crezan
crezan
crezan
crezan

Éthiopie, 1931

                L'année qui suit le couronnement de l'Empereur, les progrés de l'aviation impériale sont peu visibles. Il s'agit en effet de consolider d'abord la formation des premiers pilotes éthiopiens et de mettre en place l'infrastructure minimale nécessaire pour permettre le fonctionnement au quotidien de cette aviation naissante dans un pays que l'Empereur veut lentement moderniser, avec d'abord la promulgation de la première Constitution éthiopienne en 1931.


                Dans les années 20, il n'existait guère de véritable fonction ministérielle dans la plupart des domaines du gouvernement. A partir de 1928, le secrétaire partriculier du Négus en charge des affaires étrangères, de la trésorerie et de l'aviation s'appelle Tadessé Mechecha. C'est un homme de caractère, décrit comme tel par sa petite fille : "Toujours en tenue traditionnelle, pantalon moulant, tunique et charria d'un blanc immaculé, il a l'air aussi avenant qu'un lion à qui on voudrait refiler du yaourt".


                Après le couronnement, il devient officiellement "directeur général de l'aviation éthiopienne", mais, comme tous les membres du cabinet, conserve toujours de nombreuses autres fonctions et missions ponctuelles.


                Au plan opérationnel, l'aviation est dirigée dans son ensemble par Paul Corriger, tandis que l'école de pilotage fonctionne sous la responsabilité par Gaston Vedel.

Fin 1931, l'équipe militaire française devant le F.192 du Négus, probablement à Jan Meda. De g. à dr. : Sarafian, Baladé, Picaper, Corriger et Maignal [Les Ailes, Coll Michel Barrière]

                Aux pilotes français Paul Corriger, sous contrat de 3 ans, et Gaston Vedel, sous contrat de 2 ans, se sont joints les deux premiers pilotes éthiopiens brevetés, Mishka Babitcheff et Asfaw Ali. L'équipe comprend en outre un groupe de mécaniciens, constitué notamment  des mécaniciens Thierry Maignal, Fernand Picaper, Jean Baladé, de l'allemand Schmidt, de l'arménien Jacob Sarafian et de mécaniciens éthiopiens formés sur place, comme Haile Yesus, Amdework Ali et Kidane.


                Mishka Babitcheff, pris en main par Corriger, est orienté vers une formation de pilote militaire en France. Par l'intermédiaire du Lieutenant-Colonel Guillon, attaché militaire de l'ambassade, il est admis "tout à fait exceptionnellement" comme élève officier à l'école d'aviation d'Istres. Le 1° juillet, il quitte Djibouti sur le SS Porthos pour suivre une période d'instruction à Istres. Le 17 septembre, il reçoit le brevet de pilote n°23540. Il rentre à Addis-Abeba dans le courant du mois d'octobre.  Deux des élèves déjà sélectionnés en 1930, Tesfa Mikael Hayle et Bahru Kaba, qui maitrisent aussi la langue française, sont également envoyés en France. Tesfa Mikael Hayle va passer son brevet civil à l'école Morane-Saulnier à Villacoublay avant d'obtenir son brevet militaire à l'école d'aviation d'Istres. Bahru Kaba est pour sa part envoyé à Saint-Cyr avant de rejoindre l'école d'aviation de Versailles.


                Asfaw Ali reste auprés de Gaston Vedel pour assurer la formation au pilotage des autres élèves qui ne parlent pas français. Cependant, le fonctionnement de l'école de Djidjiga, qui avait permis en 1930 la formation des deux premiers pilotes éthiopiens, ne reprend pas en 1931. Les autres élèves poursuivent leur formation de base avec Vedel, assisté par Asfaw Ali et le mécanicien Schmidt.

                En 1931, la priorité est donnée à la mise en place d'une l'infrastructure pour l'aviation éthiopienne. Sur le terrain d'Akaki, destiné à devenir le terrain principal de la capitale, la construction des hangars nécessaires pour abriter et réparer les appareils en service est terminée. On aménage également le terrain de Dire Dawa, principale station de la liaison ferroviaire avec Djibouti, où s'implantera désormais l'école de pilotage dont l'activité semble débuter vers la fin de l'année ; d'accés plus facile que Djidjiga, ce site bénéficie en outre de la présence des ateliers du chemin de fer. Une école de spécialistes y est créée en partenariat avec l'école de l'Alliance Française pour l'enseignement de la mécanique et les métiers du bois et du fer. Ce même terrain dessert Harrar, qui jusqu'en 1933 n'est atteint qu'en deux jours de trajet par une piste caravanière.


                L'installation d'un terrain est également engagée sur la route de Djimma, à environ 150 km au sud-ouest d'Addis-Abeba ; des terrains seront également installés à Debre-Marcos et Gondar, venant s'ajouter à celui de Dessye ouvert en 1929.


                L'aviation impériale dispose maintenant de 10 appareils. Les missions de transport sont assurées par les 6 Potez 25 et les 2 Farman192. La formation s'appuie sur le DH.60M acheté aux Sibour et le Breda 15 offert par le gouvernement italien. La réparation du Moth après l'accident du 15 octobre neutralise quelque temps l'appareil, essentiel pour la formation.

                

                Les Potez et Farman 192 sont principalement utilisés pour assurer le transport de personnes et de courrier. Outre la liaison avec Djibouti, l'activité aérienne comporte essentiellement des transports à la demande. Corriger dira : "A Addis, il fallait être prêt tous les jours à partir sur un ordre du Négus soit pour amener quelque grand chef des provinces éloignées, soit pour transporter des médicaments ou chercher des malades. Souvent mon avion ramenait  au soir tombant des caisses de thalers, montant du tribut que les provinces envoyaient à l'Empereur".


