l'aviation donné aux journalistes par Corriger à l'été 1935 paraît considérer trois Potez Lorraine opérationnels.


            ● Juin 1934


                Le 3 juin, un appareil, probablement un Potez 25, est pour la première fois utilisé pour une liaison commerciale avec une autorisation spéciale de l'Empereur. Misha babitcheff transporte de Wollamo à Addis Abeba Monsieur Gullamally, directeur de la maison de commerce Mohamedally & Co. Dans la dernière semaine de juin, Monsieur Gullamalliy visite en auto ses agencs 'addis-Alem et ambo, puis rejoint en mulet Lekempti où Babitcheff vient le prendre en avion.

1935


                Au début de l''année 1935, après l'incident de Wal Wal, l'activité de transport de VIP par les appareils éthiopiens reste soutenue, mais les activités de surveillance près des frontières se développent.


            ● Mars 1935


                Le 16 mars, Ato Ballatchaw se rend d'Addis Abeba à Djibouti à bord d'un Potez piloté par Asfaw Ali. L'avion est reparti le lendemain, faisant escale à Dire Dawa pour prendre Lorenzo Taezaz, futur responsable des relations avec la presse.


            ● Avril 1935


                Tadesse Machecha organise pour la presse une présentation des pilotes et appareils de l'aviation impériale éthiopienne sur le terrain d'Akaki. Y figurent le Farman 192, le Fokker trimoteur, le DH Moth, deux Potez Lorraine, deux Potez Hispano, le Breda et le Junkers. L'un des deux Potez Hispano est revenu pendant la présentation, piloté par Babitcheff, ayant effectué une campagne de photographies sur Axoum.

Présentation des appareils éthiopiens à la presse en avril 1935. Au premier plan, l'un des Potez 25 à moteur Lorraine. La plupart des pilotes et les soldats sont pieds nus. Il ne s'agit pas d'un manque de chaussures, mais d'une consigne de l'Empereur pour ne pas affecter leur rapidité habituelle. [www.gahetna.nl]

Cette photo est donnée comme représentant le Potez 25 n°3 d'Asfaw Ali accidenté près de Makale. La date de cet l'accident est inconnue. [DR]

            ● Mai 1935


                Le 11 mai 1935, un Potez 25 à moteur Hispano piloté par Bahru Kaba accompagné de Maignal transporte vers Harrar le Dedjazmatch Nasibu Zamanuel. Surpris par d'épais brouillards, le pilote est obligé d'atterrir au sud de Harrar. Le 13 mai, il tente de repartir vers Dire Dawa. Obligé d'atterrir de nouveau, à Kori Bouralé, il heurte une termitière qui se confondait avec le terrain. Il n'y a pas d'accident de personne, mais l'hélice et les roues sont gravement endommagées. Un camion est envoyé de Djidjiga pour y ramener Bahru et Maignal. Les deux aviateurs regagnent ensuite Dire Dawa et rentrent par le train.

Septembre 1935 : les mécaniciens rentrent le Potez 25 n°2 de Robinson dans le hangar d'Akaki après un vol sur Addis-Abeba, peut-être à l'occasion de la fête de la Mascale. Derrière l'appareil, suivant la manoeuvre, John Robinson (en tenue de vol) et Paul Corriger (casque colonial). [Coll Michel Barriere] 

            ● Juillet 1935

                

                A la fin du mois, l'Empereur reçoit le Colonel Feodor Konovalov. Il le charge de prendre contact avec le Ras Seyoum Mengesha, commandant du Tigré occidental pour examiner les possibilités de renforcer les défenses du nord en cas de guerre. C'est un Potez 25 qui emmène Konovalov à Mekelle, d'où il rejoint Adwa par la route.    


                Dans l'Empire d'Ethiopie (1935), Zervos donne un décompte crédible des forces aériennes éthiopiennes. Il mentionne 5 Potez dont 2 Potez-Lorraine et 3 Potez-Hispano.

                D'août à octobre 1935, Corriger donne à plusieurs reprises aux journalistes une description des moyens de l'aviation éthiopienne au début des hostilités.