                Outre le transport des personnalités, l'avion est progressivement utilisé par certains acteurs économiques ou des étrangers en visite : le Négus ne refuse en effet guère l'utilisation des appareils à ceux qui en font la demande, le plus souvent des grandes entreprises commerciales comme Mohammedally ou Besse, disposant de bureaux dans les provinces.

                Les appareils servent également pour la reconnaissance des parcours des futures lignes aériennes intérieures et de la liaison transversale entre la Côte Française des Somalis, l'Éthiopie et le Soudan britannique : une ligne Djibouti - Addis-Abeba - Roseires (Ar-Rusayris) - Khartoum permettrait en effet d'établir une relation avec la ligne régulière des Imperial Airways du Cap au Caire. Un terrain est installé à Lekampti sur la route du Soudan, mais il sera abandonné par la suite. La banque Bauer Marchal, actionnaire de Gnome-Rhône, envisage en 1930 d'investir dans la création d'une ligne régionale, mais ses propres difficultés stopperont le projet. A la demande du Gouverneur de la Côte Française des Somalis, les aviateurs de la mission française participent à la recherche de terrains et à la réalisation de l'infrastructure en Côte des Somalis.

                

                Nous n'avons encore que peu d'informations sur le détail des opérations de l'année 1931. Ceci s'explique en partie par le fait que le seul pilote réellement en service opérationnel est Corriger, Mishka Babitcheff étant parti assurer sa formation en France. Les décisions de reprise de la formation tardant à être prises, Vedel et son adjoint Asfaw Ali sont peu actifs, ce dont Vedel se plaint par ailleurs.


Juin 1931

                La poste aérienne apparait plus active au départ d'Addis Abeba qu'au départ de Djibouti. Dans ce sens, le chemin de fer semble rester pour les Postes Françaises le moyen essentiel de transport du courrier et du fret venant d'Europe, d'Extrême-Orient et de Madagascar à destination de l'Éthiopie. Après le premier service Djibouti - Addis Abeba réalisé en décembre 1929, seuls deux autres ont été effectués en 1930 (17 avril et 31 octobre).

                En juin 1931, une série de timbres commémorant le premier vol de Djibouti à Addis Abeba et illustrés par une gravure du Potez 25 Nessre Tafari est éditée à Addis Abeba par la Poste Ethiopienne. Ce mois-là, deux services sont effectués par Corriger les 3 et 19 juin.

Jusqu'en 1935, le Farman 192 "blanc", à la voilure aux cocardes éthiopiennes, assurera le transport du courrier et de voyageurs sur la ligne Addis Abeba - Djibouti.

[© Michel Barriere]

Juillet 1931


                Le 3 juillet; Corriger effectue en Farman la sixième liaison courrier vers Djibouti, transportant le romancier Jean d'Esme (pseudonyme du vicomte Jean-Marie-Henri d'Esménard) qui vient de faire un séjour dans la capitale éthiopienne et un Suisse, Fernand Wiswald. A Djibouti, Corriger trouve le F.197 "Paris" F-ALGK de Philippe d'Estailleur-Chanteraine, Giraud et Mistrot, arrivés le 1° juillet. Ils effectuent un Tour d'Afrique et repartent de Djibouti vers le nord le 4 juillet. Le 5 juillet, Corriger retourne à Addis-Abeba avec un passager, Monsieur Selignac, agent des Ets A. Besse (Shell) et le courrier dont c'est seulement le quatrième service dans ce sens.


                Le 16 juillet, l'empereur proclame la Première Constitution du gouvernement éthiopien, inspirée de la constitution japonaise.

Le Farman 197 "Paris" tel qu'il se présente à Djibouti le 1° juillet 1931. [© Michel Barriere]

Novembre 1931


                La formation se remet lentement en route à l'école de Dire Dawa car, début novembre, Gaston Vedel, son épouse et Asfaw Ali rentrent de Dire-Dawa à Addis Abeba par le train.

                Le 11 novembre, Bitwaded Guetatchaou, ministre de l'intérieur et président du conseil éthiopien se rend à Dessye, sa mère étant souffrante. Il part à 7h20 dans le Farman piloté par Corriger qui est de retour à 10h30. La rapidité de ce voyage est évidemment sans commune mesure avec les déplacements terrestres qui, d'Addis-Abeba à Dessie, prennent d'une à deux semaines.

                Le 26 novembre a lieu une liaison postale entre Addis-Abeba et Dessye.


                Fin novembre, le prince héritier Asfaw Wossen, accompagné d'une forte délégation éthiopienne, part de Djibouti pour une tournée internationale qui l'emmène à Jérusalem en décembre avant de parcourir l'Europe à partir du 1° janvier 1932. Cette tournée s'inspire directement de celle effectuée par le Ras Taffari de 1924. Pour sa préparation, une séance spéciale de projection des films de la visite de 1924 est d'ailleurs organisée par l'Empereur à l'intention des membres de la délégation. Parmi ceux-ci figurent le Dedjazmatch Desta, beau-frère du prince héritier et son épouse, la princesse Tenagne Worq, ainsi que Blaten Gueta Wolde Maryam, qui avait été en charge de l'achat des Potez 25 en 1929.

En 1931 ou 1932, devant le Po25 "Nessre Tafari". De g. à dr. : mécanicien éthiopien, Jacob Sarafian, pilote éthiopien (Asfaw?), X, Fernand Picaper, Jean Baladé [Le Monde Colonial Illustré, Coll Michel Barrière]

Ethiopie, 1930

Ethiopie, 1932

Tous droits réservés - Michel Barrière - crezan.aviation@gmail.com