                Il indique généralement qu'il dispose d'un potentiel "théorique" de 6 Po25 (?). Trois sont relativement en bon état; deux, accidentés lors de missions à Harrar et sur le Tigré, sont indisponibles. Bien que leur réparation soit d'abord prévue comme longue (plusieurs semaines, voire plusieurs mois), ils auraient tous été remis en état de vol en septembre. Le sixième Potez est un appareil à double commande utilisé pour la formation et jugé pratiquement inutilisable.

                En janvier 1936, Corriger ne cite plus que 5 Potez 25 utilisables, dont seulement deux Potez Hispano, le Potez "manquant" pouvant être celui abandonné début octobre à Makallé.

                            ● Septembre 1935


                Dès le début du mois de septembre, malgré les pluies, les appareils commencent à transporter fréquemment armes et munitions vers les unités. Les décollages ont souvent lieu de Jan Meda, plus proche des lieux de stockage des munitions, le terrain d'Akaki étant en outre en travaux.

                Le 12 septembre, deux Potez 25 rallient Dessie et Magdala, les centres de recrutement de la zone nord, transportant chacun 300 kg d'armes et munitions. Le 18, un Potez 25 piloté par Bahru, emporte sa charge de munition à Debre Tabor.

                A la mi-septembre, l'un de ces appareils ramène de Makale le Nagadras Wodaju Ali. Homme de l'Empereur, il vient l'informer que le Ras Haile Selassie Gugsa se concerte avec les Italiens pour le trahir, information qui ne fait pas réagir l'Empereur qui considère que de nombreux ras acceptent de l'argent italien sans pour cela penser à la trahison. La suite des événements lui donnera tort.

                Le 26 septembre, pour les fêtes de la Maskale marquant la fin de la saison des pluis, un Potez 25 survole la ville. La rumeur court qu'il est piloté par le nouveau chef instructeur de l'aviation, John Robinson.

                Le 27, trois appareils, probablement encore des Po 25, décollent à l'aube ; l'un transporte des armes et munitions pour la région du lac Tsana, le second se dirige vers Debre-Marcos tandis que le troisième emmène le Ras Nasibu à Dire Dawa.

            ● Octobre 1935


                Le 1° octobre, un Potez 25 de la base de Djibouti qui surveille la frontière du territoire français observe l'incursion d'un détachement italien pour occuper Moussa Ali. L'empereur en est avisé en début d'après-midi par l'ambassadeur de France, Auguste Bodard. Le 2 octobre, après une longue prière, l'Empereur décrète la mobilisation éthiopienne.


                Le 2 octobre, John Robinson se rend à Adwa pour porter des dépêches avec un Potez 25.

                Le 3 octobre à l'aube, Adwa est bombardé. Robinson, qui a passé la nuit sur place, rejoint son appareil parqué à distance de la ville et s'efforce d'en améliorer le camouflage. Il décolle le 4 et rentre sans encombre à Addis-Abeba.


                Au matin du 4 octobre, quatre appareils éthiopiens décollent vers diverses destinations, porteurs d'armes et d'instructions pour les principaux chefs militaires, notamment dans le nord où Adwa est sous la menace directe des Italiens. A chaque vol, les Potez 25 transportent, outre le courrier, environ 300 kg d'armes et de munitions.

                Le 6 octobre sont ramenés à Addis Abeba trois officiers italiens faits prisonniers sur le front nord, ainsi que quelques armes.


                Le 8 octobre, un Potez 25 effectue une reconnaissance sur Adwa, à 1500 m d'altitude, mais se retire devant la défense anti-aérienne.

Chargement par un mécanicien de fusils mitrailleurs sur un Potez 25 en partance pour le front nord. [Internet archive/Movietone Newsreel]

                Le 9 octobre, un Potez 25 ramène Wodaju Ali à Makale, évitant les patrouilles italiennes. Cet appareil pourrait être le Potez Hispano qui, accidenté à l'atterrissage, restera dissimulé à Makale jusqu'au début novembre. Inquiet pour sa sécurité, Haile Selassie Gugsa vient de fuir pour passer du côté italien avec 1500 hommes. Par la suite, la plupart des appareils éthiopiens ne dépasseront pas Dessye, pour éviter une rencontre fatale avec les chasseurs italiens qui patrouillent la zone nord.


                Le 10 octobre, le Ras Emeru, gouverneur du Godjam, arrive à Addis-Abeba par avion. Le 16 octobre, les Italiens s'emparent d'un terrain d'aviation en préparation près d'Axoum. Il possède un dépot de 1500 litres d'essence d'origine américaine, de l'huile et des rechanges, mais aucun atelier de réparation n'est installé.


                Le 17 octobre, un avion éthiopien passe les lignes italiennes et s'approche de la base navale d'Assab, faisant de nouveau demi-tour devant l'artillerie anti-aérienne.

            ● Novembre 1935


                Le 8 novembre, les troupes italiennes capturent  dans le ghebi de Makale un Potez 25 avec moteur de 500 cv et hélice métallique. L'appareil est "démonté, complet et au moteur en parfait état". Il s'agirait d'un Potez 25 Hispano accidenté au début du mois d'octobre, et en attente de réparation.


                Début novembre, pendant plusieurs jours, Babitcheff pilotant le Fokker trimoteur entraine les autres pilotes, aux commandes de 2 Potez 25, à voler en formation à trois appareils malgré la différence de vitesse de leurs avions. Il prépare en fait la visite en Ogaden que prépare l'Empereur.


                Le 19 en effet, l'Empereur effectue une tournée d'inspection en Ogaden. Quelques incertitudes existent sur les appareils utilisés, mais il semble qu'il utilise le Fokker F.VIIa "Abba Dagnew" piloté par Drouillet, accompagné par le Beechcraft piloté par Robinson et un Potez 25 piloté par Asfaw Ali. La participation de Corriger, qui devait piloter l'Empereur, a été refusée par le gouvernement français.  Parti d'Addis-Abeba à 6h30, il gagne Djidjiga, quartier général du ras Nasibu et du général Wehib Pacha. Le lendemain, il se rend à Dire-Dawa dans le Potez 25, puis rejoint Harrar. Après son départ, deux appareils italiens survolent Harrar. L'Empereur rentre à Addis-Abeba le 21 à 6h30 sans être inquiété.

                Ce même jour, un communiqué italien annonce que le Potez 25 capturé sera réutilisé comme prise de guerre par l'aviation italienne.

            ● Décembre 1935


                                L'Empereur a désormais installé son quartier général à Dessie. Sa petite flotte aérienne va se révéler indispensable au maintien d'un contact régulier avec Addis-Abeba, et, jusqu'au départ de l'Empereur pour la zone de combat fin février 1936, elle va fournir un service de transport (courrier fret, personnel) quasiment régulier entre Dessie et la capitale.


                Le 4 décembre, Robinson est attaqué par trois appareils italiens alors qu'il effectue une mission sur le front nord, à Dabat, pour porter des ordres au Ras Imru du Godjam et au Dedjazmatch Ayelu de Wolkait. Selon la presse afro-américaine, il aurait volé ce jour-là sur le Beechcraft, mais Steer mentionne qu'il s'agit en fait d'un Potez 25. Robinson parvient à s'échapper et à se poser sain et sauf.

                Le 6 décembre, Dessye et son hôpital sont bombardés par les Italiens. Dès que la nouvelle parvient à Addis-Abeba, un Potez 25 piloté par Michka Babitcheff emmène sur place Marcel Junod, délégué de la Croix Rouge Internationale, pour rapporter les preuves de l'incident nécessaires au quartier général de Genève. 


                Le 10 décembre est connu le plan Hoare-Laval. l'Empereur a donné pouvoir à son Conseil resté à Addis-Abeba de décider des réactions à des initiatives de ce type. En l'absence de réaction du onseil dépassé par l'événement, Everett Colson demande à voir l'Empereur et rejoint Dessye en avion. Les jours suivants, ce sont Tasfae Tegan, directeur des affaires étrangères, puis Karl von Weygand et Lady Drummond Hay qui s'envolent également pour Dessye. Le dimanche 15, c'est George Steer qui est avisé qu'un appareil le prendra en toute discrétion à 16h00 sur le terrain d'Akaki. A l'heure dite, ayant prétexté un enterrement, Steer se rend sur le terrain où l'attendent un Potez 25 et son pilote, Asfaw Ali. Doté d'une combinaison de vol trop grande pour lui et d'un parachute italien, il s'installe en place arrière pour son premier voyage aérien sur l'Ethiopie et se pose à la tombée du jour au bord dela rivière Borkenna, à 15 miles de Dessye.

                Les Potez 25 ne sont pas armés et ne le seront pas. Cependant, pour ce voyage, Steer se voit confier un fusil mitrailleur qu'il dit garder à la main pendant tout le vol, apparement pour assurer la protection de l'appareil, mesure qui fut peut-être d'un usage courant pour ces vols.


                Le 16 décembre, un Potez 25 piloté par Tesfa Michael effectue vers le nord-est d'Addis Abeba un vol d'entrainement avec deux passagers dont un futur élève Malake Selam.

1936


                Janvier 1936


                Le 30 décembre, les Italiens bombardent un hôpital de la Croix rouge suédoise sur la rive de la rivière Ganele Doria, à 30 km au nord-ouest de Dolo. Le 3 janvier, le Fokker de la Croix Rouge piloté par Von Rosen quitte Addis-Abeba, accompagné par un "appareil militaire léger", probablement un Potez 25, piloté par Babitcheff. Le Fokker se pose à Yirga Alem pour débarquer des médicaments, tandis que Babitcheff en repart pour chercher un terrain utilisable par le Fokker. Il doit probablement rentrer ensuite à Addis Abeba.


                La météorologie qui se dégrade réduit les vols. Le 11 janvier, un appareil parti d'Addis Abeba pour Dessye, quartier général de l'empereur,  fait demi-tour, n'ayant pu trouver sa destination dans la pluie.


                En reportage sur le front érythréen pour l'Illustration, Géo Ham voit les restes du Potez 25 Hispano capturé en novembre. Sa description, qui ne concorde pas avec les comptes-rendus initiaux faisant état d'un appareil démonté mais en bon état, laisse à penser qu'une tentative d'utilisation malheureuse en a été faite par les italiens : "Près d'un buissson de cactus, un rayon de lune éclaire le fuselage démantelé de Potez 25 enluminé de la cocarde rutilante de l'aviation éthiopienne. C'est le squelette de l'oiseau blessé qui s'écrasa quelques jours avant la chute de Makallé".


                Mars 1936


                Fin février, l'empereur et son état-major rejoignent le front nord et s'installent le 1° mars à Korem, avant de s'installer le 8 mars dans une grotte à flanc de montagne, dominant la plaine près du lac Ashangui. Les appareils éthiopiens, notamment les Potez 25, sont toujours utilisés pour assurer des liaisons qui se situent désormais dans la zone d'action régulière des appareils italiens. Ceux-ci, connaissant la présence de l'empereur, visitent la zone généralement le matin, faisant également un passage en début d'après-midi. Convaincus que les camps de la Croix-Rouge servent d'abri aux troupes éthiopiennes, ils ne manquent pas d'interpréter tout mouvement dans ce sens, ce qui se termine inéluctablement par un bombardement des camps visibles.


                Le 10 mars, un Potez 25 effectue une liaison avec Dessye. Il se pose dans la plaine voisine, arrivant en fin d'après-midi transportant le courrier, éventuellement des personnes et assurant un certain confort à l'empereur en amenant des denrées fraiches comme en témoigne un panier de pommes offert aux hommes de la Croix Rouge le 11 mars. A partir de cette date, les appareils italiens se montrent très actifs, survolant et bombardant la zone le matin et souvent en début d'après-midi.


                Le 16 mars, le Fokker F.VIIa Abba Dagnew quitte Addis Abeba piloté par von Rosen avec à son bord Junod et un mécanicien éthiopien. Après un ravitaillement à Dessye, il repart en fin d'après-midi pour éviter une mauvaise rencontre et se pose dans la plaine de Korem à proximité d'un Potez 25 arrivé une demi-heure plus tôt.


                Le 17 avant le lever du soleil, les deux appareils sont vaguement camouflés avec des branchages. Environ une heure après, 3 Ca.133 les repèrent, leur "camouflage" de broussailles vertes les faisant apparaitre clairement sur la plaine désertique. Le Potez 25 est aussitôt détruit par un coup direct.

                Les communiqués Italiens mentionneront la destruction de deux Potez, feignant d'ignorer l'identité du Fokker de la Croix Rouge pourtant clairement identifiable sur les photographies aériennes : "Au sud du lac Achianghi, dans la plaine de Ciolla-Amadir, notre aviation a repéré au sol deux avions éthiopiens camouflés. Malgré la violente réaction de petits canons anti-aériens, nos appareils descendant à une basse altitude, réussissent à frapper les deux avions éthiopiens et à les détruire."


                Le 20 mars au matin, les Italiens envoient un appareil de reconnaissance sur la piste caravanière qui mène à Gondar. En survolant le terrain de Dabat, l'appareil italien aperçoit le Fokker trimoteur. Lorsque la patrouille appelée en renfort quitte l'aéroport, il ne reste du trimoteur que la structure métallique dans un grande zone d'herbe brûlée.

                Le 24 mars au matin, un appareil de reconnaissance repassant sur Dabat pour constater les résultats du bombardement précédant a la surprise de repérer en bordure du terrain un appareil éthiopien. L'appareil est incliné sur le flanc, faisant supposer qu'il a été accidenté à l'atterrissage. Il s'agit cette fois d'un "biplan monomoteur biplace de couleur vert olive" portant les couleurs éthiopiennes sur les ailes et le gouvernail, en fait un Potez Lorraine. Le vernis très brillant sur le fuselage étroit laisse supposer un appareil neuf ou récemment repeint. Une rafale de mitrailleuse bien placée enflamme l'appareil éthiopien. Malgré le feu ouvert par des mitrailleuses cachées en bordure du terrain, l'appareil italien surveille le résultat de son action avant de s'éloigner.


                Avril 1936


                Le matin du 4 avril à 7h30, 5 IMAM Ro37 de la 107° Squadriglia, commandés par Tito Falconi, qui sont en surveillance au-dessus de la route caravanière reliant Dessye à la capitale repèrent "un Potez" rentrant vers Addis-Abeba, selon toute vraisemblance le Potez Lorraine n°2. L'appareil poursuivi se pose à Akaki. Il est légèrement endommagé par le mitraillage au sol, ne recevant que quelques balles. Le Farman 192, qui se trouve sur le terrain à l'extérieur des hangars, donné comme "inutilisé depuis un an" , est mitraillé et incendié. Les hangars sont mitraillés ; un appareil civil utilisé par United Press qui se trouve à l'intérieur n'est pas endommagé. Une source britannique mentionne néanmoins des incendies dans les hangars, conduisant à la destruction de 3 appareils. L'état du Breda 15 lors de sa capture début mai corroborerait cette information.

                Aussitôt après, l'Empereur et son ministre des affaires étrangères viennent constater les dégâts sur le terrain.


                Le Potez n°2 est remis en état dans les jours qui suivent sous la direction de Demeaux. Le 29 avril au soir, prenant un sérieux risque, il est envoyé en mission le long de la route Debra - Brehan - Tarmaber pour voir la position des troupes parties d'Addis pour renforcer la défense de la capitale. Il ne voit rien sinon la voiture de l'attaché militaire britannique et les camions gris de la Croix rouge revenant à toute vitesse du nord du Shoa. Le pilote est inconnu; il pourrait s'agir de Seyoum Kebede, seul pilote avec Babitcheff et Robinson possédant encore une armoire personnelle dans le hangar d'Akaki.

                Mai 1936


                Le 5 mai, les Italiens capturent les appareils éthopiens survivants et les regroupent sur le terrain d'Akaki. Parmi eux, figure toujour le Potez Lorraine n°2 ; son sort ultérieur est inconnu.

Le Potez 25 Lorraine n°2, seul survivant des Potez, capturé par les Italiens à Akaki en mai 1936. Il a été repeint récemment, peut-être après le mitraillage du 4 avril.

Michel Barriere]

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